‹ Histoire de CromwellChapitre 95 sur 222 · LIVRE SIXIEME. SOS · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIEME. SOS

pour la république ; et , dans les grands honneurs qu'il fit rendre à sa mémoire, Ludiow ne voit qu'une vanité fastueuse, bien contraire aux intentions dlreton, et que ce véritable Républicain aurait désapprouvée s'il avait pu la prévoir. En effet, son corps fut enseveli avec beaucoup de solennité dans Westminster, parmi les tombeaux des rois; La chambre ordonna en même temps que ses enfants , et sa veuve, fille de Gromwell , jouiraient d'une pension de deux mille livres sterling , assignée sur les terres d'un seigneur proscrit.

C'est une chose remarquable que l'activité du parlement dans la dernière époque de son existence incertaine et menacée. Gromwell, lorsqu'il se fut emparé du pouvoir, exécuta peu de grandes choses qui n'aient été dès lors conçues et commencées. Aussitôt que la conquête fut affermie en Ecosse et en Irlande , l'idée de réunir les trois royaumes frappa cette assemblée. Des commissaires furent envoyés en Ecosse pour préparer cette réunion qui devait avoir pour résultat de détruire dans ce pays la puissance féodale des seigneurs , et de faire entrer l'Ecosse en partage du gouvernement et de la représentation britanniques. Le parlement tournait aussi son attention sur un projet souvent réclamé dans les adresses de l'armée, l'introduction de la langue nationale dans la jurisprudence et la procédure des tribunaux. Enfin , il s'occupait de pourvoir à tous les besoins de la guerre maritime qu'il avait entreprise et que de grands succès justifièrent bientôt. Ç^a vente des biens des proscrits, la confiscation des domaines royaux en Ecosse, l'accroissement des impôts , étaient les ressources de cette guerre. Le peuple supportait ces charges sans murmure ; et le parlement , couvert de la gloire de ses amiraux , paraissait redoutable à toute l'Europe, tandis que le bras de Gromwell était levé pour l'abattre.

Les victoires de Blake se succédaient rapidement. George

Ayscough, envoyé Tété précédent pour réduire sous l'autorité de la République les possessions anglaises dans les mers de Flnde, était revenu vainqueur et s'était réuni à Hake. Cet amiral le chargea de défendre les côtes d'Angleterre et vint détruire les pêcheries hollandaises ^ au nord de VÉcosse. Le commerce de harengs, qui compose la richesse des Hollandais, et qui se fait presque sans aucuns frais, sur de petits vaisseaux montés par des enfants et des femmes, était sous la protection de douze vaisseaux de guerre que Blake enleva facilement , et dont la prise lui livra l'immense convoi qu'ils escortaient. De plus hardis succès attendaient les armes de Blake. [1652.] George Ayscough, en son absence, avait vaincu près de Plymouth la flotte de Tromp. Blake, sans déclaration de guerre, sans ordre du parlement, attaqua une escadre française qui protégeait le commerce de la ville de Dunkerque contre l'Espagne. Il s'empara de plusieurs vaisseaux, et fit un grand nombre de prisonniers. Telle était l'indépendance de l'amiral anglais et là faiblesse de l'administration française, que cette violation de la paix n'attira nul reproche à Blake, et n'excita point la guerre entre les deux états. Le parlement ^ consentit à rendre les soldats et les matelots prisonniers. Mais cette diversion avait fait tomber Dunkerque aux mains desJj^spagnols, ennemis delà France. Blake, dans un nouveau combat contre Ruyter, s'empara du vaisseau vice>amiral, et coula à fond deux autres vaisseaux. Enfin il eut la gloire de combattre ensemble les deux grands hommes de la Hollande, Ruyter et Tromp, réunis à la tète d'une flotte deux fois supérieure en nombre à l'escadre anglaise , et s'il fut réduit à céder, il renvoya la flotte victorieuse plus maltraitée que ne l'était la sienne.

Ces événements se passèrent en moins d'une année, et

' The life of admirai Blake , p. 58. '

* The ParUamentary history , t. XX, p. 100.

agf Aiiâirânt ddûi toute TËûrope le nom de là rèptiblique d'Allgleteri^ qui allait tomber isousle joug de Cromwell.

