LIVRE QUATRIÈME
rappeler. Il obéit , n'ayant plus rien à faire de décisif en Irlande. Il avait personnellement conquis la plus grande partie de ce royaume. Ses lieutenants Broghill, Yenable^ et Reynolds , n'avaient pas fait la guerre avec moins de bon* heur *. Le comté de Tipperary lui payait contribution. Toutes les places fortes du comté de Leinster lui étaient soumises. [1650.] Les anciennes garnisons anglaises du comté de Munster s'étaient révoltées en sa faveur^ et avaient servi à recruter son armée. Les villes de Tredagh, de Kinsale, de Gorke, de Kilkenny, de Wexford, de Glonmel, étaient en son pouvoir.
Cromwell s'était occupé de régler les provinces conquises , et il avait remis l'ordre dans ce pays toujours négligé par le gouvernement , et désolé par huit années de guerre tivile. Un pamphlet , publié à cette époque sous le titre de Cronvwell^ roi dC Irlande, attesta du moins ce que ses en- Demis pensaient de son administration ^ et put paraître une prédiction plutôt qu'une injure. Un historien * dit que dans l'espace de neuf mois Cromwell fit en Irlande plus de choses qu'aucun roi d'Angleterre n'en avait faites dans beaucoup d*années. Mais aussi le barbare versa le sang comme teau, sur cette terre déjà toute sanglante. Irlandais , Anglais, royalistes, prêtres, soldats, il massacra impitoyablement tout ce qui fit obstacle à sa conquête. Il commença la servitude civile de rtriande , et ne craignit pas de l'assurer par la fuite, ou Texpulsion de quarante mille citoyens qui sortirent de leur malheureuse patrie. Il eût dépeuplé l'Irlande pour la soumettre ; et, si l'on songe qu'il accumula tous ces maux sur le pays où s'était commis une seconde Salnt-Barthélemy , on conviendra que Jamais crime plus atroce ne trouva plus implacable vengeur.
Cromwell, en quittant l'Irlande, délégua son gendre Ire-
' An history of Uie life of James duke of Ormond, T. n , p. 115.
* A short crltical rcTiew of the political life of Cromwell , by Èanks , p. 46.
ton pour commander à sia place, avec les mêmes pouvoirs , et conféra provisoirement à Jean Coke, grand écuyer, le titre de chef suprême de la justice à Munster. La réduction de ce malheureux pays fut continuée sur le modèle de lapo* litique de Gromwell. C'est un fait presque inouï dans l'histoire , et un récit dont je veux me délivrer d'abord , puisque je l'ai commencé.
Ireton, successeur de Cromwell, montra le même génie , la même inhumanité, couverte des formes d'une justice sévère. Telle était, du reste, la force du mouvement imprimé par Gromwell , que la soumission de l'Irlande s'acheva presque sans combat. Il avait éloigné la jeunesse guerrière du royaume. Il avait établi la domination anglaise dans les deux provinces les plus importantes, celles de Munster et d'Ulster ; il avait en partie dompté les autres , et surtout il avait rompu le faisceau de la rébellion ^, en se ménageant partout des intelligences, et en gagnant beaucoup de moines catholiques qui livraient aux Anglais le secret de leur parti , ou souvent arrêtaient ses entreprises désespérées. Le malheur des Irlandais leur rendit des accès de fanatisme, qui ne leur furent pas moins funestes que la perfidie et la désunion. Leurs évêques frappèrent d'anathème lord Ormonde, et le forcèrent de céder sa place à un général catholique.
Les villes que Gromwell n'avait pas eu le temps d'assiéger ne tardèrent pas à se rendre. Ludiow, dont nous avons les Mémoires , envoyé en Irlande avec le titre de lieutenantgénéral, concourut à la prise de Waterford. G'est lui qui nous raconte qu'au siège de Limerick ^, la peste étant dans la ville , les habitants venaient se rendre au camp des Anglais, dans l'espoir d'y porter la contagion, et que, pour les rebuter de ce projet, on fit pendre ceux qui se présentaient.
' Glarendon^s history, p. 624.
* Ludlow*8 memoirs, V. I, p. 369.