‹ Histoire de Danemark et de Norwège d'après les historiens les plus estimés continuée jusqu'à nos joursChapitre 4 sur 32 · HI810M DB DANEMARK · texte numérisé non relu

HI810M DB DANEMARK

retourna en Norwége. Mais un nouveau prétendant se mil sur les rangs. Nous avons vu comment Canui le Grand avait fait périr LIf Jarl. Ce puiss:ini Danois avait un fils , Swen , appelé par le peuple E&u-idsson, du nom de sa mère Ëstrid. Il avait vécu douze ans en Suède; mais à la nouvelle de la mort de Canut le Dur et de Télection d'un étranger, il se crut, en qualité de Danois et de descendant , par sa mère, d'une race rojfale , des droits au trône de son pays. Il n'avait pas moins de prudence que d'adresse. Il se rendit auprès de Magnus, et s'insinua si avant dans sa c(jnliance, qu'il l eçiii de lui la dignité de Jarl de DanemarJi; c'est ie nom qu on donnait alors au gouverneur.

Dans le diapitre précédent , nous avons parlé de la fondation de Julin par Harald Blatand, C m te colonie, qui était devenue puissante par sa piraterie, s'était révoltée contre Swen Tjuguskaegget l'avait fait prisonnier trois fois. Ses vaisseaux , parcourant la Baltique , étaient la ruine du commerce et la terreur des populatioïisqui habitaient les rivages de celte mer. 1-a ville, réduite par les armes de Canut ie Grand, avai t gardé l'obéissance à son fils. Mais à peine celui-ci avait-il rendu le dernier soupir, à peine Hagnus étaii-il élu, qu'elle conçut le projet et 1 e&poir de recouvrer son indépendance. Le bruit de cette sédition parvient aux oreilles de Magnus, qui fait appareiller en toute hâte, se porte sur Julin, en fait le siège, la prend et la détruit de fond en comble, on immolant tous les l)ai)if anls à sa vengeance. Swen Estridsson , qui avait gagné a ses intérêts les grands de Danemark, futpro* clamé rot par eux. Hagnus eut recours aux armes, qu'il n'avait pas encore déposées. A soa approc lu; (10 i:>) son adversaire se sauva en Suède, puis revint aussitôt que les troupes de Magnus se furent retirées,

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occupa la Scaoie et tut souieau par les habitaiita de Fionie. D^un autre c6té, les Wendes , avec une année

coasidérable , av aient fait une descente dans les îles danoises, ce qui meltait Magnus dans une position critique. Mais son courage , lofa de se laisser abattre, prit un nouveau degré d'énei gie pour faire face à tous les dangers qui rentouraieiu. Les Wendes, encore idolâtres , étaient conduits non-seulement par 1 appât du butin , mais aussi par le besoin d'exercer sur les dirétiens de cruelles vengeances. C'est pour cela que le roi marcha d'abord à leur rencontre. Il les trouva sur le territoire de Sleswig, dans une plaine nomiuée Kropperbeyde , près de Skottsburg. 11 commandait en personne, etiahachedecombatdeson pèrefitmordre la poussière à une foule de païens. Ceux-ci furent complètement battus, et il n'en renira qu un bien petit nombre dans leurs loyers , pour y apporter la nouvelle de ce désastre. Cette victoire accrut prodigieusement la renommée de Magnus. On le regarda comme invincible; saint Olof , son père, on !e croyait du moins , le protégeait toujours au fort de la mêlée. Après s*étre ainsi débarrassé de ses ennemis extérieurs f il marcba contre Swen Estridsson , le défit dans deux bauiilles, et le contraignit à chercher un refuge en Suède.

VUe de Fionie et la Scanie, dont les babitants avaient pris cbandement le part! de Swen Estridsson , furent soumises. Maj^nus, après avoir rétabli 1 ordre et assuré la tranquillité , retourna en Norwége, espérant qu'aucun trouble ne Tobligerait à tirer Tépéo. Mais , ou il répugnait aux Danois d*étre gouvernés par un prince norvégien , ou Swen Estridsson avait des moyens de persuasion auxquels ses compatriotes ne savaient pas résister \ cai*, aussitôt qu'il se présenta

HISTOIRB m DAKEUIIK

pour la troisième fois ^ les Scaniens pas plus que les Finnois n'hésitèrent à le suivre. Hagnus n'était pas

homme à laisser à la révolie le tempsde prendre de la consistance. Il accourt , force son adversaire au combat à Uelgenes (1045) ^ et lui fait essuyer une déroute si complète, qu*il lui ètaFenvie de tenter encorele sort des armes. Les révoltés furent traités avec rigueur.

