‹ Histoire de CromwellChapitre 85 sur 222 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

guérir sous le climat d'Ecosse, il avait même sollicité son rappel en Angleterre. Le parlement, inquiet pour une vie qui lui était alor^ si précieuse, fit partir de Londres deux médecins célèbres, et qui avaient la confiance de Cromwell. L'un d'eux, le docteur Bâte, qui avait été le médecin de Charles I" , et qui fut successivement celui de Cromwell et de Charles II, a publié sur la révolution des Mémoires pleins d'intérêt , écrits dans toute la vivacité des opinions royalistes , mais où Cromwell est jugé à la fois avec beau** coup de ménagement et de sagacité.

Après avoir été longtemps en péril, Cromwell fut enfin sauvé par l'art des médecins et la vigueur de sa constitution. En écrivant au conseil-d'état, pour le remercier des témoi* gnages d'inquiétude et des secours qu'il en avait reçus, Cromwell disait : « Je suis une pauvre créature *; je suis « un serviteur inutile à mon maître Jésus-Christ et à vous. « Je croyais que je devais mourir de cette fièvre ; mais Dieu « semble en ordonner autrement. En vérité, mylords, je ne « souhaite vivre que pour obtenir la grâce de montrer dans a moQ cœur et dans ma conduite plus de reconnaissance et «c de fidélité à Dieu, plus de zèle pour ceux que je sers. » — Dans une autre lettre , il disait : « Ma maladie était si « violente, que la nature devait y succomber. Mais le Sei- «« gneur a voulu me délivrer contre toute espérance , pour « me donner occasion de dire encore une fois : C'est lui qui « m'a retiré de' la tombe. »

Parmi les remarques que fit le docteur Bâte dans son séjour à l'armée anglaise, il rapporte un singulier exemple de la familiarité que Cromwell permettait à ses soldats ^. Plusieurs fois pendant le dtner du général, les soldats , à un signal régulièrement donné par le tambour, faisaient une brusque irruption dans la salle du festin , et pillaient les ta-

The ParliaraeDtary history, v. XïX, p. 471.

JElenchus tnotuum nuperorum, p. S96.

blés encore occupées par leurs chefs. A la vérité, suivant d'autres récits , cette licence n'avait pas Tautorlsation da général , et n'était qu'un effet de l'indiscipline ou de la faim ; mais ce que le docteur raconte avec plus de vraisemblance , c'est l'artifice continu de Cromwell , qui se mêlait aux exercices militaires de ses officiers, les excitait à de bruyants ébats, à une folle gaité; et dans l'indiscrétion inséparable de ces jeux, étudiait tous les mouvements, et surprenait toutes les pensées de tant d'esprits inquiets , sans jamais se laisser deviner lui-même.

Cependant depuis que Charles II était à la tête d'une armée , et qu'il se montrait fidèle au covenant^ il avait aoquis de nouveaux partisans parmi les Presbytériens de Londres. Beaucoup de ministres de cette secte entreprirent une conspiration en sa faveur. Les premiers indices furent découverts et transmis par Cromwell. Un navire qui portait des dépêches pour le comte de Derby, chef royaliste , retiré dans l'Ile de Man, échoua sur les côtes d'Ecosse; et les dépêches tombèrent entre les mains de Cromwell, qui les fit passer au cbnseil-d'état. Il s'agissait d'exciter et de favoriser une invasion des Presbytériens écossais en Angleterre , pour rétablir Charles II sur le trône. Le parlement fit arrêter plusieurs ecclésiastiques, parmi lesquels figurait un docteur Love, qui, dans le commencement de la guerre civile, avait paru très animé contre Charles P'. Il fut condamné à mort, et malgré les supplications des ministres presbytériens ses frères, l'exécution eut lieu par une fatalité assez bizarre. Cromwell, que l'on sollicita vivement, et qui protégeait un peu tous les partis, avait écrit d'Ecosse en faveur de ce ministre. La lettre fut interceptée par un corps de partisans royalistes, qui, se souvenant de l'ancienne conduite de Love, eurent la misérable idée de supprimer cette recommandation, pour le laisser périr.

Le long parlement, instruit que Charles II se fortifiait

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