LIVRE TROISIÈME
dalisait pas du triomphe de la révolution anglaise. Une république nouvelle, la Hollande, intervint en faveur de Charles avec un zèle inutile. Glarendon , en accusant la froideur des souverains, s'indigne de l'empressement de leurs ambassadeurs y. à recueillir les dépouilles des palais de ce malheureux roi , mis à l'encan après sa mort ; et il reproche ^ au luxe fastueux des rois de l'Europe , d'avoir ainsi fourni des secours au parlement et au pouvoir de Gromwell. Cette tragédie de la mort de Charles I"' fut conduite par des ressorts secrets, et jouée par des fanatiques qui, la plupart, croyaient faire une œuvre sainte. En Usant les détails de la condamnation que subit , quelques années après, le solliciteur-général Coke, qui, chargé de porter la parole contre Charles , semble avoir plus de part dani? le crime que les juges, on voit que cet homme était dominé par une imagination ardente et mystique. Milton, le plus éloquent des fanatiques, a tracé un magnifique portrait de Bradshaw, président de la haute-cour. L'histoire ne peut reconnaître en lui qu'un dur légiste, qu'un impitoyable sectaire, instrument d'une politique qu'il ne comprenait pas. On a répété plus d'une fois que Charles , ayant récusé la juridiction de la cour, ne se défendit pas contre l'accusation même. Mais aucune réponse ne pouvait être plus forte et plus légale que ce seul mot du roi ^ : Je ne vois pas ici de chambre des pairs, et d'ailleurs je fais moi-même partie du parlement. Ce fut le 20 janvier que Charles parut pour la première fois devant ses juges. Le lendemain, Cromwell, Ireton, et les autres commissaires, observèrent un jeûne à White-Hall. Ils entendirent les prédications de trois ministres. Hugh Peters, l'un de ces fanatiques, avait pris pour texte ces mots de l'Écriture : « Enchaînez vos rois , et met- «( tez vos nobles dans les fers » ; et la véhémence avec la-
> Clarendon^s history, p. 571.
^ Procès de Charles 1er, p. 15.
m HISTOIRE DE CROMWELL.
quelle il montrait les rois punissables , comme les wtres hommes ^ , fit plus d*une fois sourire Grom welL
Tandis que les plus furieux prédicateurs étaient déchat-" pés contre le roi, un comité, où se trouvaient Ireton ^t Cromwell, fut chargé de faire saisir la réclamation des mi* nistres presbytériens en faveur du roi. La chambre des communes inspirait et secondait en tout la baute-cour* pendant le procès, elle abrégeait ses séances, pour donner à ceux de ses membres qui étaient commissaires de la haute-cour, le temps d'assister aux deux assemblées.
Le 22 et le 23 janvier, le roi reparut en présence de ses juges. Il éprouva toutes ces humiliations haineuses, que Tesprit démocratique se plalt à verser sur la grandeur abatr tue. Le président Bradshaw l'interrogeait avee toute 1% dureté de son fanatisme. [1649.] Cependant il affectait de lui conserver le titre de roi. Contredit, interrompu, gêné dans sa défense , Charles montra beaucoup de force d'Ime et d'éloquence, et il étonna ses juges par son inflexibilité à méconnaître l'autorité de leur tribunal.
Le roi ne fut ramené devant la haute-cour, que pour i^ntendre la lecture du jugement. On fit l'appel des juges , qui se trouvèrent réduits au nombre de soixante-dix. Lors* que le nom de Fairfax fut prononcé, une voix répondit : /la trop d'esprit pour être ici. Au moment où Bradsbaw parla de l'accusation intentée au nom du peuple aqglais , la même voix, partie d'une tribune, s'écria : Ptis la dianème partie du peuple. On ordonna de faire feu sur cette tri-bune. Cette voix était celle de lad]r Fairfax.
La volonté des rois , au lit de la mort, a d'ordinaire peu d'autorité sur l'avenir. Charles , qui touchait à l'échafaud , Charles , au moment de recevoir sa sentenee de mort , ^-* saya d'assurer les droits héréditaires de son fils.
' Exact narrative of the trial of the régicides, p. 1$8.