LIVRE TROISIEME
fiuence, choisit un comité de trentls-huit personnes pour recueillir les témoignages, et dresser l'acte d'accusation contre le roi. [1648.] A rapproche de Phorrible catastrophe qui se préparait , plusieurs Républicains même furent ébranlés. Whitelocke' et Widdrington, autre député, sortirent de la chambre, et se retirèrent à la campagne.
Le comité des trente-huit ayant préparé une accusation de haute trahison, elle fut votée par les communes qui choisirent en même temps, pour la juger, une commission décent cinquante personi^es, députés, officiers, magistrats, citoyens. Alors la chambre des pairs, réduite à une minorité timide; cette chambre qui, depuis longtemps, obéissait aux communes, et les avait suivies dans toutes leurs variations et dans tous leurs excès, s'indigna de ce dernier attentat. Elle prononça le rejet de l'ordonnance à l'unanimité , et s'ajourna pour dix jours. Les communes déclarèrent que l'ordonnance était légale par leur suffrage. Pour soutenir cette nouveauté , elles déclarèrent que le peuple était la source primitive du pouvoir, etqiie les communes, étant lesreprésentants du peuple, avaient le pouvoir suprême.
Humef, d'ailleurs si favorable à la cause de Charles, appelle la souveraineté du peuple une idée généreuse. Mais alors cette prétendue souveraiheté ne pouvait être, dans le fait, que l'usurpation d'un petit nombre, dont le pouvoir devenait d'autant plus arbitraire , qu'ils agissaient en vertu d'un droit qui leur semblait illimité. Ainsi, chez ce même peuple, où l'antique consécration du jugement parjurés assure à tout homme la sentence impartiale de ses égaux, le roi , plus maltraité que le moindre des citoyens , était livré à une commission arbitrairement choisie par un parlement
esclave et décimé. Avant d'accomplir au nom du peuple ce grand crime, il
> Whitelocke't memorials, p. 350.
fallut donc violer cent fois et toutes les formes de la justice et tous les droits de la liberté même. Sans doute , la part du fanatisme fut grande, quoiqu'il paraisse difficile de donner ce nom au rdie que jouèrent Gromwell et Ireton, les deux plus implacables instigateurs du crime ; c'est là surtout que se découvrira la profondeur de leur hypocrisie. [1648.] La première fois qu'on parla de l'accusation du roi' dans la chambre des comipunes, Gromwell se leva^ et dit que si quelqu'un avait fait une telle proposition de dessein prémédité, il le regarderait comme un traître; mais que, puisque la Providence les avait conduits elle-même jusquelà, il priait Dieu de bénir leurs conseils. «< Dernièrement, u dit-il , comme je me disposais à présenter une demande t{ pour le rétablissement du roi, j'ai senti ma langue se col- H 1er à ma bouche, et j'ai cru voir dans cette impression sur- « naturelle, une réponse que le ciel, qui a rejeté le roi, en- « voyait à mes prières. »
Quelques historiens ont supposé Gromwell moins ardent pour la mort de Charles que son gendre Ireton. Cependant c'est la résistance de Gromwell que l'on rencontre dans tous les efforts qui furent tentés pour prévenir le Jugement du roi; c'est Gromwell dont le génie dominait une foule de fanatiques qui servirent à la condamnation de Charles. L'un des plus grossiers de ces fanatiques , Harrisson, fils d'un boucher, qui s'était élevé par son. courage, conduisit le roi de Windsor à Saint- James pour le commencement du procès. L'agitation était grande. Quarante membres de la haute-cour avaient refusé de siéger, entre autres Fairfax, auquel on avait fait l'affront d'un tel choix. Cet homme , d'une inexplicable faiblesse , paraissait blâmer toutes les choses qu'il autorisait de son nom. Le prince de Galles, retiré en Hollande, lui écrivit. La femme de Fairfax ne cachait pas ses vœux pour le roi. Les Presbytériens se déclaraient contre le procès du roi , par des sermons,