LIVRE SIXIÈME
Cromwell Tavait placé lui-même. Le parlement désigna pour la remplir le lieutenant-général Lambert, qui depuis long^ temps ambitionnait cet honneur. Cromwell ^ et ses amis dirent hautement qu'un pareil titre et le pouvoir indépendant qui s'y attachait, étaient un reste des formes monarchiques, incompatible avec un état républicain. Le parlement, docile aux Tues de Cromwell, et voulant pourvoir sous im titre plus modeste à Tadministraf ion de l'Irlande , se contenta de voter que l'acte qui nommait Olivier Cromwell capitaine-général des forces et des armées anglaises, s'étendrait à l'Irlande, et que le général serait requis de déléguer quelqu'un pour commander en son nom. Cromwell ohoisit Fleetwood, auquel il avait donné en mariage sa fille, veuve d'Ireton , et qui avait ce qu'il faut de talent pour bien servir sans pouvoir se passer d'un maître. Il eût souhaité que l'administration civile fût confiée à Whitelocke, dont le crédit et l'impartialité le gênaient dans le parlement. Mais Whitelocke refusa cet honneur, en proportion même des instances que Cromwell fit personnellement prés de lui. Cromwell alors fit attribuer à Fleetwood les fonctions civiles ainsi que le pouvoir militaire. Le but principal de Cromwell était d'affaiblir en Irlande l'autorité de Ludlow, que lui-même y avait envoyé, mais dont il redoutait l'indépendance et le courage. Cependant le heu tenant-général Lambert parut d'abord profondément blessé de l'injurieuse exclusion que lui attirait Cromwell. Il éclata par des plaintes amères contre le général et son parti; mais cette âme altière et avide de pouvoir consentit bien vite à prendre le •change dans ses ressentiments; et Cromwell se servit de l'offense qu'il avait faite à Lambert pour lui inspirer une haine violente contre le parlement qui s'en était rendu l'instrument, et pour préparer ainsi, parle concours d'un si
' Liidlow^s memoirSj v. I^ p. 413.
redoutulile ennemi, la cbute du seul pontolr qui M iduta^ cle à son ambition. Le parlement ^'ignorait pa^ çei attaquai artificieuses et opini&tres; et Gromwell, lana r^éler tonta sa haine, tentait le zèle de ses amis en leur eoniiaQt à démit et avee une sorte de regret, les f iolenres qull méditait eon^ tre le parlement.
Ce fut ainsi qu'il se plaignit à Yernon, quartîep^iqaHNN général de Tarmée, que deus partis opposés le pouasaîmit à un dénouement, auquel il ne pouvait SMger quV/ sie i^n» Ht ses cheveux se hërksûr. w L'un de oes partis, disait-il, «I est eonduit par le major-général Lambert, qui ne peut « pardonner Tin jure que le parlement lui a ftiite, en œ lui K permettant pas de commander en Irlande avec un titre « égal à son mérite. L'autre parti a pour ebef le major « Harrisson ; c'est un honnête homme qui a de bonnea iib u tentions, mais tant dimpatienee qu'il ne peut attendra » le jour du Seigneur; il me presse de fSsireune ehose doM •c lui et tous les honnêtes gens auront lieu de se repentift v Affectant ainsi d'être emporté par des dotions qu'il aiait lui-même entretenues ou fait naître, CromwellTOuIaitamener les choses dans un tel désordre, qu'on eût besoin d'un médiateur pour sauver la nation de la ftorour des partis.
En butte à ce dangereux adversaire , le parleflfieQt anit pour sa défense le succès de sa flotte. La An de l'muiéo tfi&9 était marquée par de nouvelles viotplresi et la guerre, fiM^ tinuant toujours, eiigeait àd grands armefoe^te iqaritîw^^ qui favorisaient le projet de réduire Tarméfi de terr9, l^ parlement décréta que plusieurs régimmt« wraîwt W ployés dans le service de la marine. Cromvv^U, qui cornue sait le caractère et rame républicaine de Slal^e, §ut «^ d^ ftiire passer sur la flotte, avec le titre de viftf -«^mirait 1# tieutenant*général Monk, dont il avait éprouvé la ^imlM en Ecosse.