Ce jjéuéiTdl eommençait à déployer une modération jus-^ que>-là fort Ctràngëre à sa politique^ et dont les ambitieut ne ii'âviéent guère dans les révolutions i, que lorsqu'ils croient le tetâps venu de les terminer à leur profit. Il faut toir ^ dans Ludlow Tinquiétude des Républicains sur cette conduite» Grpmwell se rapproéhait chaque Jour davantage des membre! du parlement qui avaient été le plus contraires à la Viôleuee de les deiSSeinsi £n même temps il affectait de protéger les Royalistes ^ et il pressait de tout son crédit

radôptioft d'un aete d*amni&tie en leur faveur. Par ces ménagements, 11 ehérehait à se faire un appui hors du parti républicain, et semblait déjà prévoir que les plusincommodeâ adveriairéë de son usurpation ne se trouveraient point

parmi ccuè qui avaient combattu la révolution. Il alléguait

èvee art la Uéees§ité de calmer les esprits et de prévenir un

désespoir qui armerait de nouveau les partisans de la eause royale. Gepeudaiit l'acte d'amnistie éprouva beaucoup de résistance ; eeux qut espéraient que de nouveaux jugements pi^oduiraieiit des eonfl^cations utiles à l'état ^ voulaient en différer I'âd0î)tl0tt. L'ascendant et la volonté de Cromwell emportèreut là loi^ qui nit promulguée le si mars 1652, époque ôû là Cause royale avait encore des défenseuris sous le^ armésl dâii» phlftieUf s {partie! de l'Ecosse et de l'Irlande.

Rien ne put iftéehir ^obstination du général ^ dit Ludlow *, et l^àcte pasi^a, le pèrlemeut ne pouvant se résoudre à lui reftiser aucune dema Ade tant sOit peu spécieuse. Toute P Angleterre sut qu'Oh eu était redevable à Cromwell % qui rejetait ftihsî iûf lés RépUblieaitià la haine de ses propres violences.

Cependaftt Cromwell, en même temps quil accoutumait

' LudIow*s memoirs, v. I, p. 448.

* Ibid.

> Mlenckus motuum nuperorum in jiHgHa, p» 394.

108 mSTOIRE DE CROMWELL.

les Royalistes à sa protection et à son indulgence , se mér nageait un appui parmi leurs plus implacables ennemis. Il affectait plus que jamais^ de faire Fhonnéte homme, dit Ludlow, pour attirer dans son intérêt le colonel Harrisson et le colonel Ricb; mais cela concourait encore à son but principal. En présence de ces sectaires intraitables , il déclamait contre la corruption du clergé et de la justice. Mais il avait soin de tourner leur haine sur le parlement, dont la mollesse entretenait tous ces abus. Il allait publiant partout que ce corps, sans aucune vue de bien public, ne cherchait qu'à se perpétuer dans le pouvoir. Enfin, Ludlow convient qu'à force de calomnies il était parvenu à faire désirer la dissolution du parlement, à beaucoup de gens des plus honnêtes et des mieux intentionnés '; ce qui chez Ludlow signifie nécessairement les plus zélés Républicains : et comme il y a toujours dans les grandes assemblées des hommes disposés à trahir leur propre pouvoir en faveur de la puissance qui s'élève, des membres même du parlement se prêtèrent aux vues de Cromwell. Les chaires des églises commencèrent à retentir de déclamations contre le parlement. On prédisait sa dissolution comme prophaine et ordonnée par le Seigneur. Cromwell, qui inspirait ces faciles prophéties, paraissait les désavouer. Il cherchait encore à couvrir sa puissance de Fassentiment de la chambre , et il affectait même de conserver tous les scrupules d'un Républicain. Il se servit de ce dernier moyen pour écarter Lambert dont il redoutait Tambition, et qui, par cette ambition même, se réduisit plus tard au rôle de l'un des plus dociles instruments du protecteur. La commission de lord-lieutenant dlrlande, dont Cromwell avait été revêtu pour trois ans, était expirée , et la mort d'Ireton laissait vacant le poste où

■ Ludiow's memoirs, t. I, p. 449.

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