Après tant de combats et de troubles, Maguus avait droit de compter sur quelque tranquillité. Mais il parait que dans ces temps orageux on ne pouvait vivre sans répandre le sang. I/ambItion était effrénée, car une bravouie épi ouvée pouvait aspirer à tout. Olof le Saint avait un frère, Harald Sigurdsson, qui, blessé à la bataille de Stiklestad, s'était caché cbez un paysan. Après s'être guéri de ses blessures, il se rendit, par la Suède , en Uiissie, où il fut favorablement accueilli par un prince nommé Jaroslaw, ami de saint Olof. A Tinstar d'autres aventuriers nonnands

qui , sous le nom de Warangues, servaient à Constan*

linople, il se dirigea vers cette capitale, entra au service de lïmpératrice Zoé, et acquit une haute autorité et de grandes richesses , surtout dans le commandement dont il avait été chargé en Afrique. Mais les événements qui avaient fait rappeler Magnus , son neveu, cet amour de la patrie, profondément gravé dans le cœur de tous les habitants du Nord , agirent si puissamment sur l'esprit de Harald, qu'il ne put résister au désir de renti*er en Norwége. 11 y parvint » malgré tous les obstacles qu'on lui suscita. A Sigiuna , il ât la connaissance de Swen Estridsson , et comme Magnus paraissait ne pas vouloir faire justice aux prétentions de son oncle, Harald se lia avec ce réfufifié, qui venait de perdre sa troisième bataille. Ils se liguèrent contre Magnus, et scellèrent leur amitié

Digiii^uG

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par une expéciirion de piraterie sur les rivages de Fionie et de Selaod.

Jusque-iài Magnus avait déployé une grande fermeté; mais il parait qu'elle Tabandonna dans ce moment, où il s'agissait de combattre son propre sang. Puis, la renommée de Harald, fondée sur tant de traits de courage^ la certitude qu^il apportait d'im* mensesriebesseS) capables d'ébranler les plus fermes convictions chez un peuple qui aimait For ; toutes ces considéralions déterminèrent Magnus à préférer la voie des négociations à la décision des armes. Il offrit à Harald la moitié de la Norwége, si ce prince voulait lui donner en retour la moitié de son trésor. La proposition lut acceptée, l'alliance entre Harald et bwen Ëstridsson rompue ou abandonnée, elle partage fut consommé en 1046. Les cbroniqoes rapportent que Tamitié et la confiance ne cessèrent de régner entre ces deux princes.

En 1047, Magnus, accompagné de Harald, partit pour le Danemark ; mais, à son arrivée dans le Jutland, il tomba malade et mourut. Avant d'expirer, il fit appeler Swen Ëstridsson et lui offrit là couronne, que celui-ci regardait comme perdue après les désastres qu'il avait essuyés. Magnus avait une taille moyenne, de beaux cheveux*, la peau blanche, la prononciation la plus pure. Son intelligence élevée, sa libéralité , sa piété, sa justice l'avaient rendu cher à tous. Dans la guerre il était aussi heureux que brave. 11 fut regardé comme un grand législateuri à cause des améliorations qu'il introduisit dans les lois octroyées par s on père aux Norwégiens. Ses vertus le tirent surnommer Magnus le Bon.

Svren Ëstridsson était en Scanie ; il se décida à rentrer en Suède ) lorsqu'il apprit la mort de Magnus et

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les dispositions que ce monarque a^ait témoignées en sa faveur. Il fut reçu avec enthousiasme et reconnu

