‹ Histoire de CromwellChapitre 99 sur 222 · LIVRE SIXIEME. Ml · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIEME. Ml

qudlque temps Fespoir des Répablicains sincères , et ser* virent de décoration à l'esclavage des autres.

Cromwell, ainsi délivré de la chambre des communes, seul pouvoir de l'Angleterre , n'avait aucun motif de conserver le conseil-d'état institué par elle , en partie composé de ses membres, et qui était en quelque sorte son ministère. Cromwell se rendit le soir du même jour au lieu des séances du conseil^d'état ; il était accompagné de Lambert , servile et ambitieux instrument de sa grandeur, et du major Harrisson , qui poussa jusqu'au dernier moment son fanatisme et sa bonne foi. « Messieurs, dit Cromwell, si vous « êtes assemblés comme particuliers , votre réunion ne sera «pas troublée; mais si vous êtes formés en conseil-d'état, « ce n'est pas un lieu propre à vous recevoir ; et , comme <c vous ne pouvez ignorer ce qui s'est fait ce matin à la te chambre , apprenez également que le parlement est dis- «sous. » Bradshaw, président du conseil, répondit avec noblesse : » Nous savons ce que vous avez fait ce matin à la « chambre, et dans peu d'heures toute l'Angleterre le saura. « Mais vous vous trompez de croire le parlement dissous. « Il n'y a sous le ciel d'autre autorité que la sienne qui « puisse le dissoudre; sachez cela. » Le républicain Haslerig et quelques autres élevèrent aussi la voix. Mais enfin le conseitd'état ^, redoutant une violence pareille à l'expulsion de la chambre, se sépara sans résistance. [1653.]

Au moment où Cromwell fut seul maître, il affecta d'être inquiet et embarrassé d'un si grand pouvoir; et, ayant fait venir deux officiers qui s'étaient montrés peu favorables à son élévation, il leur dit, « qu'il était épouvanté du fardeau « des affaires. Il les pria de le délivrer des tentations qui le « menaçaient , et d'aller immédiatement chez le chef de la «justice, Saint-John, et chez Selden, autre jurisconsulte

■ Ludlow*8 memoirs , ▼. H , p. 312.

HISTOIRE DE CRONWELL.

« célèbre , fiour les persuader de faire au p\m liU un ^k^ « de gouvernement qui retirât le pouvoir d'entre ses mains, n li'un de ces officiers , le major Salloway, lui répondit : « Vous 4c aves, monsieur, un moyen très simple d'éviter la tenta** «c lion, c'est de ne pas vous y croire exposé, et de rester |{ convaincu que le gouvernement de la nation appartient au 4c peuple anglais. » Mais celte opinion , qui avait fait la révolution, commençait à perdre de sa force devant la fortune croissante et le génie de Gromwell. Dans une déclaration qui parut le 22 avril 1653, sous la signature du lord^général et de son conseil d'officiers , il n'est plus parié de la suprême autorité du peuple. C'est l'armée qui a voulu remédier aux abus, et prévenir la perpétuité du parlement; il lui a paru nécessaire que l'autorité fût transmise par le parlement k des personnes honnêtes et craignant Dieu. On indique dans la déclaration les conférences que Gromwell avait ménagées à ce sujet, avant la dissolution de la chambre.

On ajoute que le parlement a voulu se perpétuer, et qu'il exposait ainsi les honnêtes gens et la bonne cause à tous les maux. <i Alors , dit la déclaration , nous avons été néces- M sites , quoique avec répugnance , de mettre fin à ce parleiç ment; ce que nous avons fait dans la droiture de notre « cœur, avec l'intention pure et manifeste d'appeler au gou^ tt vernement des personnes d'une honnêteté et d'une fidé- « lité reconnues. » Ces paroles sont remarquables, parce qu'elles préparent et expliquent le parti singulier que prit bientAt Crom weU , qui , n'osant pas {uriver les Anglais de l'apparence d'une assendilée , et craigiiant de hasarder son pouvoir contre la liberté des élections p(^ulaires , nomma lui-même tçus les membres d'un nouveau parlement. Les derniers mots de la déclaration étaient un ordre à tons les officiers judiciaires et civils de continuer l'exercice de leurs fonctions , et à toute personne de leur rendre obéissance, comme pendant la session du parlement. Ce dernier ordre

