‹ Histoire de CromwellChapitre 89 sur 222 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

non moins implacables. Le brave Hamilton^ laissé sur le champ de bataille, la jambe brisée d'un boulet de canon, mourut le lendemain, heureux d'échapper ainsi au supplice dont le vainqueur voulait en vain flétrir les nobles diefs du parti vaincu .

Dans le transport d'une si grande victoire, qull appelait tine miséricorde couronnante. Cromwell * écrivait au parlement : « Je vous prie de diriger toutes vos pensées à « la gloire du Seigneur, qui a opéré cette grande libéra- « tion , et de ne pas souffrir que la satiété de tant de misé* *t ricordes continues produise parmi vous l'orgueil et la « licence, comme il est arrivé autrefois à un peuple élu de » Dieu. Mais puisse la crainte du Seigneur, inspirée par ses «miséricordes méme«, conserver toujours l'autorité, et « maintenir dans Fhumilité et l'obéissance un peuple si pro- « tégé et béni par tant de témoignages. Que la miséricorde « et la vérité émanent de vous comme un remerctment « offert au Seigneur : c'est la prière de votre humble et « fidèle serviteur. î>

Malgré la pieuse modestie de ce langage , Xudlow ftitt remonter à cette époque la première révélation des projets ambitieux de Cromwell. Il rapporte que Hugh Petcrs, fanatique célèbre, dit à son retour de Worcester* que • Cromwell se ferait roi. On pouvait le croire en voyant que, sur le champ de bataille , il avait conféré de sa main le grade de chevalier à deux de sçs officiers, empruntant ainsi et les usages de la monarchie et la prérogative personnelle du souverain.

Quelle que fût déjà son espérance, les serviles félicitations du parlement devaient l'augmenter. Cette assemblée , sauvée d'un grand péril, ne mit point de bornes à son enthousiasme. Elle fit préparer, à Hampton-Court , un apparte-

' The Parliamentary histoiy, v. XX, p. 47.

* Ludlow's memoirs, v. II, p. 447.

ment pour Cromwell, et lui envoya une députation, qui devait le féliciter sur le retour de sa santé, lui rendre grâce de ses éminents services, et Finviter à venir se reposer dans la demeure qu'on lui avait fait préparer, et qui, par le voisinage de Londres, le mettrait à portée d'assister le parlement dans les grandes questions relatives an règlement des aflfoires publiques. Gromwell, qui, par des motifs différents, se hâtait aussi de revenir à Londres, rencontra la députation sur sa route, et l'accueillit avec honneur. Whiteloke ^ rapporte qu'en témoignage de reconnaissance, il fit présent à chaque député d'un cheval et de deux prisonniers écossais. A quelque distance de Londres , il fut reçu par le président Bradshaw, par une foule de membres du parlement et par les magistrats de la cité. Un carosse d'honneur l'attendait ; et la gazette du conseil-d'état annonça qu'il avait été reçu avec les plus grandes acclamations de joie. [1651.] Treize jours après la bataille de Worcester, il était au milieu du parlement, et, comme c'était le seul ennemi qu'il pût craindre encore , il agitait les esprits pour ramener l'ancienne question d'une représentation plus légale.

Tandis que deux pouvoirs également injustes se préparaient ainsi à disputer les débris du trône , le véritable souverain errait en Angleterre, sans secours, sans asile, et protégé par le bruit de sa mort, qui ralentissait l'ardeur de ses ennemis.

Il n'est pas de souvenirs plus attachants que ces infortunes royales, où l'intérêt d'une grande catastrophe historique se mêle à tout ce que l'imagination pourrait inventer de combinaisons singulières et d'événements romanesques.

Forcé de quitter le champ de bataille avec la cavalerie de Lesley, Charles s'était bien vite aperçu qu'une si nom-

* WtiiteIocke*s memorials, p. 484.

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