‹ Histoire de CromwellChapitre 78 sur 222 · LIVRE ONQUIÈME. Î · texte numérisé non relu

LIVRE ONQUIÈME. Î

la guerre, cédant aux persuasions de sa femme, zélée presbytérienne, allégua des scrupules, et déclara qu'il était prêt à repousser Finvasion des Écossais; mais qu'il ne voyait pas un motif su£Bsant pour les attaquer. On combattit d'abord les scrupules du général par toutes les raisons possibles. Faixfax fut inébranlable ^ Gromwell affecta de demander que le général conservât le commandement suprême, déclarant que, pour sa part, il aimerait jnieux servir sous lui que de commander la plus grande armée de l'Europe. En même temps il proposa, comme dernière ressource, d'établir un comité pour entendre et discuter les difficultés de conscience que se faisait le général. C'est une lecture curieuse que l'extrait de cette conférence entre Fairfax d'une part, et de l'autre Cromwell, Harrisson, Lambert, Saint- John, Whitelocke, toutes créatures de Cromwell, excepté Whitelocke , trop prudent toutefois pour n'être pas de ses amis. [1650.]

On commença par chercher le Seigneur. Cromwell prononça les prières ; ensuite il exposa la question de conscience ^. Le général allégua ses scrupules, fondés sur l'autorité du covenanty et sur le nom de frères qu'il donnait aux Écossais. Cromwell, en reconnaissant toute la part que la conscience devait avoir dans une pareille question , établit que le covenant avait été violé par l'ancienne invasion des Écossais; que la guerre était inévitable, et qu'il valait mieux la porter en Ecosse que de la recevoir au sein de l'Angleterre. Ce débat , prolongé par les scrupules invincibles de Fairfax , amena de sa part la résolution de déposer le commandement. .Cromwell supplia le général de ne point abandonner le poste où Dieu l'avait béni , et de ne pas donner un tel découragement à la République et à ses amis. Lambert et Harrisson se répandirent en regrets et en expressions honora-

' Ludlow^s memoirs , v. I , p. 315.

* Whitelocke'6 memoriaU, p. 445.

blés. « Que voulez-Tous que je fasse, répondait Fairfax; tt tant que ma conscience me le permet , je veux me join- « are à vous dans le service du parlement ; mais personne V. de vous ne voudrait s'engager à un devoir qui ne satis- H fait plus la conscience. Telle est ma sitation. i» Il est facile de présumer que Fairfax , après une trop longue patience , jse lassait enfin d'une autorité précaire et dépendante. Les Jiommes faibles, lorsque, poussés à l'extrême, ils prennent çnfin une résolution décisive, craignent encore d'en avouer ouvertement le motif.

' Ludlow convient ^ que cette fois il se laissa prendre à Tair naturel que Cromwell mit dans son rôle , et qu'il l'en* Sttgea beaucoup à ne pas manquer au service de la nation , en refusant aussi le commandement, par politesse et par bumilité. Du reste, Ludlow vit bientôt le dénouement de cette comédie. La chambre, après avoir entendu un rapport sur la répugnance du général pour l'expédition 4'Éeosse, fit de nouveaux efforts près de lui. Fairfax renvoya sa commission. [1650.] Il fallait un général, et l'on ne pouvait choisir que Cromwell; il fut nommé sans contradic* tion et sans délai. Il n'eut pas cette fois un seul scrupule d'humilité , et pressa tout pour la guerre.

Il parait qu'avant son départ il crut nécessaire de gagner et d'éloigner ce même Ludlow, facilement trompé parce qu'il était de bonne foi, mais toujours redoutable par son talent et sa fermeté. Il se plaignit d'apercevoir en lui quelques signes de froideur, et le pria de s'expliquer ^ dans un libre entretien. S'étant rencontrés au sortir du conseil-d'état, ils passèrent ensemble dans la salle des gardes de la reine, pour s'entretenir sans témoins. Ludlow ne déguisa pas les craintes et les griefs des Républicains ; l'ancienne disposition de Cromwell à traiter avec le roi ; la punition de quelques

■ Ludlow^s memoirs, v. I, p. 315.

* Jbid,, V. I,p. 517.

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