LIVRE QUATRIÈME
IndignatioB excitée par le supplice de Charles. -— Nouvelles rigueurs du parlement. — Formation d^un conseil d'état dont Cromwell est membre.
— Procès de plusieurs lords foits prisonniers dans la guerre. — Discourt de Cromwell à Téloge de lord Capel. — Abolition de la monarchie et de la chambre des pairs. — La république est proclamée. — Charles II, retiré en Hollande, est reconnu roi par TEcosse et par Tlrlande. — Écrits de Milton pour justifier la mort du roi. — Agitation des ni valeurs. — Sévérité de Cromwelî pour les réprimer. — Il est nommé gouverneur d^Irlande. — Coup d^œtl sur la situation de ce pays et sur les événements antérieurs. -^
— Départ de Cromwell pour Tlrlande. — Ses grands succès , sa cruauté à la prise de Tredagb et de plusieurs autres villes. — En quelques mois, il achève ou prépare la soumission de toutes les provinces de cette Ile. — Il est rappelé par les lettres du parlement. — Ireton, son gendre , le remplace dans le commandement et suit la même politique. ~ Tableau de la tyrannie exercée sur Tlrlande. •>- Retour de Cromwell en Angleterre.
^^^*^^la noofelle du supplice de Charles, un cri d'indt^ ignation et d'effroi éclata dans les trois royaumes,
letfut répété par FEurope. Les illus|pns républieai-^ |nes, qui avaient égaré beaucoup d'àmes honnêtes^ se dissipèrent. Tous les voiles que la terreur, la calomnie, le fanatisme , épaississent sur les yeux des peuples , tout* bèrent en un moment; et Ton ne vit plus que le sang d'un monarque loyal et généreux , dont les longs malheurs avaient trop expié quelques fautes reprochées à son régne , et dont la fin déplorable avait paru le triomphe d'une vertu sublime et d'une résignation surnaturelle. La douleur fut portée à son comble; et, dans quelques personnes d'une imagination vive, elle causa la perte de la raison, on la
1S2 HISTOIRE DE GROMWELL.
mort. Les chaires mêmes des églises , qai avaient retenti de tant d'imprécations , étaient baignées de larmes. On rappelait la bonté personnelle du roi, ses soaflFrances inouïes, ses vertus, qui, dans de meilleurs temps, aurai(;nt suffi à la prospérité de l'Angleterre.
Cependant la chambre des communes , animée par son attentat et par l'horreur publique , redoubla de rigueur. Après avoir ' décerné des témoignages honorables à la baute-cour, elle nomma une nouvelle commission pour juger les principaux seigneurs faits prisonniers dans la guerre civile; lord Goring , le comte de Norwich, le duc Hamilton, homme d'une vertu si persévérante et si malheureuse ; lord Capel , dont la fidélité semble avoir un caractère particulier d'héroïsme; lord HoUand, qui, après avoir changé plusieurs fois de parti , devait périr victime de la cause royale, à laquelle il se trouvait attaché comme par hasard. Le lendemain de la mort du roi , Cromwell ' avait été instruit de l'évasion du duc Hamilton , détenu depuis sa défaite à la Tour de Londres. Il en avertit aussitôt le parlement; et d'activés poursuites eurent bientôt ressaisi cet illustre fugitif. Lord Capel , qui s'était échappé de prison , fut également arrêté quelques jours après sa fuite. Le duc Hamilton était général écossais, et membre de la chambre-haute d'Angleterre. jConsidéré sous l'uir de ces titres , il était étranger ; sous l'autre, il n'était justiciable que de ses pairs. Mais la suppression de la chambre des pairs fut nécessairement le premier acte qui suivit la mort du roi. Après avoir examiné ' si elle pouvait être conservée comme cour de jndicature , les communes décidèrent que la chambre des pairs était inutOe, dangereuse, et devait être abolie.
En effet, s'étant déclarées la suprême autorité , et ayant
* LudIo\r*s menioirs,T.l, p. 984.
• Whitelocke*s memorials, p. 370.
