‹ Histoire de CromwellChapitre 97 sur 222 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

« chique des limites qui garantiront nos libertés civiles et u religieuses, et la cause dans laquelle nous sommes tous <t engagés. Il vous suffira, pour atteindre ce but, de conte server dans vos mains le commandement de la milice. » Cromwell, sans paraître offensé d'un semblable conseil, rompit la conversation, et depuis lors il rechercha beaucoup moins l'entretien de Whitelocke, et fut avec lui froid et peu communicatif , jusqu'au moment où il trouva l'occasion de l'éloigner par une ambassade. Du reste, on ne doit pas s'étonner que ce conseil ait mal réussi, et l'on n'y reconnaît pas le grand sens de Whitelocke. Les garanties . même qu'il voulait ménager dans une pareille transaction en prouvaient l'absurdité. Cromwell ne se serait jamais fié au pardon, ni Charles au repentir. Le roi aurait redouté les sauvegardes qu'il aurait accordées. La politique est plus sévère que la religion : il y a pour elle des crimes inexpiables, et des conversions impossibles, parce qu'on doit les supposer telles. •

Cromwell, qui ne voyait avec raison de sûreté personnelle que dans la grandeur de son pouvoir , et qui cherchait seulement quelle forme il donnerait à ce pouvoir, renouvela, dans d'autres occasions, l'épreuve jqu'il avait faite sur Fespçit de Whitelocke. Quelques ministres puritains de Londres qu'il consulta sur son projet , le trouvèrent illégal et impraticable. Il discuta tranquillement le premier point , et leur demanda l'explication du second. <i Votre projet, lui « répondirent les ministres , est opposé aux vœux de la na- « tion; vous aurez contre vous neuf personnes sur dix. — « A la bonne heure, dit Cromwell , laissant échapper son se- « cret , qui est une des plus anciennes vérités du monde ; mais « si je désarme les neuf premiers, et que je mette une épée « dans la maîa du dixième, cela ne fera-t-il pas l'affaire? »

La résistance qu'il trouvait dans les idées républicaines des parlementaires et des ecclésiastiques les plus dévoués à

S14 HISTOIRE DE GROMWELL.

sa cause, le déterminait à ne se plus servir que de Tannée pour achever l'établissement de son pouvoir. [1653.]

D'une autre part, le souvenir des Stuarts, rappelé même devant lui par ceux qui songeaient au retour d'une forme monarchique, l'avertit d'éloigner d'Angleterre le plus jeune des fils de Charles , le duc de Glocester , retenu prisonnier dans File de Wight. Cet enfant fut envoyé en Hollande , près de sa sœur, la douairière d'Orange. Cette précaution prise , Cromwell ne s'adressa plus qu'à l'armée pour y trouver l'appui de ses desseins. Il inspirait ouvertement à tous ses officiers un esprit de haine et de mépris contre le parlement. II publiait partout ces menées accusations , qu'il avait confiées à l'oreille de Whitelocke. Une réduction de mille livres sterling par mois sur la paie de l'armée, quoique opérée de l'avis même de Cromwell , augmenta cette animosité militaire qui s'exhalait par les termes les plus outragenx. Dans cet avilissement de l'autorité législative , les flottes anglaises ipaintenaient au plus haut degré la gloire de l'Angleterre. Une nouvelle bataille, disputée trois jours, coûta soixante-dix vaisseaux à la Hollande. Ses armées étaient humiliées, son commerce détruit, ses pêcheries interrompues; et tout cela pour un point d'honneur. Une république marchande ne pouvait soutenir plus longtemps , pour un semblable motif, une guerre si ruineuse. Le gouvernement hollandais se résolut à demander la paix , et consentit à reconnaître la suprématie des Anglais dans les mers britanniques , et même à leur payer trois cent mille livres sterling. Neuport et quelques autres négociateurs furent envoyés avec ces instructions. Mais les affaires du parlement étaient trop mauvaises dans l'intérieur pour qu'il abandonnât volontiers une guerre, qui seule lui donnait encore de l'action et de l'importance. Il y avait d'ailleurs dans cette assemblée une âpreté de patriotisme, un sentiment de grandeur nationale difficile à satisfaire. Les négociateurs boUan*

* LIVRÉ SiXlEMÊ. fis

4àis^ Tôyaiit qu'ils n'obtiendraient rien de ce eôté, tôunïè^* f ent toutes leurs mes et toutes leurs intrigues Teri$ Crom«well) dont l'intérêt était différent. Ludlow ajouté tnétue qu'ils eurent part au projet de dissoudre le parlement, et qu'ils encouragèrent Gromwell à cette yiolencé qui leur pro« mettait un nouveau goutémement plus favorable à la paix. [1655.]