Ludlo w raconte que , sous le prétexte de lonrQir «IW ffpi^
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de la guerre de HoUaode et dans rinteation réelle de trtyerser CromweU ^ le comité maritime se proposa do vendre Hamptoii'Court et les autres maisons royales qui pouyalent être des amorces pour Tambition d'un usurpateur.
La supposition de Ludlow est bien naïve ^ et la souveratneté même sans apanage n'en aurait pas moins tenté Croinwell ; mais il est possible que le parlement, par une illusion assez commune, s'amusât gravement à proscrire les rostes de la magnificence monarchique, [16B3] au moment même où il abandonnait h Cromwell la réalité du pouvoir. Les corps s'occupent de formalités extérieures, tandis qu'ils perdent la force, et c'est ordinairement la veiUe d'une usurpation qu'on renouvelle le serment à la liberté.
On ne peut douter que Cromwell ne pensftt dès lors à se dire roi , et que les incertitudes d'une si grande amibition n'aient seules prolongé l'existence du parlement. Wbitelocke, que Cromv^'ell estimait, et dont il consultait l'opinion dans toutes les circonstances décisives, a transcrit fort longuement une conversation qu'ils eurent à cette époque. Oa j peut voir et la politique du général et l'aveu de sa puis* sance, dans la bouche même d'un Républicain. Cromwell^ qui avait recherché cet entretien , après de grands témoignages de confiance pour Whitelocke et d'inquiétude sur la chose publique, reprend l'éternel reproche ftiit au parlement d'envahir toutes les places et tous les honneurs au préjudice de l'armée, dont il peint le mécontentement et la résis* tance. Ce partage inégal , la corruption et l'iniquité du parlement , la vie scandaleuse de ses principaux membres , lui paraissent menacer l'état d'une ruine inévitable, à moins qu'il ne s'élève un pouvoir assez fort pour redresser tant d'abus. Whiteloèke alléguant, que le parlement ne peut être redressé, puisqu'il est la suprême autorité *, Crom-
* Whitelocke^ memoriala, p. fiS.
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well laisse échapper toute son ambition dans ces mots : et si quelqu'un 9e faisait rotV Wbitelocke qui cédait volontiers à la force, mais qui tenait beaucoup au maintien des formes de la liberté , prouve très bien que Cromwell n'a pas besoin de ce titre. «( Vous possédez déjà, dit-il, tout le « pouvoir militaire comme général ; votre influence déter- « mine les nominations dans le civil. Sans que vous ayez le « privilège d'un vote négatif, les lois que vous n'approu- <i vez pas sont rarement admises ; les taxes une fois établies, « vous disposez de l'argent; quant aux aflaires du dehors, «c si le cérémonial des ambassades s'adresse à la chambre, « c'est de vous que dépend le succès. C'est prés de vous que <c se font les démarches particulières des ministres étrangers. » Cromwell, dans sa réponse à cette objection qui n'avait pas dû lui déplaire, parait croire, d'après d'anciens exemples, que le titre de roi donnerait plus de stabilité à ses actes , et plus de sécurité à ses partisans. Mais Wbitelocke, ayant prouvé sans peine que ce titre ne serait pas une garantie contre la victoire du parti contraire, ne craignit pas d'aller plus loin, et de montrer que cette ambition du général changeait la question poUtique, et qu'au lieu de laisser le débat entre la monarchie et la liberté , elle le transportait sur un terrain moins favorable entre Cromwell et Stuart. Ce parallèle conduisit Whitelocke à une révélation plus hardie. Après avoir exposé les périls de l'état, les jalousies, les inimitiés qui environnaient Cromwell, il lui conseille de profiter de la mauvaise fortune de Charles II, pour lui rendre avec avantage un trône qu'il ne pouvait garder.
« Vous pouvez, lui dit-il, par un traité secret, assurer « votre fortune et celle de vos amis. Vous pouvez donner « à vous et à votre postérité autant de grandeur et de con- « sistance, suivant les probabilités humaines, qu'un sujet en « a jamais obtenu. Vous pouvez donner au pouvoir monar-