‹ Histoire de CromwellChapitre 94 sur 222 · LIVRE SIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIEME

escorter par quarante gentilshommes. Cette démarche n'ayant pas amené de convention décisive, Saint-John , esprit ardent et impérieux, fut des plus empressés à réclamer dans le parlement de fortes résolutions contre la Hollande. La fin de la guerre civile ne laissait pas craindre au gouvernement le danger d'une autre guerre. Ceux des Républicains qui redoutaient le plus Crom well , s'emparèrent des plaintes et des projets de Saint-John, et pressèrent la chambre de frapper le commerce hollandais par une des prohibitions les plus hardies et les plus injurieuses. De là naquit ce fameux acte de navigation, par lequel, osant borner et régler le commerce des autres peuples, le parlement préparait l'Angleterre' au monopole du monde , et la forçait à la domination des mers, pour qu'une prétention si haute ne fût pas insensée. Un des jurisconsultes du parti parlementaire avait déjà annoncé cette audacieuse théorie dans un ouvrage intitulé : De la souveraineté des mers. Le parlement osa l'exécuter. Il rendit cet acte , qu'un écrivain appelle la grande Charte maritime , comparant son importance au bienfait de la constitution même.

C'est à la fin d'octobre, au moment où il luttait pour prolonger son existence , que le parlement rendit cette loi qui sablait un défi porté à toutes les nations de l'Europe. Un des Républicains les plus ardents, le chevalier Vanes*, trésorier de la marine , inspirait surtout ces pensées au parlement. Il disait que l'Angleterre et les Provinces -Unies ayant toutes deux besoin du commerce, étaient irréconciliables, et qu'il fallait ou que les deux peuples fussent confondus en un seul , ou que l'Angleterre subjuguât la Hollande, ou que, par des prohibitions et des entraves, elle écrasât son commerce. Ce projet d'une réunion, qui, sous le génie impérieux du parlement, n'eût été qu'une forme

' Stubbs't larther JustificaUon of Uie war, p. 119, iii-4*.

loi HISIOIHE DE CROMWELL.

d'êsclaTage, âtait été depuii^ longtemps rejeté par les éttta* généraux.

Le parlement s'arrêta du moins à Fidée d*enchatner le eOtnmârëé de cette nation rivale. Les prïnoipaut artieles ih cdt àcte^ qui fut consenré, niais faiblement soutenu paf Charles II , et dont l'exécution a fait la grandeur de Y Au» glëterre, prescrivaient qu'aucune production d'AlnériqUe^ d'Afr^lqUé et d'Asie he serait importée autrement que sur des tdissdaux anglais ^ et que chaque peuple d'£ui*ope né pourrait ^htoyer sur ses vaisseaux que les productions dé sOn l^él et de son industrie. Il était impossible que Texécu» tion de Ce bill n'atnenàt pas des causes de rupture et de gliéri*e. Ces pfétentions de l'Angleterre à l'empire de la Méditerranée ^ faisaient depuis longtemps partie de la poli-^ tiiJUe du loiig paiement : elles sont exprimées dans» les ihstructiotiâ ^ données à l'amiral Blake, en 1630. Mais l'application plus formelle que l'Angleterre en faisait alors ^ blessa l'orgueil etl'ititérét des Provinces* Unies. Elles eu'* voyèrent aussitôt des comtnissalres poui* réclamer contre l'acte de navigation. Lés comiUissaires du parlement répondirent pat des réclatiiations opposées; ils demandaient qu'on leur livt*ât les Hoilâtidais qui avaient pris part aux cruautés commises Vingt àhà auparavant dans les coloUieè anglaises dé ritidé , et que la HollâUde reconnût la suprétnatie du pavillon bfitàUnique; C'était demander la guerre. Les Hollandais s* j ptéâëntàient ^ dtrêc l'habitude du sucdès et leur célébt*ê ftmii*al ïrofiip.

Mais l'Angleterre avait poUt* die un de ces hommes supérieUrs qui s'élêvéht quelquefois dans les révolutions, et qui eh sôiit les Véritables héros , lorsque sans ambition, personnelle il§ U'ôhl âdUgé qu'à la patrie $ ineapableè d attenter à sa UbeKé , aèseè généreux poUr Setilf éô&âtam-

' Thurloe'8 statè t^àpêrs , V. I , ^. 1^.