roî en Danemark. Pei sonne n y mit a'obslacle, que Harald) roi de Norwége, qui crui avoir au trône des droits mieux fondés que ceux de Swen. Il les soutint à la tête d'une flotte , avec laquelle il ravagea les côtes de .luilaiid et brûla la ville de Sleswig (1051). Swen alla à sa rencontre; mais llarald , dont les vaisseaux étaient surchargés du butin qu'il avait fait, évita le combat, et arriva heureusement dans les ports de Norwége. La guerre n'était pas terminée pour cela. Les deux rois armèient, et diercbèrent à réunir le plus de forces possible. Néanmoins celte guerre se borna à des expéditions de piraterie. Harald, pour être plus rapproché des côtes de Suède , fonda la ville d'Opslo. En 105^ il provoqua son ennemi, suivant la coutume des Normands, à un combat naval, près d'Helgenes, pour décider du sort de la guerre Les deux flottes vinrent en présence ; les Norwégiens complaicnl deux cents vaisseaux, et les Danois trois cents. L (^agement eut lieu le jour de Saint-Laurent ) les l^dois furent vaincus , et Swen ne fut sauvé que par la générosité d'un des cheft ennemis , Hakon Jarl, qui le cacha chez un ami dans le Halland. De là le roi rendit en Seland, où il assembla une ai mée assez forte pour résister aux Norwégiens , dans le cas où ils tenteraient une descente. Deux ans après, les deux rois firent la paix , qu'ils confirmèrent par serment . et qui devait être maînu nue tant qu'ils vivraient. Quelques années plus tard, Uarald succomba dans une expédition en Angleterre, et eut pour suck cesseur son fils Olof. x

Le traite de paix se trouvant rompu par la mort de Uarald, le roi de Danemark commença à armer sa

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flotte. Olof) de son c6té, se mit en défense; ils se rencontrèrent près de Kongelle ; mais un traité de

paix prévint rexplosion iiiniiinenle de la guerre.

Swen souilla les dei iiières années de son règne par le meurtre de plusieurs grands du royaume, qu'il fit exécuter dans Téglisede Roskild, meurtre pour lequel il fut excommunié par Tcvcquc Guillaume, (le châtiment lui fut saluiaire, car il lit une péniteuce publique de ce sacrilège et de ces actes de barbarie, qu'il eût multipliés sans doute si le pouvoir spirituel de TÉglise, seule ressource des peuples alors contre la tyrannie des rois, n'eût mis un frein à sa ciuaulé. Swen, toujours malheureux dans les guerres, ne rêvait rien moins que la conquête de TAngleterre, lorsqu'il apprit le mécontentement excité parmi les \aincus>parla tyrannie de Guillaume le Con(]uérant. L'expéditi(jn , conduite par deux de ses tils, fut tentée en 1069. Elle était soutenue par une grande flotte , montée par les guerriers de toutes les nations riveraines de la Baltique, Elle échoua néanmoins, grâce aux sages mesures prises par Guillaume. Eu 1076, Swen tomba malade à Sudertorp, dans le Jutland, et succomba. Son tombeau est dans la cathédrale de Roskild. Suivant la chronique norwégienne, il avait la taille élevée et forte , une grande intelligence et une éloquence irrésistible. Malgré linsuccès de toutes ses entreprises militaires , jamais le peuple ne Taban* donna , ce qui prouve combien il eu était aimé. Parmi ses fils on remarque Harald, son successeur, et Ganut I qu^il aimait de prédilection. Les autres , Olof , Érik et Nicolas montèrent successivement sur le irônc. 11 (unda le temporel des évéchés de Lund et de Dalby, qui furent réunis plus tard, ainsi que Viburg et Bori^um , dans le Jutland.

HISTOIRS DK DANEMAHK

Harald, Tainé des ûls de Swcn, éiait le moins capable de porter le fardeau de la couronne. Aussi des dissensions éclatèrenl-elles aussitôt après son avénelacnl. Les Scaiiiens se jetèrent dans le paru du prince Canut. Cependant les promesses dit Harald désarmèrent ses ennemis, et empcchèrenti au moins pour quelque temps , les malheurs d'une guerre civile. Son règne fut éphémère \ il mourut en 1080, et fut inhumé a Dalby, en Scanie.

Le choix du peuple tomba sur Canut, surnommé le Saint. 11 signala les commencements de son règne par d'éclatantes victoires remportées sur les Sembes, les Estons et les Turèles, qui ravageaient ses États. 11 fit porter aussi les lumières de la foi dans les provinces de Courlande, de Samogitie et de Livonie. Le succès de ses armes ne Tenorgueillit point ; on le vit toujours, au milieu de ses triomphes, déposer son diadème aux pieds de Jésus crucifié | et présenter au Itoi des rois l'offrande de sa personne avec celle de son royaume. Il épousa Etthas , c^est-à-dire Adélaïde^ fille de Robert comte de Flandre. Il en eut pour fils saint Charles, autrement nommé le Bon, qui fut, ainsi que son aïeul , comte de Flandre.

