LIVRE TROISIÈME
0& voit \ par les Mémoires de Ludiow, que ce projet présiimé inquiéta i>eaucoup les Républicains; et Ton ne peut douter que le roi n'ait essayé de Faccomplir dans cette dernière séance, lorsqu'il demanda la liberté de présenter, devant les lords et les communes, une proposition sur un objet qu'il ne désigna point, mais qui intéressait le repos du royaume. Malgré les insolentes répliques que Bradshaw fit a cette prière, la baute-cour, par une certaine pudeur, n'osa point refuser de délibérer sur la dernière demande du roi. Elle passa dans la salle des gardes, où l'un des membres, M. Brown, conjura ses collègues d'accorder au roi la faculté qu'il demandait. Cromwell ^ repoussa cette opinion ayec outraçe ; il pressa la cour de faire son devoir, sans se tourmenter davantage. Durant le reste du débat, il témoigna son impatience par un sourire de pitié , et des ges&s de dérision.
La demande du roi ayant été promptement écartée , le président rentra dans la salle ; et après une longue harangue, il déclara Charles traître, tyran et meurtrier ; il fit lire U sentence , et tous les membres se levèrent en signe d'adhésion. Lorsque l'on recueille leS détails de cet affreux moment où Charles, déchu de sa dernière espérance, est entraîné loin du tribunal auquel il adresse encore des protestations entrecoupées, on a devant les yeux le plus triste exemple des catastrophes humaines. Pour les âmes un peu élevées , il n'est pas de plus intolérable image que cette dégradation de la puissance et de la vertu , tombées si bas que l'on craint de leur faire une dernière injure, en leur accordant toute la pitié qu'elles inspirent.
A la sortie de Westminster, le roi fut poursuivi par les cris insultants que poussaient des soldats apostés. « Pau- « vrcs gens! dit-il, pour un peu d'argent, ils en feraient au-
' Ludlow^s memoirs, v. I, p.^0.
> Exact narrative of the trial of ttie régicides, p. 168.
<c tant à leurs chefs. » Quelques-uns de ces misérables lui ayant craché à la figure, il ne répondit que par le nom de son Dieu , qui avait subi le même outrage. Ayant de se séparer, la haute-cour avait fixé l'eiécution de la sentence au 30 janvier. Un si court délai ne permettait aucune tentative favorable. Dans la stupeur où la nouveauté d'un tel attentat jetait tous les esprits, l'ambassadeur ' de Hollande obtint seul une audience extraordinaire , dans laquelle il fit au parlement des représentations inutiles.
On a dit que d'autres efforts avaient été tentés auprès de Gromwell. Un colonel, son parent. Sir John Cromweil, pénétra jusqu'à lui, le lendemain de la sentence, et retraça vivement à ses yeux l'horreur du crime qui se préparait. Cromweil , alléguant le vœu de l'armée , la volonté visible de la Providence, et ayant ajouté qu'il avait lui-même prié et jeûné en faveur du roi , mais que le ciel n'avait pas répondu ; le colonel alors lui montra une lettre de créance des états de Hollande , de Charles et du prince son fils , et le pressa fortement de mettre à la vie du roi toutes les conditions qu'il voudrait. Cromweil , frappé de ces paroles , fit retirer son parent, avec la promesse d'une réponse décisive ; et dans la nuit, il lui envoya dire que le conseil des officiers, aycmt cherché le Seigneur, avait résolu unanimement l'exécution de la sentence.
Quelle que soit l'opinion que l'on se forme de cette anecdote, peu vraisemblable et peu garantie, il est certain que , dans les dernières circonstances du procès , Cromweil mit une affreuse activité ; et s'il avait d'abord paru moins inflexible et moins violent qu'Ireton ', ce ménagement , peutêtre convenu, n'ôta rien à son crime. Il signa , l'un des premiers , le warrant pour l'exécution du roi. On a souvent raconté, qu'après avoir signé, il barbouilla de sa plume
' TbePar]iamenUryhi8toi7,v.XVin,545.
> Burnet,v. I,p. 69.