LIVRE CINQUIÈME. 19fi
tf vous recommande de ne jamais abandonner la eouronne, « quand même tous ne la verriez suspendue qu'à un buis- « son. 3) Ces paroles, conservées dans une famille, étaient un beau gage de fidélité. Le roi demeura dix-neuf jours dans cet asile.
Windham parvint à tout disposer pour le départ du roi, et fit marché avec le patron d'une barque qui devait mettre à la voile un jour convenu. Le rendez-vous manqua. Le roi attendit vainement cet homme dans une auberge de la petite ville de Lime , et faillit d'être victime de ce mécompte. C'était le jour de la fête du lieu : un tisserand, qui avait été soldat daçs la dernière guerre, et qui, était grand fanatique et grand prédicateur, déclamait violemment dans l'église contre l'ancienne monarchie , et disait , pour enflammer les esprits , que « le roi était caché quelque part « dans le comté , et que celui qui parviendrait à le découvrir «t mériterait beaucoup aux yeux de Dieu. » Un maréchal, qui ferrait les chevaux dans l'auberge où se trouvaient Charles et Wilmot , ayant examiné les pieds de leurs chevaux , remarqua qu'ils venaient de loin , et qu'ils avaient été ferrés dans quatre comtés différents. Il alla conter ia chose dans l'église. Le bruit en vint aux oreilles du prédicateur, qui souleva aussitôt tout le peuple , et fit courir après les deux voyageurs , déclarant que l'un d'eux était Gcrtainemeut Charles Stuart. Mais le roi , lassé d'attendre, était déjà retourné dans le château du colonel Windham , d'où bientôt il partit pour chercher, dans le comté de Sussex , une autre occasion de s'embarquer.
Dans ce voyage , le roi traversa plusieurs corps de troupes parlementaires, et rencontra près de Salisbury le colonel Desborough, beau-frère de Cromwelli II se cacha quelques jours chez une veuve nommée Heyde ; de là le fidèle Wilmot avait préparé de nouveau le passage du roi sur un navire qui tout à coup fut requis pour transporter
196 HISTOIRE DE GROHWELL.
les troupes parlementaires dans FUe de Jersey. Le roi, revenu dans son asile, parvint enfin, par le secours d*uii officier royaliste , à trouver une barque de pécheur dans la petite ville de Britthemsted, près de Portsmoutb. Dans la terreur que répandaient les décrets parlementaires , cette dernière ressource faillit encore manquer. Le patron de la barque reconnut le roi , et fut tenté de gagner la récompense promise. Un historien ^, qui tenait ce récit de la bouche du roi , raconte que cet. homme fut encouragé par sa femme, qui lui dit: u Fasse le Ciel que tu sauves le roi; •c il m'est égal ensuite de mendier mon pain avec mes petits u enfants ! » Au moment de mettre à la voile , le patron de la barque , voyant un des passagers qui fumait sa pipe dans le visage du roi , lui dit de s'éloigner, et de ne point incommoder ce gentilhomme. Le passager, soit par hasard , soit qu'il reconnût Charles , recula de quelques pas en mur* murant ce proverbe anglais : Un chien regarde bien le roi. Charles vit enfin la barque s'éloigner de ce dangereux rivage. Ses sujets fidèles d'Angleterre et ses amis dispersés dans l'Europe, après trois mois d'incertitude, apprirent qu'il était débarqué sur les cdtes de Normandie. De retour à Paris, il fut rejoint par le fidèle' Ormonde, que la ruine de la cause royale avait chassé de l'Irlande , à la même époque où le jeune roi vaincu s'échappait d'Angleterre.
* Quod àb ore iptius régis haurire tnihi datum est, Elenchus motattiii nuperorum a Bateo, p. 230.
* Memoin of a cavalier, p. SI9I.