Saint Canut ne se contenta pas de connaître les abus y il travailla de toutes ses forces à y remédier. 11 poria des lois sévères, mais indispensables à retlc époque, pour l'exacte administration de la Justice. Supérieur à toute considération humaine , il prit la défense des opprimés contre la tyrannie des grands. Eigill , gouverneur de Tîle de Bornholm , ayant exercé la piraterie, fut puoi de mort, ainsi que ses complices ^ coupables comme lui d'attentats odieux*

Quoique PAngleterre eût passé en 1066 sons le sceptre de Guillaume le Conquéiani, Canut avait à

Cœur de lu>llteDîr les droits qae loi ou Sés alliés pré« tendaient sur ce royaume. Uue première tentative, à laquelle il n^avait pas porsonncnemenr pris pan, n'ayant pas réussi , il leva , en 1085 , une ai mëe nombreuse, à la sollicitation de plusieurs Anglais réfugiés en Danemark. Son projet échoua par la trahison de son frère Olaws, duc de Sleswig, qui fil lelkineuL différer le départ des troupes, qu'elles désertèrent. En punition de cette désertion , Canut ordonna qu'on paierait les dîmes ou une taxe considérable. On mit à la perception de cet impôt une sorte de rigueur qui causa une révolte. Les habitants du Jutland prirent les armes contre leur roi, qui, instruit de leur approche, se retira à Sleswig, et de là dans Tlle de Fionie , avec un corps de troupes assez considérable. Ayant été quelque temps dans la ville d'Odeuséc, capitale de l'ile, il résolut d'aller chercher les re* belles pour leur livrer bataille. Mais leurs chefs , quoique supérieurs en nombre, n'osèrent en venir aux mains avec des soldats bien disciplinés, aguerris et commandés par un prince qui avait déjà donné tant de preuves de sa valeur et de sa prudence. Ils eurent donc recours à la perfidie, pour l'empêcher de se mettre en campagne. Un d'entre eux, nommé Asbiorn > alla le trouver, et lui dit que le peuple éiail rentré dans le devoir; ce qu'il assura par plusieurs faux serments. Le roi , qui n'avait que des intentions pacifiques, crut le traître, malgré tout ce que put alléguer son frère Benoîf pourremprclier de tomber dans le piège. La nouvelle que 1 armée des rebelles marchait en diligence vers Odensée avec des intentions hostiles ne causa en lui aucun trouble , et il se rendit, selon sa coutume, à l'église de Saint- Alban, oii il entendit la messe. A peine fut*eUe terminée ,

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cju'on vini lui annoncer que ses ennemis apiJi o( liaient à grands pas. Le comte Erik lui ayant conseille de prendre la fuiie, il répondit : « Non , non , je ne fuirai pas. J'aime mieux tomber entre les mains de mes ennemis (jue d'abandonner ceux qui roc sont attachés. D'ailleurs on n'en veut qu à ma vie. »

Le saint roi ne pensa plus qu'à se préparer à la mort. 11 alla se prosterner au pied de raoïel , et , nprès avoir fait une Imrnbli' confession de ses fautes , et protesté qu'il pardonnait à sesenneaûs, il communia avec la plus parfaite tranquillité. Cependant les révoltés arrivent près de Téglise , et rinvestissenl de toutes parts. Benoît, frère du roi, en défendait les portes avec le peu de troupes qu'il avait; mais pendant qu^l fait des prodiges de valeur, Canut reçut une pierre dans le fnml, au-dessus du soureO. Cette pierre venait do dehors , et avait été lancée par une fenêtre de l'église. Le roi . loin d'interrompre sa prière , se conienta de porter la main à la iDie&sure, pour arrêter le sang qai coulait en abondance. Les rebelles, n'ayant pu forcer les portes ^ eurent en-* core recours à la trahison. Un de leurs chefs , nommé Ywind*Bifira, demanda à parler au roi^ pour lui pniposer des cmditions de paix. Canut ordonna de le laisser entrer; mais œ perfide s'éiant profondé « ment incliné, comme pour saluer son souverain, tira, en se relevant, un poignard de dessous son manteau, et le lui enfonça dans le sein. Le traître monta aussitôt sor l'autel pour se sauver par la fenêti^ : il n'était qu'à demi sorti lorsque Palmar, un des principaux officiers du roi, le coupa eu deux d'un -coup de sabre; de soi ie que la moïiié de sou CMps tomba debors et Tautre moitié resu dans r^Sglise. Ce a^pMMie ranime Ja fiiremr des baiirares,