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m trouva point de résistance. Il semblait que tout fût prépara ponr re^voir me puissance nouvelle. Les comtés , le» corp& militaires, les flottes se soumirent. Les adresses, les félicitations arrivaient de toutes parts. Le sage Whitelocke lui'^méme, après la déclaration, ne se fit pas scrupule de continuer ses fonctions de commissaire du sceau , se disant à lui-même pour excuse S qu'il était nommé par le parlement; et il apposa le sceau de la république aux ordres absolus de Cromwell

Du reste, la première forme du gouvernement fut toute militaire, Cependant , dés le premier jour, les officiers de Farmée avaient senti le besoin de quelque réunion , de quelque convention eivile qui pM conserver, aux yeux du peuple, le nom de parlement. Dans une conférence qu'ils avaient tenue à ce sujet , Lambert , plus occupé de sa fortune que de la conservation des formes républicaines , voulait res-^ treindre les dépositaires du pouvoir souverain à un nombre très borné, à une espèce de décemvirat, dans lequel il espérait se placer lui*^méme , et qui lui paraissait devoir oppo*^ scr moins de résistance aux vues de Cromweil. Harrisson, Sdéle^ à ses idées mystiques , insistait pour une réunion de soixante-dix personnes. Il était singulièrement frappé du rapport de ce nombre avec Fancienne composition du sanhédrin de Jérusalem, et il y voyait un argument décisif pour FAngleterre. Cependant œs idées particulières ne purent dominer au milieu de gens qui , pour la plupart, commençaient à rectifier leur fanatisme par Thabitude des aifoires et des idées politiques; et le conseil des officiers, sous Finspiration de Gromvvell , choisit le mode qui conciliait le mieux les souvenirs de FAngleterre et les apparences de la liberté avec le pouvoir du général. On convint que chaque oomté , suivant la part qu'il avait aux dépenses pu-

> Whitelocke^s memorials , p. 530.

* Ludlow's memoirs, v. U, p. 463,

ti4 HISTOIRE DE CROMWELL.

bliqties , enverrait un nombre plus ou moins considérable de personnes , sur la désignation du conseil des oflBciers.

Ce fut peu de jours après cette résolution que Gromwell érigea un conseil d'état ^ auquel il reporta toute l'autorité dont jouissait le conseil des officiers. Dans cette assemblée on put remarquer le général Lambert , qui recevait ce prix de son ardente et servile ambition ; le colonel Wolsey, dont le titre était d'avoir chassé le parlement ; le colonel Tomlinson ^ qui avait conduit le roi à Féchafaud ; Desborough, officier intrépide et beau-frère de Gromwell ; He wson , élevé par son courage du rang le plus obscur ; Ashley Gooper, qui dans la suite servit la cause de Gharles II avec emportement; Harrisson ^ d'une bonne foi si opiniâtre , qu'il ne s'aperçut de l'ambition de Gromwell que le jour de son usurpation, et qu'il se fit alors proscrire, après l'avoir servi jusque-là sans scrupule et sans réserve.

Thurloe fut nommé secrétaire de ce conseil , et dès lors s'attacha particulièrement à Gromwell, dont il devint. le ministre et le confident. G'était un homme exercé dans les lois et dans les affaires , d'une activité infatigable , d'un esprit judicieux et modéré. Il avait été longtemps employé par le parlement. A l'époque des conférences d'Uxbridge, il servait de secrétaire à la commission envoyée pour traiter avec le roi. Il suivit, avec le même titre, Saint-John dans l'ambassade de Hollande. La promptitude et la facilité de son travail le rendirent agréable à Gromwell. Quelques écrivains ont pensé qu'il exerça sur l'esprit de cet homme extraordinaire une grande influence. Ils ont même supposé ^ que Gromwell, secrètement dirigé par lui , devait à ses conseils le génie qu'il montra , comme si le caractère politique était une chose qui s'empruntât , ou comme si l'homme qui le possède n'était point par cela seul supérieur à ceux qu'il

' Dubos , RéfleiioDS sur la poésie et la peinture.

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