CHAPITRE Vin U8I I
La reine douairière Dorothée, mère de Jean,
avait l)e;mcoup d'empiic sur l'esprit de son mari, Christian 1^'. Son second fils. Frédéric, était Tobjet de sa prédilection ; elle lui fit avoir les duchés de SIeswig et de Holstein. Cette partialité , qui s'exerçait aux dépens du pouvoir royal, fut uii gciniti de division entre la mère et le fils. Jean donna d'abord tous ses soins aux afi'aires du Ditmarcben) qui devaient bannir la paix de son règne et jeter le deuil
Ii2 HISTOIRE DE DAREMÂEK
dans toute la monarchie. La fertilité du sol procurait Paisance au\ habitants de ces contrées; Us étaient fiers de leurs libertés» garanties d'ailleurs par la dilficiiUé de pénétrer daus leurs marches* Le Ditoiar* cheii appartient à la péninsule dmbrique, et est resserré entre l'Elbe et la mer, contre lesquels le défendentde puissantes digues. L'eau monte presque à leur niveau , à la marée haute, mais au reflux elle s*en éloigne de près d'un derol-mille. Vers l'ouest , ce pays est couvert par le fleuve d'Eyder, où le flux se fait également sentir jusqu'à Teilenburg. L'espace compris entre cette yille et Elversdorf est rempli par de grands marais, de sorte que la frontière est encore proiégéc ce côlé. Au nord , on trouvait une chaussée garnie de fossés et de forts. A Test, vers le VVestermarchen, il y avait aussi une route étroite, et les champs étaient entrecoupés de saignées qui les rendaient impraticables à la cavalerie, (le pays, à l'époque dont nous pailoiis, pouvaii mettre 6,000 hommes sous les armes. Cétaient des soldats d'une haute stature, d'une grande agilité ^ et très-habiles à franchir d'un seul bond , à Taide de grands bâtons , les fossés qui sillonnaient leui pays. Ils ressemblaient aux Dalécarliens par leur amour de la liberté et par leur turbulence. S'ils n'avaient pas d'ennemis extérieurs à combattre , ils dépensaient leur force dans des querelles intestines. Les femmes n'avaient pas Tesprit moins belliqueux que les hommes , et elles étaient plus cruelles qu^enx à régard des ennemis. Ce peuple jouissait d'une liberté républicaine, et dépendait, dans 1 ordre spirituel, de révèché de Brème. Le Ditmarchen avait été cédé par l'empereur Frédéric à Christian dans Tentrevue qu'ils avaient eue à Rotenbury , lors du voyage de
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ce dernier à Rome. Cette cession fut cependant révoquée plus tard, et les babitanls reçurent du pape rordre de rester comme auparavant , soos la protection des évéques de Brème. Us étaient administrés
par cinq baillis et quarante-huit jn^es, et ne payaient aucun impôt ni à l'empereur, ni au roi de Danemark^ ni à rarchevôque de Brème. Jean n'eut pas plutôt le pouvoir en main , qu'il voulut faire reconnaître son autorité par les Ditmarches, et sur leur refus, il se décida à employer la force. Mais les affaires de Suède absorbant tous ses instants, 1 ( xpédition fut ajournée et n'eut lien qu^en 1500. Une partie des habitants, pour éviter une sanglante collision, se lut volontiers soumise à la suzeraineté du roi ou à celle de Frédéric comme prince de Holstein; mais la minorité préféra se cacher dans des repaires isolés et derrière leurs marais inaccessibles. Le roi et le prince, à la téte d'une armée formidable, composée de Danois, de Holsteinois, de mercenaires allemands et.de la garde saxonne, commandée par Jnrgen Schlentz , avança vers le petit pays. Cette guerre ne leur paraissait qu'un jeu , et ils regardaient en pitié rennemi qu'ils avaient devant eux. La noblesse bolsteinoise , se faisant une fête de cette expédition , revêtit ses plus riches habits et ses plus belles armures. Elle pensait plus au pillage qu'au combat. On comptait S0,000 hommes, qui, conduits à travers des chemins détournés par des guides qu'ils avaient gagnés, pénétrèrent dans les murs de Mel-* dorp , la capitale , où Ils passèrent tout au fil de répée, sans considération d'âge ni de se\e. Ce fut de ià que le roi ât partir des èspions pour découvrir ce qu'étaient devenus les habitants; car tout était désert. Quelques-uns de ces émissaires tombèrent