ET DE MORWÉGE.

ils jeiieal des pierres et des briques par les toiélres. Pendant ce temps le saint, les bras étendus devant

l'autel , recommandait son âme à Dieu et attendait la mort avec résignation. Il était encore dans cette posture lorsqu^un javelot dont il fut percé termina son sacrifice le 10 juillet 1086. 11 fut victime de la haine de ses peuples contre la religion ; il les eàt rendus heureux , s'ils eussent voulu se soumettre à ce bou prince ^ le Ciel attesta sa sainteté par plusieurs miracles opérés à son tombeau.

Olof Hunger , frère de Canut et duc de Slesv^ig , fut proclamé roi par les révoltés. 11 était encore prisonnier en Flandre, et l'on demandait cinquante marcs d'or pour sa rançon. Le pays ne pouvant fournir cette somme , son frère Nicolas offrit d'aller le remplacer comme otage, jusqu'à (e qu un pÙL se la procurer. Olof régna sept à huit ans, qui furent marqués parla cberté excessive des denrées , par des disettes continuelles , par la mort d'une foule de personnes que la famine moissonnait. Ce prince mourut en 1095.

Après lui, régna Erik, le quatrième des fils de Swen Estridsson; sa clémence et sa bouté lui valurent le surnom A^Ejugod. Les mauvaises années firent place à de plus heureuses. Ce roi enuipiit deux voyages à Home, pour soustraire le pays à la juridiction de l'archevêque de Hambourg. Le pape fonda alors rarcbevécbé de Lund (1103). Erik mourut dans nie de Chypre, en accomplissaui un pèlerinage à la Terre-Sainte. H se passa deux années avant qu'on apprit sa mort.

Alors Nicolas , cinquième fils de Swen Estridsson , ceignit la couronne, et eut aussitôt à la défendre conti eles Wendes, qui s'avancèrent jusque sous les

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murs de Sieswig. Erik £jagod avait desiiaé l'ainé de ses trois fils à lui succéder ; mais la cruauté de ce

prince, qui s'était montrée pcndaiii l'absence de son père, lui avait aliéné tous ks esprits. 11 ne s'occupait que de pirateries, et il bâtit, non loin de Roskild, le château dit de Harald, où il enfouissait tout ce qu'il avait pillé. Les habitants de Seland, fatigués enfin de ses incursions, îe chassèrent. Le second fiJs de Swen Canut , duc de Sieswig | se regardait comme iadépendant* 11 défendit vaillamment son pays contre les Wendes , dont 11 fut à la fin nommé roi. Le troisième dis, Erik, était toujours en butte à la haine de Harald, aux ellets de laquelle le prince Canut eut de la peine à le soustraire. Ainsi , pendant le règne de Nicolas, les fils d'Erik fijagod troublèrent la tranquillité du royaume sans qu on le vit rien faire lui-même pour y mettre ordre. L'affection qui liait tous les Danois au duc Canut , ainsi que ses qualités éminentes , lui attira la jalousie de Nicolas , qui prêtait volontiers 1 oreille aux insinuations perfides de ses ennemis.

Cependant la reine Marguerite ^ tant quelle vécut, empêcha Nicolas de rompre avec Canut. Mais elle avait à peine rendu le dernier soupir, que le roi n'écouta plus que ses sentiments haineuîc. 11 assembla une diète » et y accusa le duc qui était présent. Celui-ci présenta sa défense avec tant de force , qu'il persuada le roi lui-même de son innocence et de la malveillance de ses ennemis. Mais la faiblesse de Nicolas ne le laissa pas longtemps sous Tempire de cette impression favorable. Son fils, Magnus, qui redoutait un rival, se lia avec Henri Skatteler, homme puissant et ennemi acharné de Caaui , pour se saisir de sa personne. U Tinvita à venir à Roskild , vou-

