LIVRE QUATRIÈME
du conseil ^ des agitateurs n'avaient pas éteint ce fenatism^ d'égalité qui dominait dans l'année, et que les généraux eux-mêmes avaient si longtemps favorisé. Il se forma une nouvelle bande de ces niveleurs. L'un d'eux se disait prophète; « ils allaient, lui et sa troupe, ensemencer les ter^ M res en friche, déclarant qu'ils ne prétendaient pas renver*» <c ser les clôtures existantes, mais partager le fruit de leur « travail avec tout venant , jusqu'au jour où tout le monde » les imiterait et reviendrait à la jouissance primitive des <c biens de la terre, et à l'ancienne communauté du para* « dis. » Cette extrême libéralité de la part de gens qui ne possédaient rien alarma beaucoup les propriétaires. Les prophètes, amenés devant Fairfax, parurent le chapeau SUT la tête ^, attendu que le général n'était, disaient-ils, qu'une créature de leur espèce. Leurs chefs déclarèrent que les Anglais étaient de la race des Juifs; que toutes les libertés du peuple avaient été perdues depuis 6uillaume-le- Conquérant, et qu'ils avaient vécu sous une oppression plus dure que celle dont les Égyptiens ' accablèrent leurs aïeux; mais qu'enfin Dieu les appelait à la délivrance. Il y avait dans les manières et dans les idées de ces hommes quelque chose de la secte des Quakers, qui se répandait depuis quelques années en Angleterre, mais que son génie doux et pacifique laissait dans une sorte d'obscurité, au milieu des fanatiques armés qui ensanglantaient leur patrie.
Pour ne pas effaroucher l'esprit indocile des troupes, on choisit au sort huit régiments nécessaires à l'expédition d'Irlande. Après de longues prières pour chercher le Sei^ gneur, les billets, jetés dans un chapeau, furent tirés par un enfant. Le régiment dlreton et celui de Lambert se trouvèrent dans les numéros sortants. On fit grâce à quel*^
« Vl^hitelocke^s memorials, p. 388.
> Ibid., p. 583.
3 im.^ p. 384.
ques escadrons qui s'étaient mutinés contre leur colonel, et Ton se borna à faire fusiller un simple dragon , fameux par son fanatisme d'égalité. Une partie de l'armée l'honora comme un martyr. Plusieurs milliers de soldats suivirent ses funérailles avec des rubans blancs à leur chapeau. Cette procession traversa la viUe, pour se rendre au cimetière de Westminster.
En butte à ces résistances factieuses, le parlement se défendit par des lois despotiques , comme font tous les pouvoirs attaqués. Il rendit un bill qui caractérisait de nouveaux crimes de haute trahison ' : par exemple, de dire que le parlement ou le conseil -d'état était tyrannique et illégitime. Pour lier entièrement sa cause à celle des chefs de l'armée , il comprit dans la même loi le crime des soldats qui concevraient la pensée de la mort du général ou du lieutenant-général. Ce remède violent parut nécessaire. L'esprit des niveleurs dominait toujours. La résistance avait gagné jusqu'au régiment d'Ireton. Plusieurs escadrons d'un autre régiment se révoltèrent. Le général fut enfin obligé de marcher lui-même contre ses propres soldats, de les disperser % et de leur faire des prisonniers. Cromwell, par son activité et son ascendant, contribua beaucoup à réprimer la révolte, et à dompter l'agitation d'une partie des tronpes. Quelques coupables furent exécutés. Cromwell ' exigea la grâce du plus grand nombre. Il vint rendre compte à la chambre de l'entière soumission des niveleurs, et reçut des remerctments publics, partagée entre le général et lui. Le régiment particulier de Cromwell, dans une adresse au général , après avoir béni Dieu de la défaite des rebelles , témoigna son horreur pour les écrits séditieux qui avaient scandalisé le parlement.
• The Parliamentary history , t. XIX, p. 381.
• Whitdocke's memorials, p. 387.