LIVRE TROISIÈME. iiS
des pétitions, des adresses. Plusieurs illustres citoyens, qui avaient été les ministres de Charles , offraient leur ¥îe , et réclamaient, au nom des lois du royaume, Thonneur d'être jugés à la place du roi , qui ne peut faillir. Les ecclésiastiques presbytériens de la ville de Londres avaient publié une réclamation véhémente. Les commissaires d'Éeosse demandaienl; l'inviolabilité du roi , au nom même de ce covenant qui avait commencé tous les troubles. Cromwell ^ écouta leur plainte, et répondit par des arguments tirés de la loi qu'ils invoquaient. Ils s'étaient engagés , par le covena/nt, à poursuivre la punition de tous les malveillaiits et de tous les incendiaires ; ils avaient condamné tous ceux qui s'étaient réunis à l'expédition de Montross. Le roi en était la première cause, et partant le premier coupable. Ces raisons devaient avoir d'autant plus d'autorité, que les commissaires écossais, dans leurs préjugés de secte et de parti, chargeaient encore de reproches odieux ce prince qu'ils affectaient déplacer sous la protection du covenant. Cromwell démontrait que la fidélité promise par cet acte religieux , n'était plus obligée , depuis que Charles avait voulu détruire la vraie religion. Les vainqueurs n'ont pas de scrupule, et l'on se moque du scrupule des faibles.
A l'approche de la catastrophe qui se préparait, les re* gards se reportent involontairement sur l'Europe, témoin de ce spectacle si déplorable et si nouveau pour elle. Soit que la situation de l'Angleterre parût la séparer des peuples du continent, soit que le caractère imprimé à sa révolution s'éloignât trop de l'état religieux et civil des autres nations pour effrayer leurs rois , on ne voit pas que les ' princes de l'Europe se soient inquiétés en faveur de l'infortuné monarque , ni qu'ils aient rien entrepris pour le sauver. L'Espagne, qui conservait encore en Europe un reste
* Bishop Burners history of his own time , r. I , p. 63.
de vieiile autorité ; FEspagne , où le pouvoir absolu reposait à Fombre d'antiques superstitions, ne prit point d'inté* rét à ces sanglants débats d'un peuple hérétique; et son ambassadeur ^ , don Louis de Gardenas , parut même en toute occasion peu favorable à Charles. La France, qu'un lien de famille semblait attacher aux Stuarts, et que ses victoires sur FEspagne élevaient aii premier rang dans l'Europe , était encore livrée aux guerres civiles de la Fronde. Le roi , enfant , était sorti de sa capitale révoltée ; et le parlement avait proscrit Mazarin. Ces nouvelles arrivaient à Londres au moment même où se préparait le régicide; et Whitelocke ', en racontant les commencements du procès de Charles , a soin d'y mêler plusieurs fois ce tragique contraste des troubles qui éclataient alors en France. Mais dans cette guerre civile de la Fronde, œuvre d'imprudence et de vanité, il n'y avait rien de la conviction ardente', inexorable , qui conduisait le roi d'Angleterre à l'échafaud. Le peuple de Paris n'était alors mis en mouvement que par des passions de cour. Ces troubles intérieurs détournaient cependant la France d'une intervention que jamais la politique de Mazarin n'eût rendue fort pressante. L'ambassadeur de France fit au parlement quelques vaines représentations. A la même époque, la reine d'Angleterre , réduite ^, dans Paris , à la plus rigoureuse pauvreté , recevait un modique secours des mains du cardinal de Retz , qui conduisait la rébellion, et que l'on accusait de vQuloir apprendre au parlement de Paris l'audacieuse politique du parlement d'Angleterre. Les puissances du Nord * paraissaient plus indifférentes encore à la destinée de Charles ; et la libre philosophie de Christine, souveraine absolue, ne se scan-
» CIarendon*s history, p. 571.
* Whitelocke's memorials, p. 363,367.
3 Mémoires du cardinal de Retz, v. I , p. 296.
4 Clarendon^s history, p. 571.