» l6AI.,p.S7i:
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prouvé leur droit par leur crime,- les communes ne pou-' valent plus voir dans la chambre des pairs qu'un corps privilégié qui devait tomber avec la monarchie; Gromwell se montra peu favorable à cette mesure , et Ludlow suppose qu'il désirait maintenir la chambre des pairie * , dans l'espérance d'y trouver un instrument à ses vues d'ambition. Ce naotif présumé a peu de vraisemblance; et l'on ne doit voir dans cette conduite, que l'art de Gromwell à se ménager la reconnaissance du parti qu'il opprimait encore , et à faire espérer son appui contre la violence des Républicains. Cette abolition de la chambre des pairs est une réponse à ceu^^ qui ont supposé que l'étabUssement d'une chambre haute aurait, dès l'origine , arrêté la révolution française , et prévenu ses excès par un contrepoids nécessaire. Il était trop tard pour opposer à l'esprit démocratique des formes politiques qu'il n'aurait pas respectées , parce qu'il ne pouvait pas les comprendre. La souveraineté du peuple, qui r^enversa la vieille aristocratie anglaise, n'aurait pas souffert parmi nous la création d'une chambre privilégiée. En France, comme en Angleterre, il fallait une longue épreuve pour ramener la liberté à des idées plus saines , et lui faire sentir qu'étant elle-même une fiction devant la force matérielle , ce despote de l'anarchie , elle doit , pour se maintenir, s'allier à d'autres conventions sociales.
Cependant la chambre fit choix d'un conseil d'état, composé de quarante-un membres, parmi lesquels siégeait Gromwell , avec ses deux fidèles appuis , Ireton et Saint- John. Les membres du conseil devaient approuver, par un serment, la mort du roi et l'abolition de la monarchie. Sur le refus de Fairfax et de quelques autres , on adoucit la for- , mule du serment, et on la réduisit à la promesse d'être fidèle au parlement, sans approbation des actes antérieurs.
■ Ludlow^B memoirs. p. 285.
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Cromwell ^ fut le rapporteur de ee cKbat, que raiitorîUi de Fairfiax et les scrupules obstinés des eousdeMes poQ^ Taient prolonger; et il rédigea la noutelle formule qui wsh eilia les esprits.
Les Écossais, constamment opposés h la mort du roi^ s'étaient hâtés de reconnaître Charles II , tandis que le parkment d'Angleterre ftiisait partout détruire les eSgiea royales , et proclamait Tabolition de ki monarchie et Vi^it^ blissement de la république. Ainsi une nouvelle gaenr« ^ vile naissait de la mort du roi.
Le procès des lords traduits detant la hante-eour ne traîna pas en longueur. Tous furent coaâamnéa. La cbaipH hre, dés<Nrmais unique pouvoir et juge suprême de l'état, reçut les demandes en grâce présentées par leurs parents. Lord Norwich , peu redoutable par la frivolité do son caractère et de sa vie, obtint le pardon de la chambre. Un sursis fut accordé au lord Goring , à la majorité d^ne aeide voix. A c6té de l'inSexihle rigueur que la chnn]^ des communes montrait envers les autres accusés, Iretim^ qui siégeait dans la haute-cour, où ils avaient été condamnés, affecta de d^nandernne préférence en faveur d\m chevalier Owen , enveloppé dans la même condamnation , et qui, n'ayant ni un grand nom, ni d'illustres alliances, n'était réclamé par personne. Le colonel Hutchinson appuya cette demande, qui f^t accueiRie sans effbrt.
Lorsque l'on vint à la supplique présentée par myla^ Capel , l'une des femmes les plus aimables et les plus vertueuses de FAnf^t^YC, plusieurs membres de la chambre l'appuyèrent, et dirent que lord Gapet ne les avalent jamais trahis , ni trompés , et quil avait toujours fait une guerre ouverte et franche. Cromwell , à son tour, fit un magnifique éloge de lord Capel % professa le plus grand respect
* The Parliamentary history, v. XIX, p. 36-38. ■ Clarendon'8 history, p. 575.