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laot, disait-il, lui confier sa femme et ses enfanis

pendant un voyage qu'il allait entreprendre dans la Terre-Saiûle. Canut se rendit en toute confiance a Tentrevue, le jour des Rois (1131) i et fut ti^attreusement assassiné de la main même de Magnus. Les grandes vertus et la fin malheureuse de ce prince lo llrent regarder comme un saint, et canoniser en 1171. li eut un fils posthume, Waidemar, surnommé le Grand, à cause de Téclat de ses actions*

Cette perfidie , loin d^assurer le trône aux descendants de Nicolas , ne tarda pas à Tébranler. Camit était trop aimé pour que sa mort ne fut pas vengée. Le peuple se rassembla , et trouva on chef dans le prince Erik , frère de Canut. L'archevéqae de Lund empêcha reiïusion du siing, en invoquant Tapplication de la loi au crime de Magnus , et en proposant que le roi fut admis à se justifier par serment* Mais ces conditions n'ayant pas été remplies, la guerre civile prit son cours. Le roi fut d'abord heureux, et battit Erik dans plusieurs rencontres ; à la fin celui-ci remporta sur Nicolas et son fils, à Fotewigen Scanie , une victoire complète. Le roi se sauva , non sans peine. Magnus tomba en se défendant comme un lion; avec lui, cinq évéques et soixante prêtres danois couvrirent le champ de bata&Ue ; jamais dans le Nord on ne vit tant de clercs prendre la cuirasse et Pépée un jour de combat. L'armée A'Etik était composée en grande partie de Scaniens et de Selaudais. Nicolas s enfuit dans le Jutland , et se réfugia ensuite à Sleswig ; il fit preuve dans cette occasion d'une grande imprudence , puisque Canut, qu'il avait fait assassiner. étaîL duc de celte ville, où il avait laissé de nombreuses sympatiiies. A ( elle époque s'étaient formées, sous le nom de gmldes^ des so-

HISTOIRE DE DAMEMABK

ciélés qui s assemblaient pour goûter les plaisirs de la table. Ces réunions avaient leurs règlements et leurs chefs , auxquels chaque membre était tenu de se soumettre; Canut en avait été le juge suprême. Parmi les lois qu'elles avaient adoptées, se trouvait celle-ci : le guilde doit venger la mon donnée à un de ses membres par un étranger. Les guildes ne furent donc pas plutôt avertis de la mort de leur duc, qu'ils résolurent d'en tirer vengeance. Us attaquèrent Nicolas dans le château de Sleswig , elle massacrèrent avec toute sa suite. Sous le règne de Nicolas y défense fut faite aux clercs de se marier (1120). Cet abus^ qui s'était introduit dans tout le Nord, fut presque aussitôt réformé.

Ërili Emund commença son règne sous de sinistres auspices; non**seulement il fit noyer, par crainte^ le fils de son frère aîné Harald , mats il fit décapiter Harald lui-môme, qui avait été élu roi à Sleswig. Il le surprit à la faveur de la nuit, et le fit mettre incontinent à mort. Un seul des fils de son frèr^Olo^ échappa à sa Jalousie sanguinaire. Ce roi prit part à la guerre qui éclata entre Magnus Sigurdsson , roi , de Norwége, et sçn oncle Harald Gille. Il embrassa la cause du dernier ; puis il prit les armes contre les Wendes et les Rumens. Il conquit Arcona, ville trèsforte dans rite de Rugen, et contraignit les habitants à se faire baptiser; mais, après son départ, ils revinrent à leurs anciens rois. Une question intérieure menaça le trdne d'Erik. Eskil, évéque de Roskild^ animé d'une ambition justifiée par de brillantes qua< îités, aspirait au siège vacant de Tarchevêché de Lund , que le roi avait destiné à un autre ; s'appuyant sur l'afléction dont il était Tobjet dans toute ille de Seland i il ne voulait rien céder de ses prétentions.

Des mots on en vint aux faits, et Tevêque, qui, comme tous les clercs de ce temps-là , savait aussi bien porter i'épée que la crosse, prit les armes. Le roi y contraint d'abord de se retirer dans le Jutland, vint à bout cependant de s'emparer du prélat , à qui il imposa une rançon de vingt marcs d'or. Rien , du reste , ne fut décidé durant la vie du roi , et l'arche- • véclié resta vacant; car les populations de la Scanie * ne voulaient pas d'autre archevêque qu'Eskil , et le roi refusait d'élever à celte haute dignité un sujet qui avait osé prendre les armes contre lui.

