LIVRE CINQUIÈME
devait lai amener sur son passage ce qu'il aurait pu réunir de troupes.
Mais au bruit de cette marche^ Cromwell se hâtait. II fit d'abord partir Lambert et quelque cavalerie ^ pour suivre la traee du roi^ avec ordre d'inquiéter sa marche, mais de ne point risquer d'action , et de conserver ses forces entières, jusqu'au moment où lui-méma arriverait avec le reste de l'armée. Il choisit Monk, pour maintenir l'Ecosse en son absence. Il le chargea de veiller particulièrement sur Edimbourg et sur Leith ; et comme il ne pouvait lui laisser des forces considérables, il lui prescrivit d'être sévère et ' menaçant, d'intimider la noblesse, d'imposer silence aux prédicateurs, et de faire main*basse sur les garnisons qui se défendraient: instructions ^ que ce général suivit avec une exactitude qui le rendit la terreur de l'Ecosse.
Ayant dépéché toutes ces mesures , Cromwell se mit en marche trois jours après le départ du roi. II avait écrit au parlement pour le rassurer sur celte invasion , et pour se justifier de n'avoir pu la prévenir. Il annonçait que l'armée royale était suivie par Lambert, et trouverait sur son passage Harrisson et le colonel Rich. Il promettait de l'atteindre bientôt lui-même, avec se$ vieuw soldats et le secours du Seigneur.
Le eonseil-d'état avait reçu, le 9 août, la nouvelle de l'ehtrée de Charles sur le territoire anglais. Harrisson annonçait cette surprise comme un acte de désespcffr, sans importance et sans but. Le parlement se hâta cependant de voter toutes les mesures violentes que le péril inspire dans les révolutions , des levées extraordinaires de milice , le désarmement des manutentionnés, la peine de mort et la confiscation contre ceux qui correspondraient avec Charles Stuart. Rien de plus rapide que les préparatifs de dé-
» Clarendon^s history, p. 615.
fense: en quelques jours, la campagne fut inondée de milices parlementaires. Lord Faixfax , rappelé au comman* dément, parut à la tête d'un corps considérable.
Charles avançait à grands pas à travers le Lancashire : partout il était proclamé roi d'Angleterre, d'Ecosse, de France et d'Irlandre. [1651.] Le comte de Derby s'était réuni fidèlement au roi, qui le renvoya de nouveau pour soulever les habitants. Le 16 août, le roi rencontra, pour la première fois, l'ennemi. Lambert avait rejoint Harrisson pour défendre le passage d'un pont. Le poste fut emporté par les Écossais, qui se précipitèrent sur les ennemis en criant: «< Ah! misérables, nous vous joindrons, avant que « votre Gromwell n'arrive. » Cependant l'armée du roi ne grossissait pas. La terreur des décrets parlementaires intimidait les habitants. Une ridicule superstition presbyterienne nuisit encore à la cause royale. Le major Massey, envoyé en avant de l'armée pour recruter des Royalistes , reçut ordre des ministres de proclamer qu'il n'enrôlerait que des hommes sincèrement attachés au covenant. Le roi s'empressa de démentir cet ordre ; mais le premier enthousiasme était détruit ; et Charles , dans la rapidité nécessaire de son expédition n'avait pas le temps de réparer une faute. Son armée commençait à se décourager. Personne parmi les généraux n'avait foi au succès ; l'infanterie était harassée de fatigue ; beaucoup de ces malheureux désertaient. Le jeune roi allait de rang en rang, et suppliait les soldats de prendre encore patience quelques jours, leur promettant de les conduire à Londres. Mais l'épuisement de l'armée rendait cet effort impossible ; d'ailleurs l'énergie du parlement avait multiplié les obstacles.
Dans cette situation, Charles résolut d'avancer jusqu'à Worcéster, ville considérable, remplie de ses partisans, et qui n'était pas éloignée de la route de Londres. Le parlement avait établi dans Worcéster des autorités nouvelles