LIVRE QUATRIÈME
ment perpétuel qui avait tué le roi, et qui gardait pour lui la royauté. Des pamphlets républicains dénonçaient au peu* pie les secondes chaînes de la Grande-Bretagne. En même temps , la douleur des Royalistes ^ les regrets et la pitié du grand nombre, s'animaient par la lecture du livre femeux attribué à Charles , et qui exprimait les vœux les plus purs pour le bonheur du peuple anglais. Ce livre éloquent inspirait l'horreur contre les meurtriers d'un tel roi : c'était le testament et la robe sanglante de César.
Le nom de l'immortel Milton parut alors dans le monde pour la première fois , et fut attaché à Tune des plus déplorables prostitutions du génie. Longtemps inconnu, malgré son immense savoir et l'ardeur de ses opinions, Milton avait obscurément publié divers pamphlets théologiques , animés de k plus fougueuse démocratie , et quelques poésies charmantes, oubliées et perdues dans le fanatisme du temps. Aussitôt après le supplice de Charles, il avait justifié ce grand crime par une dissertation sur la responsabilité des rois. Nommé, près le nouveau conseil d'état, secrétaireinterprète pour la langue latine , qu'il écrivait avec une rare élégance, cet emploi le jeta plus que jamais dans les passions furieuses des Indépendants. Lorsque le livre publié sous le nom du roi {Eikon Basilike', Image du roi), comme une révélation de ses vertus et une image de sa vie, vint soulever la pitié dans tous les cœurs, Mflton, réduit à l'odieuse tâche de combattre des sentiments généreux, fit paraître V Iconoclaste , ou le briseur d'images , annonçant par cette expression les violentes atteintes qu'il portait à la mémoire de Charles. Ces attaques contre un roi qui n'était plus, ces poursuites au-delà du jugement, ces insultes audelà de l'échafaud, avaient quelque chose d'abject et de féroce, que l'éblouissement du faux zèle cachait à l'àme enthousiaste de Milton. Sans doute Milton ne surpassa point la violence et le scandare de cet écrit, dans la réponse qu'il
188 fflSTOIRE DE CROMWELL.
opposa ) peu de temps après , aux invectives publiées par Saumaise contre le parlement. Mais la grande réputation de Saumaise, aujourd'hui si dédaigné ^ et le spectacle de cette controverse sans exemple , rendirent l'Europe plus attentive et portèrent partout, avec te nom de Hilton, les audacieuses maximes dont il se faisait l'interprète. Ici du moins Milton trouvait un avantage dans la logique maladroite de son antagoniste ) qui n'avait su faire autre chose que de 80u<> tenir d'une mattière générale l'impunité de la tyrannie^ de^ puis MérOn jusqu'à Charles ; tandis qu'il aurait pu fticSement démontrer que Charles n'était pas un tyran , et ne pouvait pas l'être. A travers beaucoup de bouffonneries barbares et de citations pédantesques, Milton combat avec force l'ad^ mirable cause si mal défendue par Saumaise. Plein des ima^ ges sanglantes de la muse hébraïque, ses fureurs républi*'caines et sa haine des rois s'allument au même foyer qui embrasa son génie. Il invoque moins souvent ^ le poignard de Brutus , que le couteau sao^ de Samuel ou de Joad« Milton se glorifiait de consumer dans ce travail les restes de sa vue aflhiblie. Ainsi se préparait l'Homère des croyances chrétiennes; ainsi, nourrie dans les fiictions, exercée par tous les fenatismes de la religion, de la liberté, de la poésie, cette àme orageuse et sublime , en perdant le spectacle du monde, devait un jour retrouver dans ses souvenirs le mo^ dèle des passions de l'enfer, et produire du it>nd de sa réterie, que la réalité n'interrompait plus, deux créations égalemettt idéales, également inattendues dans ce siècle flirouche, la félicité du ciel et l'innocence de la terre. Hais avant que Milton ait couvert des rayons d^e glmre si pure la triste oélébrité qu'avaient encourue ses premiers ouvra^ ges, nous trouverons du moins, dans la cause malheureuse 6É il s'était engagé, son nom plus d'une fois honoré par les
* MatOB'* politlcal WMis, p. 565.