LITRE TROISIÈME
dation d'une gratade yafortune noblement suppoKée, agissait en fiiyeur du roi, et lui gagnait des esprits las de la guerre , et effrayés du pouvoir de l'armée. Une pareille disposition, qui devenait plus générale, inquiéta l'intraitable vengeance des Républicains. Malgré leur défiance pour Cromwell, ils le préféraient à la monarchie. Ludlow se raidit près de Fairfax, qui assiégeait Golchester, et ' lui représenta vivement que les intérêts de l'armée étaient menacés par le danger d'une réunion prochaine entre le parlement et le roi : n'ayant trouvé que l'incertitude habituelle de Fairfax, il parla de ses craintes à Ireton, qui ftit d'avis de laisser le traité s'achever, avant de faire intervenir l'armée.
Ainsi la guerre et les négociations se continuaient à l'envi. Colchester venait enfin de céder, et le vaillant lord Gapel s'était rendu par l'impossibilité de se défendre. Le caractère plus cruel que prenait la guerre, et l'affreux dénouement qu'elle préparait, s'annonça par les vengeances du vainqueur. Ireton , laissé près de Fairfax comme l'ombre du génie de Cromwell, sut arracher à la faiblesse de ce général une barbarie indigne de sa générosité. Il fit condamner et fusiller les principaux chefs de la garnison. Lord Goring et lord Capel furent réservés au jugement des chambres. Le retour de Cromwell acheva de pacifier les provinces du nord ; une seule place y tenait encore pour le roi Cromwell en commença le siège , dont il confia bientôt la poursuite au colonel Lambert, qu'il rappela d'Ecosse. Il semble que, instruit de la révolution que l'on préparait à Londres, il voulait, sans y assister lui-même, se trouver libre et prêt pour survenir à temps. En effet, la majorité presbytérienne, constante dans son projet de réunion avec le roi, pressait la signature du traité, et ce prince, depuis
* Iudlow*smemoir8,y. I,p. ses. '
116 HISTOIRE DE GROMWELL.
la prise de Colchester, se rendait moins difficQe sur les concessions demandées ; il défendait encore le droit divin des évéques ^ ; mais il consentait à l'aliénation de leurs biens. Pendant que les commissaires du parlement rapportaient aux chambres ces dernières paroles , l'aï^mée , cantonnée à Windsor, déclara que le roi ne pouvait être appelé au gouvernement, et n'appartenait plus qu'à la justice, comme comme principale cause des malheurs de l'état.
Cette déclaration menaçante fut suivie d'un nouvel enlèvement du roi, que l'on tira de l'Ile de Wight pour le conduire dans un château près de Windsor.
Le parlement se plaignit avec hauteur à Fairfax , qui répondit par une demande des soldes arriérées, et une menace de s'approcher de Londres. En même temps, l'armée publia une nouvelle déclaration ^. Alors ce parlement, qui s'était emporté à de si coupables erreurs ^ fit paraître un admirable courage. Plusieurs membres proposèrent de décla* rer l'armée traître à la patrie , et de décréter d'accusation les principaux chefs.
L'armée marcha sur Londres. Ireton, qui conduisait tous ces mouvements, fit dire à Ludlow, par allusion à leur entretien au siège de Colchester, que, sans doute maintenant, lui et ses amis étaient contents de l'armée. En effet, le parti républicain , dans l'aveuglement de sa haine contre tout ce qui le menaçait d'un reste de monarchie, triomphait du secours odieux que lui prêtait l'armée. [1648.] Ce parti, réduit à la minorité dans les communes , avait songé d'abord à se réfugier au camp de Windsor; mais il aima mieux attendre que l'armée vînt épurer la chambre. Déjà Fairfax et ses officiers avaient pris leurs logements à White-Hall, et au palais de Saint-James. La majorité presbytérienne luttait encore. Après un jour et une nuit de débats, elle ra-
» History of the lifè of colonel Hutchinson , v. Il , p. 148. • Liidlow's mcmoirs, v. T, p. 265.