LIVRE QUATRIÈME
TADgleterre, tous les yeux se tournèrent sur Cromwell. Ceux à qui son ambition inspirait le plus de défiance et de haine ^ craignaient bien davantage le succès de la cause royale. Il n'est aucun parti qui ne préfère la tyrannie d'un protecteur à la victoire du parti contraire. D'ailleurs la plupart des Républicains, gênés par la présence impérieuse de Cromwell, allaient au plus pressé, et croyaient gagner quelque chose en l'éloignant de la chambre , sans prévoir que de nouveaux succès militaires le renverraient plus puissant et plus dangereux pour la liberté.
Cromwell * , désigné par le conseil d'état pour le commandement de l'Irlande , après avoir épuisé toutes les formules de la modestie et de l'humilité ', déclara que, par résignation à la providence de Dieu, il acceptait ce difficile emploi. La chambre, prévenue de sa réponse, vota solennellement sa nomination, et, sous le titre de lord-gouverneur de l'Irlande, lui conféra tous les pouvoirs militaires et civils. Fairfax reçut en même temps le titre illusoire de généralissime de toutes les forces de FAngleterre et de l'Irlande. Cromwell s'occupa aussitôt des préparatifs de la guerre. [1649.] L'argent manquait'; il fallut emprunter 120,000 livres sterling à la cité de Londres.
Pendant que Cromwell' pressait avec une incroyable activité les préparatifs de l'expédition d'Irlande, il eut^ occasion de retenir dans la cause du parlement , ou plutôt d'attacher à la sienne, un homme que ses talents rendaient précieux à tous les partis , et que sa naissance et ses opinions rappelaient dans les intérêts de la monarchie. C'est une anecdote qui mérite d'être racontée, pour montrer que Cromwell mettait quelquefois la franchise au nombre de ses
• ' Whitelocke^s memorials , p. 380.
• /Wd., p. 382.
' Lndlow*s memoirs , ?. I, p. 299.
4 Roger*8 eari of Orrcry's state letters.
1« HISTOIRE DE ÇROKWELL.
moyens, et qu'il savait se confier à propos. Lord BrogliQ! ^ qui, d'abord employé contre les rebelles d'Irlande , avait ftiit la guerre au nom du parlement et du roi, résolut de se séparer d'une cause désormais souillée par le réj^cide ; il était secrètement revenu en Angleterre, avec le projet de passer en France, et de suivre la fortune de Charles IL Airivé à Londres depuis quelques heures, il voit entrer chez lui un officier de Cromwell, qui lui annonce la visite du général, que le parlement venajit de nommer gouverneur d'Irlande* Lord Broghill était à peine revenu de sa surprise, que Cromwell se présenta sur les pas de son m essager « Il demanda à lord Broghill la liberté de l'entretenir en secret ; et , après de grands témoignages d'estime , il l'avertit que lé conseil-d'état était instruit du but secret de son voyage. Il ajouta plusieurs circonstances impossibles à nier, et finit par assurer lord Broghill que les membres du conseil vou<laient d'abord le faire arrêter ; mais qu'il avait prévenu cette mesure, et demandé le temps de le voir et de le ramener au parti de la république. Lord Broghill , ne pouvant rien opposer à des détails si formels, remercie le général, et s'en remet à sa foi et à ses conseils. « Votre conduite militaire en « Irlande, dit Cromwell, nous appartient. Chargé d'achever « la soumission des rebelles, je puis vous offrir un comraan- « dément général, si vous voulez continuer de servir dans « cette guerre. » Broghill accepta, et fut fidèle, surtout à Cromwell. Il partit sans tarder pour Tlrlande. Beaucoup de gentilshommes , qui avaient autrefois fâiit la guerre avec lui, se réunirent sous ses ordres. Il attendit Cromwell pour lui remettre un régiment de cavalerie, qu'il eut bientôt rassemblé par son influence, ef qui servit utilement dans la guerre.
L'esprit mutin des troupes , constamment opposé à l'expédition d'Irlande , et maintenant aigri par des espérances trompées , présentait un plus grand obstacle. La dispersion'