HISTOIRË DË DAl«iËàLÂRK
enire les mains des Diunarches , qui , ayant appris
d'eux la direction que le roi se proposait de suivre avec son armée , foriilitreiil les endroits qui pouvaient offrir de la ré&istance. Les chemins étaient mauvais et étroits, le temps affreux; la neige et la grêle tombaient en abondance, elles soldais ciaient pénétrés par le froid. Le combat s'engagea, le 17 février, cnire Meldorp et Hemmingstadt; les Danois, à demi vaincus déjà par la rigueur de la saison, essuyèrent une défaite complète. Ceux qui ne tombèrent pas sous le fer de l'ennemi périrent par l'eau y car on avait rompu toutes les digues et inondé la contrée. Le carnage dura trois heures ; les vaîn« queurs eux-mêmes étaient étonnés de la pmte de leurs ennemis. Le roi et le duc coururent les plus grands dangers; il ne resta pas un homme de la garde saxonne. Onze mille cadavres couvraient la terre. Les Ditmarcbes firent un butin immense; la bannière de Danebrog fat perdue. Cette fatale issue d'une campagne dans laquelle on ne pensait pas même courir la moindre chance défavorable , jeta le deuil et rabattement dans toutes les familles. Le Holstein se l essculit longtemps de. la pei le qu'il avait faite dans sa noblesse. Quelque temps après , Jean accepta la paix , qui lui fut offerte par la médiation des villes hanséatiques. Cette paix rétablissait le siaiu qm, et les Diiniarelies recouvraient leur liberté momen* tanémeut troublée.
Remontons maintenant aux événements qui pré* cédèrent Texpédition que nous venons de racontei*. Lorsque Christian eut rendu le dernier soupir , le sénat danois invita la Norwége et la Suède à envoyer à Haimstad des commissaires cIku gés, conjointement avec ceux du Danemark, d'élire un roi. Mais
Diyuizeo by
Et m KO&WËGE. lis
Sten Sture menait tant de lenteur à ( xécuter ses promesses, qu il ne fut pas difficile de juger qu'il ne demandait que la rupture de l^union de Kalmar. Jean, élu et couromié roi de Danemark, se rendit en Nor* wége en 1/»SS, avec son épouse Christine de Saxe, pour y recevoir îe sermcni de lidélilë des habitants. Deux couronnes ornaient dé^ix sa téte ; il lui restait à acquérir celle de Suède ; mais c'était le point le plus diflBcile. Les états de Suède parurent disposés ù renouveler Tunion de Kalni:ir; mais les aneuMnies plaies n'étaient pas encore cicatrisées, et la détiance était poussée trop loin pour qu'il fut facile d'aplanir les difficultés. Un homme surtout était porté par intérêt personnel et par ambition à s opposer à la réunion de son pays au Danemark , c'était Sten Slure. Intrépide, vigilant, brave, dissimulé, il se servit plus de la politique que de l'épée contre son rival, (^e qui prouve son mérile , e'esl qu'il ail su conserver si longtemps son autorité sur un peuple inquiet, jaloux de ses libertés , et qui ne pouvait supporter le joug de ses rois, à plus forte raison d^un homme sorti de son sein. Les négociations entamées ne se terminèrent pas ; plus d'une fois Jean fut tenté de recourir aux armes; mais la reine Dorothée, sa mère , qui n'avait pas oublié les amers souvenirs du règne de son mari , l'en dissuada toujours , laissant an lemps, aux imrisrucs et aux dissensions des 8n<';dois à travailler pour lui. Les divisions qui éclatèrent entre les grands de Suède prouvèrent bientôt la sagesse de ces conseils. Un parti se déclara même contre Sten Sturc, qui appela Jean au trône do Suède. 11 s'éleva d'abord une violente inimitié entre Sien Sture et Ivan Âxelsson Tost. Le régent résolut de prendre de vive force l'Ile de Gothiand; il arma