‹ Histoire de CromwellChapitre 63 sur 222 · LIVRE TROISIÈME. t · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. t

remplie d'encre le visage d'un autre commissaire, qui lui rendit la même plaisanterie. Ces gattés du crime ont un caractère que l'histoire ne peut omettre. Un parent de Cromwell , le colonel Richard Ingolsby, qui , nommé commissaire de la haute-cour, s'était abstenu de siéger, et désapprouvait la sentence de mort, entra par hasard dans la salle où l'on expédiait le fatal warrant. Dès que Cromwell l'aperçut, il courut à lui tout joyeux , criant que , cette fois , il n'échapperait pas. Il l'entraîna brusquement vers la . table ,'et malgré ses protestations, sa résistance , il le força de s'asseoir; et là, poussant de grands éclats de rire, il lui mit une plume entre les doigts, et lui conduisit la main , pour qu'il signât son nom comme les autres.

Un comité choisi par la haute-cour avait tout disposé pour le supplice du roi. L'échafaud, tendu de noir, était élevé en face de White-Hall. L'ordre particulier adressé à l'exécuteur ^ fut écrit de la main de Cromwell. Tandis que les coupajdes se hâtaient d'achever, le roi, conservant une fermeté sublime , avait dit adieu à ses deux enfants , et reçu les consolations du vénérable évéque de Londres. Son âme avait éprouvé un mouvement de joie au moment où , prenant sur ses genoux le petit duc de Glocester, il lui dit : « Mon fils , ils vont couper la tête à ton père , et peut-être « ils voudront te faire roi au préjudice de tes frères. » L'enfant , avec un accent extraordinaire à son âge , répondit : u Je me ferai plutôt mettre en pièces. »

Dans ces derniers jours, Charles, éprouvé par tant de souffrances , avait recueilli tout ce que la religion peut ajouter de grandeur à une âme forte et sensible : il était prêt pour l'échafaud. Un peuple immense, repoussé par des barrières de soldats, vit de loin le supplice du roi, sans pouvoir entendre ses touchantes paroles. L'évêque de Lon-

« Exact narrative of tbe triai of ihe régicides, p. S31.

dres re»ta près de récbafaud, pour soutenir le courage da roi. Ce fut à lui que Charles adressa sa dernière et sainte parole , qui renfermait la Toionté formelle de pardonner aux coupables. Un bomme masqué lui trancba la tète. Ua autre bomme, également masqué, montra cette tête sanglante au peuple, en criant : f^oici la tête d'tm traître! Le corps fut porté à Wbite-Hafl. Il y atait à t^Xt scène, dit Wbitelocke ^ , beaucoup de gens qui soupiraient , qui pleuraient, et qui tàcbaient de tremper leurs moucboirs dans son sang. Ainsi ce crime ftit acheté sous le» yenx et au nom d'une nation qui ne le Yonlait pas.

On dit que Fairfax avait résolu d'en prévenir Faceom^ plissement; et qu'à la tête de son régiment, il voiriaîl arracher le roi aux mains des meurtriers. Irhon et Cromfivell , instruits de ce projet , engagèrent le général à se mettre en prières, et à chercher le Seigneur; et pendant que le major Harrisson , aposté pour se joindre à Fairfax, prolongeait à dessein la prière , on reçut la nouvelle de Fexécution du roi. Harrisson , se levant alors , dit que c'étmt sans doute ht réponse que le ciel leur envoyait. Sans adopter cette anee-** dote, qui s'accorde assez mal avec Fe caractère simple et grossier d'Harrisson , et qui suj[qK)serait dane Fairfax um trop grande ignorance , on peut croire que ce général, avec des intentions droites et des résolutions lentei», se vit emporté par la frénésie qui l'entourait de toutes parts. Le feu de tant de prédications, de tant de discours fanatiques, avait pris à toutes les têtes de Farmée. Ot règne une passion violente, on ne vcHt qu'elle, et les ftirieux, semon^ trant seuls, paraissent le grand nond>re.

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