‹ Histoire de CromwellChapitre 82 sur 222 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

son armée , au lieu de commander l'assaut , Cromwell entreprit avec le gouverneur une négociation théologique, qui peut paraître un monument curieux de cette époque : elle commença par une invitation aux ministres presbytérieos de venir librement prêcher dans leurs églises. Le gouverneur répondit en leur nom : que voyant la persécution personnelle dirigée par le parti de Cromwell contre les ministres de Jésus-Christ , ils se réservaient pour de meilleurs jours, et qu'ils attendaient celui qui avait un moment détourné sa face de dessits les fils de Ja^ob. Cromwell ne laissa point ce refus sans réponse : et le gouverneur ayant allégué de nouveau les objections des ministres, Cromwell, qui sans doute avait beaucoup de loisir, comme il le dit luimême ^, répliqua par une lettre longue et raisonnée. Les ministres se plaignaient qu'il voulût intervenir dans le gouvernement de l'Église. Cromwell se plaignait que l'Église voulût gouverner le monde; et il employait le raisonnement

dont s'est servi Bossuet pour combattre l'autorité des Églises réformées. Il se défendait d'avoir jamais persécuté les ministres qui se bornaient à l'expUcation de l'Évangile. « Les « ministres, dit-il, sont les soutiens et non les dominateurs tt de la foi du peuple; j'en appelle à leur conscience. Ne «nomment-ils pas. sectaires ceux qui s'éloignent de leur « opinion, et que font-ils par-là, sinon d'ôter aux chrétiens « leur liberté et de s'arroger la chaire infaillible ? »

Dans un autre passage , Cromwell montre ces principes de tolérance religieuse , dont il lit un si grand usage pour se concilier toutes les sectes. » Êtes-vous mécontents, écrite vait-il aux ministres écossais , de ce que Ton prêche le « nom de Jésus-Christ? La prédication vous paratt-elle exu clusivement attachée à votre ministère ? Notre liberté scan- « dalise-t-elle vos églises? est-elle contraire à la loi? Ana-

' Tte Parliamentary history, r, XIX, p. 450.

i78 HISTOIRE D£ GKOMWlLL.

«i thème è la loî^ i^il en n'est niikil. Tous vous mépreiiei mt c le sens de FÉeriture. L'orâinatioo^ est un aete de mmé^ « nance, et non de nécessité. Votre prétendue crainte qm « l'erreur ne s'introduise a la feveur de la liberté , ressenstt ble à la prudence d'un homose qui carderait sous clef tocM a les Tins du pays , de peur qu'on ne s'enivrât. Ce serrit tt une jalousie injuste et déraisonnaMe de refuser h qpth « qu'un la jouissance d'un droit naturel, sous prétexte qu'3 ff peut en abuser. S'il abuse, jogez-le. Lorsqu'un koflUme «c parle follement , souffi'ez-le , parce que tous êtes sages. « S'il se trompe, la vérité se montre dans votre réponse, « fermez-lui la bouche par des paroles raisonnaMes Mt^ ff quelles il ne puisse répondre. S'il Masphéme et trénble « l'ordre public ^ laissez aux magistrats civil» le soin de le « punir. S'il dit vrai, réjouissez-vous de la vérité. »

Cette lettre ^ est écrite avec une vigueur de raison bien éloignée du galimaihias mystique, dont Cromwdl a rempli quelques-uns de ses discours au parlement. Il parte ici de théologie en homme d'état, comme il traitait quelquefois le» affaires en fanatique. Ce qui peut faire croire qu'au fond ef pour son siècle il n'était jamais qu'homme d'état. Cette discussion n'ayant pu ramener les Presbytériens dans le^M églises, Cromwell jSt officier par des ministres- anglais , et commença le siège régulier de la forteresse, qui passait poM imprenable.

La glorieuse journée de Dunbar avait attiré sur Croftiwell toute la reconnaissance du long parlement. Cette assemblée se hâta de voter des secours et des récompenses pour l'armée victorieuse. Elle se servit aussi de cet éYénc^ ment pour ranimer les passions religieuses et répnbftcaines, en montrant le retour menaçant de Charles Stuart à la tête des Presbytériens d'Ecosse, et tout à coup le Seignenf

' Thurloe^s siate papers, v. I, p. 161.

Page 1