‹ Histoire de CromwellChapitre 80 sur 222 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

« gardait ce mouvement , et qu'il était très mécantent de « Yoir que leurs soldats ne se battaient pas mieux. »

Les ministres presbytériens fatiguaient leur armée de prières et de révélations divines. Mais tout le zèle de ces prêtres n'avait pas la puissance de l'enthousiasme et de l'épée de Cromwell. Ils avaient beau faire, leurs soldats, opposés à ceux de Cromwell, n'étaient que des bigots combattant des fanatiques. Les Écossais tremblaient devant leurs ministres, tandis que chaque soldat de la secte des Indépendants se croyait inspiré pour lui-même , et justifiait par sa valeur ce que son enthousiasme lui promettait. La présepce de Charles aurait pu encourager l'armée , mais la défiance des ministres ne laissait pas même à ce jeune prince le droit de combattre. Charles ayant voulu * charger en personne, le général Lesley le menaça de quitter le commandement s'il ne se retirait aussitôt.

Cependant Cromwell , qui manquait de vivres et ne pouvait en recevoir que par mer, tantôt se repliait vers Dunbar, tantôt revenait sur Edimbourg. Lorsqu'il paraissait reculer, les ministres triomphants célébraient ' le bras de Dieu « qui « jette l'épouvante au cœur des ennemis, et les met en fuite, « sans qu'ils soient poursuivis. » Les généraux écossais demeuraient inébranlables dans leur résolution de ne point combattre. Ils eurent aussi l'art d'amuser Cromwell par ^es propositions de paix.

Cromwell, accoutumé à de rapides victoires, s'irritait de l'inaction de cette campagne. Il provoquait lui-même les avant-gardes ennemies avec autant d'impatience que de courage. Un jour ' un soldat ennemi qui le reconnut, ayant fait feu sur lui, sans l'atteindre, Cromwell dit à ce maladroit : " Si tu étais un de mes soldats, je te ferais punir pour m'a*

* Whitelocke's memorials, p. 453.

* The ParliamenUry history, y. XIX, p. 330.

^ Whitelocke*8 memorialf, p. 459.

174 mSTOIRE DE CROMWELL.

u TOir manqué en tirant de si près. » Après beaueoop de marches et de coups de canon inutiles , Cromwell se retroit^ Tait près d'Edimbourg sans avoir pu entraîner au combat l'ennemi , dont le nombre et la confiance augmentaient chaque jour. L'armée anglaise se ruinait par la disette et ieft maladies. Cromwell fit sa retraite sur Dunbar, avec la résolution de se fortifier dans cette ville, et peut-être même de retourner en Angleterre. Il essuya dans cette marcb« deux attaques de la cavalerie écossaise. Les généraux écoi* sais , qui connaissaient Cromwell et son armée , se trouvaient heureux de lui faire abandonner TÉcosse; mais les ministres presbytériens voulaient lui couper le passage et anéantir son armée. [1650.] Leur confiance était extrême. L'armée écossaise, fortifiée de trois régiments nouveaux, occupait toutes les hauteurs qui environnent Dunbar; et elle enfer^ mait l'armée de Cromwell , réduite à dix mille hommes. Jamais la fortune de ce général ne fut en plijs grand péril. II faut l'entendre parler lui-même *. « L'ennemi ayant sur nous «c tout l'avantage, nous approchâmes de lui , connaissant bien « notre infériorité et ne pouvant nous défendre des faibles- « ses de la chair, mais notre foi tirait sa consolation de Tap- « pui du Seigneur même; nous espérions à cause de leur « multitude et de notre faiblesse. Il nous semblait que nous « étions sur la montagne, et que le Seigneur se ferait voir, u et qu'il nous ouvrirait une voie de délivrance et de salut. « Ainsi nous avions nos consolations et nos espérances. » Il parait, d'après tous les récits, que si les Écossais s'étaient bornés à garder les hauteurs et à fermer tous les passages, ils auraient forcé l'armée de Cromwell à se rendre par famine, ou à les attaquer avec un désavantage insurmontable. C'était l'opinion du général Lesley ; l'ardeur des ministres l'emporta. Burnet rapporte que Cromwell, apercevant une

' The Parliàmentary history, v. XIX , p. 34^.

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