‹ Histoire de CromwellChapitre 57 sur 222 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

mena tout à une seule question; et cent quarante voix contre cent quatre décidèrent que les concessions du roi offraient au parlement des bases suffisantes pour procéder au rétablissement de la paix dans le royaume. Une commission fut nommée pour conférer à cet égard avec le général et l'armée.

Les Indépendants, fanatiques ou ambitieux, après avoir combattu ce vote avec fureur , déclarèrent , la plupart , que dès lors ils se séparaient de la chambre. On ne peut imaginer avec quelle bonne foi Ludlow allègue, dans ses Mémoires , un verset de l'Écriture qui lui parait l'irrévocable condamnation du roi; tant il est vrai que, depuis la religion jusqu'à l'athéisme, il n'existe rien dont les passions des homjnes ne sachent faire l'instrument d'un crime.

[1648.] Ce même Ludlow, républicain sincère, puisqu'il le fut sous Gromwell autant que sous Charles P' , invoqua plus que personne l'odieuse intervention de l'armée. Il prit part à une réunion ^ de quelques officiers et de quelques députés indépendants, où l'on arrêta de faire marcher l'armée, et de mettre des gardes à la porte de la chambre, pour exclure les membres opposants. Fairfax fut à peine prévenu de cette résolution ; Ireton lui annonça ^ , comme nécessaire, l'exécution déjà commencée. Le 6 décembre, les Coupes furent mises sous les armes dès le matin; et le colonel Pride, avec son régiment, occupa toutes les avenues de la chambre. Il laissait entrer certains membres ; repoussait les autres , et en faisait arrêter quelques-uns. Lord Grey de Groby assistait le colonel, et lui désignait, de peur de méprise , ceux de ses collègues qu'il fallait écarter. Ludlow remarque, dans ses Mémoires, que l'opération était facile et sûre , la chambre se trouvant si constamment divisée, que l'on pouvait compter les voix avant la discus-

■ Lud]ow*s memoirs, v. I , p.

» Ihiâ. p. 272.

iU HISTOIRE DE CROMWELL. .

sion. Ce dissentiment fixe et régulier, elFet presque inéTi-^ table du gouTernement représentatif, n'est pas longtemps souffert dans l'intolérance des révolutions ] et Ton proscrit les contradicteurs , en demandant la liberté.

Comme les raisons ne manquent jamais aux violences une fois faites , Tarmée présenta le même jour, à la chambré épurée, une déclaration qui justifiait cette mesure. Trenteneuf membres arrêtés furent conduits dans diverses prîsoûs. Le lendemain, Cromwell vint coucher au quartier de White^ Hall ^, affectant de n'avoir rien su, mais résolu de mainte* nir ce qui était fait. Il prit séance à la chambre, et fut so^ lennellement remercié de ses grands services. L'époque précise de ce retour, la nullité de Fairfax, et Tinfluenee dTreton, gendre et confident de Cromwell, semblent indiquer de quelle main était parti le coup qui venait d'être frappé. Quelquefois, il est vrai, on suppose sans motif que les hommes d'état ont créé les événements dont ils n'ont fait que profiter; mais une circonstance, négligée paf tous les historiens , ne permet aucun doute sur la participation de Cromwell. Avant même que les Presbytérieitt eussent fait passer la résolution en faveur du roi, Cronî* well avait donné l'ordre soudain de marcher sur Londres , pour briser la chambre •. Ce fut le colonel Hutchinson , qui, joignant ses prières à celles de quelques autres i^fflciers, hiî fit abandonner ce projet, exécuté quelques jours plus tard. Hutchinson, dans la candeur de son zèle républicain , détestait à la fois la modération des Presbytériens et la violence de l'armée. Il fut alors secondé par Ireton ; ce n'était pas, sans doute, que le gendre de Cromwell eût des desseins plus modérés : mais il semble que sa politique était moins impétueuse, et sa haine plus patiente.

' Ludlow^s memoirs , v. I , p. 270.

* Memoirs of the life of colonel Hutclûosoii, wrîtten hj îâ$ Vflàxmf t. Il , p. 112.

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