LIVKE SIXIÈME. M8

ittifit M Iflôfre^ mÊtat soui te domtnfttfoft d*QA <»ppit8iéar.

ïtake^ lOAgtefnpi Officier de rarmée parlementaire ^ a?ait pMi fort tard le service de la marine ^ et 6'étaii; rapidement étevé au rang d*amiraL li remplaça rexpérienee par des ênccèfi. Lorsque la division commençait entre les deut Ré^ publiques * ) 60A escadre renK»>ntra la flotte de Tromp qut lui refusa le salut. Le eom1)at suivit ; et les Hollandais , malgré leur supériorité habituelle , perdirent deus vaisseaux ^t beaucoup d*hommes, tandis que la flotté de filake demeura entière et victorieuse. Les Hollandais réclamèrent encore nur cette violation de la pait; et le» deut peuples s'accusèrent mutuellement d*âvoir commencé Fattaque. Cromwell ^ et un autre député interrogèrent , au nom du parlement, deux capitaines faits prisonniers dans le combat : sur leur rapport , lé parlement rejeta toutes les explications des ambassadeurs de Hollande ; et , accusant cette République d'avoir eu Tintention d'usurper lés droits connus de TAngleterre sur TOcéan, il lui déclara la guerre , déjà commencée par une yîctoîre.

te parlement, qui, paraissant occupé dé èA disioiution, en avait si fort retardé l'époque , renouvela le consell^d'état pour une année , et en fixa le nombre à quaraute et un membres. Cromwell et ses principaux amis furent d*ebord nommés; maïs Vanes, Bradshaw, fiaileHg, HarHngton, Henri Nevil, tous ces Républicains, ou fanatiques ou éelai* rés, mais également intrépides, en fliisaient partie. Cromwell ^ reçut en même temps de la chambre une dotation annuelle de quatre mille livres sterling^ à prendre sur les domaines confisqués du duc de Buckinghàm et du marquis de Worcester, et quelque temps après , êa éommission de capitaine-général fut renouvelée et s'étendit èneorè h l'Ir-

» TfaeParliamentaryhi8tory,T.XX,t».<71.

• Ibid,

> Jbid.^ p. 330.

lande. Gromwell venait de perdre dans ce royaume le prin* cipal appui de sa g^randeur, et peut-être un des obstacles de son ambition ^ Ireton , son gendre ^ son ami le plus cher, et pourtant célébré comme un Républicain sincère par Lud* low lui-même. Après avoir poussé la guerre d'Irlande et s'être emparé de Limerick, ce général était mort d'une fièvre contagieuse. Aucun homtne, suivant Wbitelocke % n'était plus estimé de Gromwell, et n'avait plus de pouvoir sur lui. C'était un esprit fier et violent; mais d'abord élevé pour l'étude des lois , il porta au milieu de la guerre civile et jusque dans la 'proscription de llrlande, une sorte de rectitude et de justice sévère. Quelques jours avant sa mort, il avait fait punir un officier anglais pour un acte de violence. Ludlow fait un magnifique éloge de son équité , de ses vertus, et de son zèle désintéressé pour la patrie. Le parlement, pour payer ses services, lui ayant assigné un revenu de deux mille livres sterling ', il s'o£fensa de cette libéralité, et répondit « qu'il n'avait pas besoin de leurs terres , qu'il n'en u voulait pas ; et qu'il aimerait mieux voir le parlement zélé « pour le service de la nation , que si prodigue du bien pute blic. »

Il ne parait pas que le fanatisme religieux ait eu part dans la conduite d'Ireton : il était tout à la guerre et à la politique , et se piquait seulement d'une inflexible sévérité. Dans les rigueurs de son administration d'Irlande, une femme d'une illustre maison étant venue lui demander grâce pour un de ces délits si faciles et si communs sous des lois barbares, il dit à Ludlow : « Quelque cynique que je sois, « les larmes de cette femme m'ont touché, » et il consentit à lui accorder une sauvegarde. Il paraît ' que Cromwell apprit sans regret la mort d'un parent et d'un ami si zélé

' Whitelocke^s memorials, p. 440.

» Ludlow*8 memoirs, V. I , p. 371.

» i6ta.,v. II,p. 603.

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