LIVRE QUATRIÈME. ]|f
▼Ole de Waterford tenait encore. La force de la garnison ne permettait pas de l'enlever d'un coup de main. Crom"*well, voyant ses troupes harassées de fatigues, prit alors des quartiers d'hiver. Il employa ce temps à parcourir toutes les garnisons qu'il avait dans la province de Munster; et en même temps il essaya de recréer quelques principes d'ordre, dans un pays livré, depuis huit années, à tous les maux de l'anarchie , et que lui-même avait si cruellement ravagé. Gomme il n'existait nulle part d'autre pouvoir que la force militaire, il établit à Dublin des cours de judiea-» ture, auxquelles il donna les attributions de la chancellerie ^ et il régla l'administration civile de Munster, où son gendre Ireton avait été nommé grand-juge par le parlement. Ce9 premières institutions furent un essai du grand art de gou* verner, que .Gromwell déploya plus tard en Angleterre. Pressé d'y revenir, il cherchait à gagner, piur des offres, le marquis d'Ormonde , qui avait rallié une armée supérieure en nombre à celle du parlement, et qui parut quelque tempi éTiter le combat.
Les succès de Gromwell en Irlande étaient alors le prin-' cipal appui de la république. Les membres du parlement , qui setnblaient tout diriger, ne se déguisaient pas la haine implacable qu'avait excitée la mort du roi, et ils sentaient le besoin de se réfugier sous les victoires d'un chef militaire. Un crime que rien ne peut justifier avait redoublé leurs craintes et leur colère. Dorislaus, qui avait paru comme assistant du solliciteur- général dans le procès du roi, nommé résident de la république à La Haye , y fut assas* sine ^ par douze hommes du parti des cavaJiers, Gette yengeance , qui paraissait menacer tous les membres de la haute -cour, les détermina plus que jamais a ne laisser rentrer dans la chambre que des hommes qui approuveraient
■ The Parliamentary history, v. XIX, p. 193.
le jugement da roi. A défaut d'un consentement explicite ', on consulta la conduite et les principes connus de quelques membres. Cette inquisition se prolongea pendant l'hiver de 1649, et fut principalement confiée au colonel Ludlow, au jurisconsulte Lisle, l'un des juges du roi, et à un chevalier Luck, fanatique célèbre, qui portait à l'excès la violence et le ridicule du puritanisme, et qui, dit-on, a servi de modèle au personnage de Hudibras, dans l'ingénieuse parodie que Butler a su tirer de ces sanguinaires extravagances. Le parlement , grossi par le retour des membres qui passèrent à cet examen , décréta de nouvelles lois d'exception ^ pour exiler de Londres les Papistes et les cavaliers , pour exclure des élections diverses classes désignées, pour astreindre tous les hommes depuis l'âge de dix-huit ans à souscrire un serment de fidélité à la République, sous peine de payer l'amende, et de ne pouvoir être adtois en justice. Dès la fin de janvier, Cromwell ayant reçu d'Angleterre quelques renforts , recommetfça la campagne avec son armée , divisée en deux corps , dont l'un était commandé par Ireton. Il enleva rapidement plusieurs forteresses. A la prise de Gastleton , il fit fusiller les oSBciers de la garnison. A Calan, toute la garnison fut passée au fil de l'épée. Cromwell, pour faire de cette barbarie un droit de guerre à son usage contre ceux qui résisteraient, eut soin d'excepter quelques bataillons qui s'étaient rendus, avant que le canon eût tiré. Le gouverneur de Gowram, ville forte et peuplée, ne s'étant rendu qu'après avoir essuyé le feu des batteries, obtint, pour toute capitulation , que les soldats auraient la vie sauve , Cromwell se réservant de disposer à son gré des officiers; ils furent tous fusillés ' le lendemain , avec le gouverneur. Un prêtre catholique , qui leur servait de chape-
' Ludlow^s memoirs,T. I, p. S88.
* The Parliamentary history, p. 943.
' Ludiow^s memoirs, t. I, p. 307.