LIVRE CINQUIEME
qui tyrannisaient le comté. Elles s'enfuirent à l'approche du roi. Presque toute la noblesse, que l'on avait emprt* sonnée par précaution , se trouva libre et se réunit à l'ancien corps municipal , qui reprit ses fondions pour proclamer le roi. Le maire, les aldermen et les principaux citoyens du pays , vinrent recevoir ce prince aux portes de la ville , avec tous les témoignages d'un enthousiasme sincère. L'armée, qui manquait de tout, fut nourrie et habillée. On vint s'enrôler en foule. C'était un retour d'heureuse fortune. La fatigue de l'armée, la situation de Worcester, protégée par une large rivière et au milieu d'un pays abondant, déterminèrent Charles à se fortifier dans cette ville. [1651.] Ainsi, une entreprise commencée par la promptitude et l'audace changea de nature ; et Charles , au lieu de marcher à Londres, attendit Cromweli.
Le brave comte de Derby, surpris par un colonel républicain, pendant qu'il travaillait à recruter du monde dans le Lancashire, perdit ses meilleurs cavaliers, et arriva à grande peine jusqu'à Worcester, seul et blessé.
Cromweli, marchant avec une extrême rapidité, avait rejoint seul les corps de Lambert et d'Harrisson, et approchait de Worcester. Partout les milices accouraient sous ses drapeaux; il arriva sur Worcester avec quarante mille hommes de troupes. Au pont d'Olbridge, à peu de distance de cette ville, il rencontra un corps de troupes royales, sous les ordres du major Massey. Lambert et Fleetwood forcèrent le passage, après un combat assez rude, où le major Massey, le meilleur officier de l'armée de Charles, fut dangereusement blessé. Cromweli laissa sur ce point dix à onze mille hommes, et couvrit la Severn d'un pont de bateaux, pour attaquer lui-même sur un autre point plus rapproché. L'armée royale occupait l'autre rive et s'appuyait sur Worcester. Les officiers manquaient d'espérance et d'union. Le duc de Buckingham , célèbre par les agréments et la frivo-
lité héréditaires dans sa famille^ avait eu la vanité de pré* tendre au commandement général ; et le reftis raisonnable de Charles lui paraissait un outrage. Le général Lesiey servait avec peu de zèle; et la disgrâce constante qu'il éprouva sous le parlement et Gromwell, a pu seule l'ab* soudre du reproche de trahison. Charles montrait beaucoup de bravoure et de gatté.
Le 3 septembre, anniversaire de la victoire de Dunbar, Cromwell fit passer la rivière à une partie de ses troupes , et renversa les premiers corps de l'armée royale.
Le roi, qui était resté toute la nuit à cheval , accourut, et trouva ses soldats qui se repliaient sur Worcester. La bataille recommença avec plus d'ordre et de fureur. Le jeune prince s'élança sur l'ennemi à la tête des dragons du régiment d'Hamilton. Le régiment de Cromwell plia quelques moments ; mais la supériorité du nombre l'emporta. Charles alors combattit à pied ; son infanterie étant repoussée après un rude combat , il reprit ui) cheval , et voulut encore rallier quelque cavalerie; mais la bataille était perdue. Les plus braves officiers étaient blessés ou dispersés, et Charles fut réduit à fuir. « On ne sait pas ce que « le roi est devenu, écrivait un officier prisonnier: puisse « Dieu le conserver, car on ne vit jamais plus brave et plus « généreux prince ! »
Une partie de l'infanterie écossaise s'étant repliée sur la ville , les vainqueurs entrèrent avec les fuyards , et le carnage continua dans les rues. La forteresse fut emportée d'assaut; et Cromvs^ell fit massacrer sur l'heure toute la garnison, qui avait refusé de se rendre. Il avait «nvoyé plusieurs détachements à la poursuite des restes de la cavalerie ennemie; et on arrêtait partout les malheureux Écossais, contre lesquels une vieille inimitié animait les habitants des campagnes. A peine un petit nombre se sauvèrent-ils jusque dans leur pays , où ils trouvaient d'autres ennemis