‹ Histoire de CromwellChapitre 55 sur 222 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

cette victoire qui augmentait l'ascendant de I^armée, la majorité presbytérienne reprit ses négociations avec le roi ^ et parut désirer sincèrement la paix. L'esprit de révolution semblait ne pjus se conserver que dans les restrictions excessives que les Presbytériens prétendaient apporter à la prérogative du monarque. Ils voulaient la royauté ; mais ils la voulaient impuissante et désarmée. Ils s'en défiaient encore ; ils se précautionnaient contre elle au moment même où ils consentaient à la secourir. Préoccupés de leurs anciennes inquiétudes , ils ne songeaient pas assez que le péril avait changé de place ; et que , s'ils ne se hâtaient de rendre au trône une force véritable, pour y trouver eux-mêmes un asile, et le trône et la liberté allaient être envahis par la faction militaire.

Cromwell % qui n'ignorait rien des incertitudes et des retours de la chambre des communes , poussait avec rapidité son expédition victorieuse, à laquelle il était assuré de subordonner facilement tout le reste. Montross, arrivé trop tard pour soutenir le duc Hamilton, se replia vers rÊcosse. Cronlwell le suivit; et, après avoir remis sous l'obéissance les villes de Berwick et de Carlisle, il parut tout à coup sur les frontières d'Ecosse , en libérateur et en conquérant. Ses proclamations annoYiçaient sûreté pour tous les habitants paisibles , et ne menaçaient que l'ennemi qui avait récemment envahi le territoire anglais. Les partisans d'Hamilton dominaient encore dans le parlement d'Ecosse ; mais la marche rapide de Cromwell les chassa bientôt d'Edimbourg. Ce général s'avança sans obstacle, ne rencontrant sur son passage que des députations qui le remerciaient au nom de FÉcosse. Ârgyle et ses amis vinrent au.-devant de lui, et le conduisirent en triomphe à Edimbourg. L'armée anglaise campa autour des murs de la ville.

» Ludions memoirs , v. I, p. 232.

Cromwell reçut les fëliciUUoiu de toutes les autorités , «t leuF demanda de ne conseryer dans les emplois publics aucun de ceux qui ayaient participé à la dernière inyasion. Il fit ordonner , par le conseil , la dissolution des troupes que eommandait encore Montross. Il changea tout à son gré, et détruisit toutes les racines du parti d'Hamilton. Ce n'était pas sans doute qu'une grande partie de l'Ecosse ne fit des yœux pour le roi; mais beaucoup de Presbytériens, aya^t éprouyé l'intolérance des Royalistes , embrassaient la protection des Indépendants, qu'ils ayaient d'abord détestés. Ils n'ayaient pas encore fait l'expérience du despotisme At l'armée, et ils s'y liyraient au moment où les Presbytériens d'Angleterre cherchaient à l'éyiter par une réunion sincère ayec le roi. Cromwell , qu'un pressant intérêt rappelait en Angleterre, se fit prier par les Presbytériens écossais pour laisser, dans leur pays, une portion des troupes chargée de garantir la tranquillité nouyellement rétablie. Il en confia la conduite à Lambert ; et après des fêtes et des réjouissances qui célébraient la réunion des deux peuples, ou des deux partis, il quitta promptement Edimbourg.

Le parlement anglais , qu'il ayait instruit de sa conduite en Ecosse, lui yotaitdes lettres de remerciements et d'éloges. Mais les négociations ^ ayec le roi étaient plus acttyes que jamais. Quelque députes presbytériens, et sur tout Hot les, que l'on soupçonnait d'ayoir été gagné par la reine Henriette pendant son exil en France, poursuiyaient ayec zèle la conclusion du traité, en qualité de commissaires du parlement ; ils yoyaient le Roi tous les jours ; ils étaient touchés de sa noble fermeté , de sa raison supérieure, qui ne lui dicta jamais de fortes résolutions dans les grands i»érils, mais qui lui inspirait, sur toutes les questions politiques, le langage le plus persuasif et le plus sage. Cette recommas^

' Ludlow^s memoirs, v. I, p. 363.

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