‹ Histoire de CromwellChapitre 54 sur 222 · LIVRE TROISIEME. Ul · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME. Ul

et avant tout, sujet fidèle, s'était réuni aux royalistes, et leur apportait le secours de son expérience militaire et de ses nombreux amis. Argyle, et les Presbytériens rigides, premiers instigateurs de la guerre civile , étaient déchus de leur pouvoir.

Les communes s'étaient hâtées de déclarer les Écossais ennemis de l'état, et de porter une loi terrible contre tous ceux qui les favoriseraient. Mais la chambre des pairs n'a-* vait pas adopté ce vote ; et, dans les communes même, l'absence de Gromwell laissa bientôt reparaître quelques intentions favorables au roi. L'ordonnance du renoncement volontaire, enfreinte d'abord par Gromwell, n'était plus observée de personne, surtout dans le parti dominant. De nouvelles élections avaient introduit, à la chambre, beaucoup d'officiers qui n'abandonnaient pas leurs grades. L'approche de la guerre, en les rappelant à l'armée , changeait la majorité, si mobile entre deux partis de nombre presque égal. Peu de jours après le départ de Gromwell , les Presbytériens modérés avaient repris absolument l'avan^ tage. La longue durée du siège de Çolchester, qui retenait Fairfax et ses troupes ; l'horreur naturelle d'une assemblée pour le joug militaire ; l'incertitude même de l'expédition de Gromwell, et je ne sais quels calculs de craintes que ne s'expliquent pas toujours ceux qui les font, secondaient ce mouvement des esprits. Les chambres * rapportèrent le vote qui défendait toute communication avec le roi, et de nouvelles négociations s'ouvrirent. Gromwell prévint tout. Il avait joint le lieutenant^général Lambert, qui était opposé à l'insurrection formée dans le nord ^ par Marmaduke Langdall. Ge chef royaliste avait de son côté rejoint Farmée écossaise ; mais les divisions religieuses ne permirent pas aux deux corps de se mêler : ils marchèrent ensemble , à

' The Parliamentapy hiatory , y. XVII, p. 405. « Jbid,, p. 410.

distance Tun de l'autre , et livrèrent bataille à Cromwell ^ sans se concerter et sans se secourir. Cromweil^ qui n'avait réuni que 7000 hommes harassés de fatigues et de maladie, détruisit les ennemis . forts de 26,000 hommes. La bataille se donna dans le comté de Lancastre , prés de Preston , le 17 août 1648 ^ Les Royalistes anglais, attaqués les premiers, cédèrent après une vigoureuse résistance. Les Écossais furent vaincus , et se débandèrent. On vit dans cette action la valeur et la férocité de l'armée de Cromwell. Un des colonels , se précipitant presque seul sur les lanciers écossais, tomba frappé d'un coup mortel ; et ses soldats^ dans le désespoir de sa perte , massacrèrent tous les Écossais qui se rendaient. Cromwell se hâta d'adresser à la chambre les détails de cette grande victoire , et cent drapeaux enlevés à l'ennemi. Hamilton fuyait avec 4000 chevaux et les restes de son infanterie. Cromwell le suivit sans relâche, et dans plusieurs combats rapidement livrés, lui enleva toutes ses forces , et le réduisit à errer avec quelques centaines d'hommes , pour tomber enfin dans les mains des vainqueurs^, qui l'envoyèrent prisonnier au château de Windsor.

La chambre des pairs , 'ne trouvant plus de difficultés à déclarer ennemis les Écossais vaincus , proposa la première de célébrer leur défaite par un jour d'actions de grâces. La guerre si promptement terminée portait au comble la réputation de Cromwell , et l'espérance de tous les ennemis du trône. Le roi, dans sa prison de Wight, apprit cette nouvelle avec douleur. Il eut l'imprudence de montrer ses regrets, et la confiance que lui avait inspirée l'armée écossaise, qu'il aurait *, dit-il, renvoyée d'un signe de la main. Toutefois , en dépit de cette victoire , ou même à cause de

' Ludlodw^s memoirs , v. I, p. 200. — Memoirs of the life of colonel Hutchinson, p. 135.

* The ParUamentary history, v. XVII , p. 421.

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