Mais GroniT^ell avait peu besoin d^étré eteité , et il irm^ vait d'ailleurs assez d'enoouragefuent et â*appui dans leî prétentions des militaires , et leur mépris pour les gens Ûe robe qui régnaient par les viiStoires de Tarmée. Chaque jour les officiers adressaient au parlement des pétitions plus es-* presslves , et où on lui demandait plus clairement de se séparer. On lui répétait qu'il ne pouvait pas faire d'action plus populaire. La foule de ceux qui tenaient ee langage prévoyait bien sans doute que la dissolution du parlen^ent ne servirait qu'à l'élévation d'un homme; mais, amis du pouvoir absolu , comme militaires , et attendant tout ûe Cromwell comme ses créatures, ce n'était pas là ee quils devaient éviter ou craindre. Un seul officier, le major Streater, montra plus de noblesse et de franchise. Il dé^ Clara % dans une réunion militaire, que le général voulait s'élever aiMessus de tout le monde, et que (fêtait trahir la cause glorieuse pour laqudle tant de sang avait coulé, n parlait devant Harrisson , l'un des plus ardenti^ soutiens de l'indépendance, considéré pour ses talents mâtitâ^réS et son désintéressement , toujours appelé honnête homme par Ludlow , mais infatué des rêveries d'une seete qui s^intittilait leg geng de la cinquième monarchh^ parce qu'elle attendait sur la terre une royauté spirituelle en la personne de Jésus-Christ. Cet homme, instrument d'autant plus aêh mirable qu'il était dupe, répondit gravement : « Qu'il était

■ The life of OliTier CromweU, p. SSfi.

ai6 HISTOIRE DE CROMWELL.

bien assuré que le général ne se cherchait pas luHnéme dans cette œuvre , mais qu'il faisait cela pour préparer la voie à Jésus-Christ, et lui mettre le sceptre dans la main. ?> Le major Streater répliqua : « Que si Jésus-Christ ne se dépéchait, il arriverait trop tard, et trouverait la place prise. »

Cependant la chambre des communes , attaquée de toutes parts , s'occupait le plus lentement possible d'un bill sur les prochaines élections et sur la forme de l'assemblée qui devait lui succéder. [1653.] Mais Cromwell, après quatre mois d'intrigues et d'attente, désespérant d'amener la chambre à se dessaisir volontairement du pouvoir, résolut d'aviser lui-même à sa dissolution.

Le 19 avril , il réunit dans son logement de White-Hall ses principaux amis du parlement et de l'armée, pour discuter cette grande question. Quelques députés , dociles à l'ascendant de Cromwell sur tout autre point, s'opposèrent à la dissolution , comme à une mesure illégale , que ni la conscience ni la politique ne sauraient approuver. Personne ne s'expliqua si librement que Whitelocke et sir Widdrington. Mais le jurisconsulte Saint-John, parent de Cromwell, insista sur la nécessité de dissoudre, sans délai, le parlement. Ce fut le vœu de tous les officiers présents. Ils dirent clairement que la chose étaitindispensable, et qu'il fallait la faire d'une mamère ou d'une autre. Cromwell parut désapprouver la violence , ou plutôt l'indiscrétion de ces dernières paroles.

Le lendemain on se réunit encore chez le général, et on discuta la formation d'un conseil provisoire de quarante personnes, officiers et députés, pourfaciUter la dissolution immédiate de la chambre , et assurer le gouvernement jusqu'aux nouvelles élections. Whitelocke nous raconte qu'il combattit le projet par la crainte d'être personnellement appelé à ce conseil ; mais pour beaucoup d'autres cette chance devait être un motif d'ambition et de complicités

'.*ki

Page 1