‹ Histoire de CromwellChapitre 65 sur 222 · LIVRE QUATRIÈME. 1I · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. 1I

pour la loyauté de son caractère, et, au moment où Ton attendait une conclusion favorable, il déclara que « son « zèle pour le bieii de l'état l'emportait sur une alSeetion « privée ; que la question se réduisait à savoir s'il fallait « conserver le plus implacable ennemi de la république ; « que Iqrd Gapel , par la grandeur même de son àme, seu rait le dernier homme de l'Angleterre qui abandonnerait « la cause royale; qu'il avait du courage, du talent, de la «générosité, de nombreux amis; qu'il serait fidèle tant « qu'il vivrait, et redoutable dans quelque situation que la « fortune le mit; et que, par conséquent, on devait rejeter tt la supplique. » Gapel justifia sur l'échafaud la détestable hypocrisie de cet éloge. Il y parut % dit Whitelocke, avec la contenance d'un stofque Romain. Il n'avait pas de ministre auprès de lui; il ne semblait pas s'apercevoir des approches de la mort; mais il était d'une hardiesse et d'un^fèr* meté qui frappait d'étonnement. Il parla quelque temps au peuple. Il déclara qu'il mourait pour avoir obéi à son roi, le plus religieux de tous les monarques , au prince Charles, qui maintenant était roi, et à tous les autres enfants du roi, légitimes héritiers de sa couronne.

HamQton ne mourut pas avec moins de courage , victime d'une fidélité méconnue jusqu'au moment où elle fut attestée par son supplice. Yoltaire raconte que la vengeance de GromweU, animée par une jalousie d'amour, détermina la perte de lord HoUand , qui , malgré sa désertion récente, conservait de nombreux amis dans le parlement. Suivant ce récit, Gromwell, amoureux de la femme du colonel Lambert , et sachant qu'elle le trahissait pour lord HoUand, se plut à faire couler le sang d^un rival sous les yeux d'une maîtresse infidèle.

^ Histriss Lambert était en eflFet jeune et belle, versée

' 'Whitelocke*8 memorials , p. 379.

* Memoin of the protectoral-housse of Cromwell, ▼. I, p. 197.

136 HISTOIRE DE CROHWELL.

dans la connaissance des saintes Écritures, chantant les psaumes avec beaucoup de grâce , et fort occupée de méditations pieuses. Les visites fréquentes que lui faisait Cromweli pendant son séjour à Londres, ont donné prétexte à l'anecdote dont s'est amusé Voltaire, et qui paraît peu vraisemblable. Dans rage de la maturité, dans une vie inquiéta et sérieuse, dans une extrême circonspection de conduite, les faiblesses ou les agitations de l'amour avaient peu de prise sur Gromwell '. Clarendon explique son empressement à perdre lord HoUand par des motifs de haine politique , et par le souvenir de quelques propos injurieux échappés à ce seigneur.

La chambre des communes , qui réunissait alors tous les pouvoirs, se voyant réduite à un nombre très borné, et formant une intolérable oligarchie, rendit plusieurs bills pour favoriser le retour des membres exclus par les diverses épurations. Cette faculté, soumise à la condition de souscrire les actes qui avaient précédé la mort du roi , ne ramena qu'un petit nombre de députés. Il y eut aussi quelques élections nouvelles. La chambre, par une exception sans exemple , se chargea d'assurer elle-même un choix qui devait lui être fort précieux. Elle ordonna * que Bradshaw, ancien juge à Guidehall, siégerait comme député de cette ville, en considération des fonctions qu'U venait de remplir dans la haute-cour. Parmi quelques autres députés , nommés par l'élection des comtés, on vit reparaître deux membres de la pairie supprimée.

Cette permanence de la chambre des conununes était loin de remplir les espérances du parti démocratique. Toutes les doctrines des niveleurs , tous les principes d'une représentation égale, indépendante et fréquemment renouvelée, se reproduisirent avec fureur, et vinrent assiéger ce parle-

■ Clarendoo'k hislorr. p. S73.

> Wliitdocfce^s memorials, p. 372.

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