‹ Histoire de CromwellChapitre 58 sur 222 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Cependant, ceux des Républicains qui n'étaient pas trop aveuglés par la fureur de la vengeance , virent , avec un mélange d'indignation et d'effroi, la violence exercée sur leurs collègues. Quelques-uns cessèrent de se montrer dans une assemblée qui n'était plus libre ; d'autres y vinrent pour conserver encore l'image du parlement, e^prévenir la réunion de tous les pouvoirs dans la main de l'armée. En effet , depuis ce jour, les communes ne firent plus qu'enregistrer les volontés de l'armée. On vota que la résolution, pour rappeler les treize membres mis en accusation par l'armée, était inconstitutionnelle et dangereuse; on vota de nouveau qu'il ne pourrait plus être présenté d'adresse au roi ; on vota que toute communication avec le roi était déshono^ rante et contraire au bien de la nation. Enfin, la chambre, pour donner une marque de respect à ses nouveaux mattres, révoqua une ordonnance qui rétablissait la milice , comme ayant été faite dans l'intention de détruire l'armée. On interdit et on déclara séditieuse une protestation des menn bres prisonniers ; mais aucun d'eux ne fut jugé, et quelquesuns rentrèrent dans la chambre , en souscrivant à la réso- IntioB qui défendait tout traité avec lé roi. D'autres , plus particulièrement odieux à l'armée , furent favorisés dans leur fuite, et se retirèrent en Hollande auprès du jeune prince de Galles. On y fit peu d'attention : le grand objet, c'était la personne du roi.

La mort de ce prince était résolue depuis longtemps par Cromv\^ell et Ireton. Tous les restes des agitateurs , tout ce qu'il y avait de plus fanatique et de plus factieux dans l'armée , la demandaient. C'était le cri des sectaires forcenés qm voulaient, suivant l'expression de l'Écriture, eocpier le sang peur le sang. Parmi les Républicains, la plupart croyaient ee crime nécessaire à l'établissement de la liberté qu'ils espéraient. Yanes, Ludlow, Sidney, Hutchinson, partagèrent ce coupable délire ; mais ils auraient voulu que la

forme du gouvernement ^ fût réglée avant la mort du roi, de peur que l'armée n'essayât d'élever à la place vacante un chef sorti de ses rangs.

Gromwell avait des conférences officielles avec Wbitelocke et un autre commissaire du parlement ; il logeait à White-Hall ', dans les appartements du roi , et paraissait aussi puissant sur le parlement que sur l'armée. Pour la dernière fois ', il soulevait ces doctrines des niveleurs^ qu'il excita et réprima tour à tour. Le conseil de guerre, assemblé sous ses yeux dans le palais de White-Hall, fit rédiger, par la plume d'Ireton , une déclaration de la souveraineté du peuple ; arme terrible qui se préparait pour la mort du roi. En même temps, ces officiers accueillaient une sorte de prophétesse qui vint leur parler de la part de Dieu, et les encourager dans leur projet. Ce projet trouvait encore des obstacles, même dans cette chambre épurée par les dragons du colonel Pride. Quelques furieux ne désignaient le roi que sous le nom du grand coupables mais d'autres alléguaient en sa faveur, qu'il ne pouvait être traduit en justice par ses sujets; qu'il s'était rendu lui et son parti, et qu'il suffisait de mettre le parlement à l'abri du retour de la puissance absolue. Le souvenir de la dernière épuration rendait ceux-ci moins hardis et moins obstinés que leurs adversaires. Whitelocke. observe toutefois que la chambre aurait voulu rejeter sur l'armée la responsabilité d'un acte semblable. «< Mais , ajoute Whitelocke , avec «t une énergique sincérité , Tarmée ^ eut le bon esprit d'éviter « cela, et renvoya tout à ceux qu'elle laissait encore siéger « au parlement , pour lui faire cette sale et hideuse besoin gne. » La chambre des communes , sous cette terrible in-

' LudIow*8 memoirs, t. I , p. 175.

* A visit to lieutenant-geoeral Cromwell wholays in one of the kiog^s rich beds in Withe-Hall. Whitelocke*8 memorials , p. 457. ' Whitelocke^s memorials, p. 360.

4 rhid.. p. ,^558.

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