Erili Emund avait coutume de rendre luinonéme la ' justice à ses sujets. Pendant une tournée qu'il fit dans son royaume, il piésidait le Ti?ig à liipeii, lorsqu'il fut assassiné (1137) par Sorteplog, noble jutlandais. Ce fut de son temps que les premiers moines s'établirent en Danemark. Erik n'avait pas de qualités remarquables; mais il éiair ë(]uiLable dans ses jugements, et ce titre, à une époque de troubles et de désordres , mérite d'être enregistré dans rbjstoire.

Il ne restait aucun membre de la famille royale qui fût en état de gouv» i ner. Swen Erikson , Canut Mogenson et Waldemar Canutson avaient les droits les plus directs à la couronne ; mais ils étaient tous trop jeunes. Après de nombreuses délibérations, on résolut de mettre au timon Waldemar, fils du duc Canut, et de confier la régence, pendant la minorité, à Erik, neyeu d'Erik ^jagod, surnommé Mouton (Lam) , à cause de sa simplicité ; il prit le titre de roi. Olof, fils de Harald , le seul qui eût échappé aux persécutions d'Ërik Emund , suscita beaucoup d'embarras à Erik par les troubles qu'il fomenta pendant presque tout le temps de la régence , jus-

qu'à ce qu'il eut trouvé la mort dans un combat , à Thutcar, en 11^^. Erik mourut à Odensée, en 1147. Sa mort occasionna une nouvelle guerre civile entre Sweo, fils d'Erik Ëmund, et Caout, flls du prioce Magnus , qui avait assassiné le duc Canut de Sleswig. Les populations scaniennes et selandaîses prêtèrent serment à Swen, et celles du Jiuland à Canut; le Danemark se trouva ainsi avoir deux rois, qui pendant dix ans firent servir le pays de théâtre à leurs guerres. Cependant les deux rois, cédant aux remontrances du pape, qui les exhortait à se réconcilier et à tourner plutôt leurs armes contre les Wendes idolâtres , firent trêve pendant quelques instants à leur inimitié poui' altaquer les Rugiens; mais cette expédition eut peu de succès. Ils n étaient pas de retour I que leur querelle se ralluma. Seland redevint leur champ de bataille; l'armée de Canut luL baitue par Swen à Thostrup, en 1150. Cependant le jeune Waldomar, parvenu à l'âge où il pouvait porter les armes, avait déjà donné des preuves de ses brillantes qualités. Il embrassa le parti de Swen avec d'autant plus d'ardeur que son père avait été tué par celui de Canut, qui lui-même lui avait eolevé son duché de Sieswig. Le secours que Sv^en avait reçu de Waldemar Pavait mis à même de tran»* porter la guerre dans le Jutland , on il vainquit Cannt dans une sanglante bataille livrée àWiborg, et au gain de laquelle contribua puissamment la bravoure de Waldemar. Canut prit la fuite ; mais il revint en 1151 , et, de concert avec Parchevêque de Hambourg, il tomba à 1 iniprovisLe sur Swen et Tassîégea à Wiborg. Néanmoins il ne sut pas profiter des avantages qu'il avait obtenus , ni maintenir la discipline dans son armée. Ses soldats dispersés, et ne s'at*

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tendant pas à une attaque, furent battus par Swen, qui avait profité de l'obscurité de la nuit pour faire une sorlie. Canut se sauva auprès de 1 empereur Frédéric Barberousse, dont il sut gagner la confiance. Canut promit à Tempereur que si , par son moyen i il pouvait rentrer en possession du DanemariL , il en ferait hommage à Vempire. Barberousse, qui ne voulait pas se brouiller avec Swen , ne crut pas devoir agir sans son assentiment. 11 Tlnvila donc à assister à une diète qu'il tint à Mersebourg, Le roi danois, qui ne soupçonnait pas qu'on lui tendait un piège, s y leiidit. L'empei ( iir lui pi oposa de placer son royaume sous lu suzeraiueié de l'empire et d'investir Canut de plusieurs possessions : Swen était entre les mains de Frédéric ; un reflis eût pu entraîner les plus fâcheuses conséquences. 11 consentit donc à tout; mais, rentré dans ses États, il se crut dégagé de toutes ses promesses. 11 refusa de céder 111e de Seland à Canut, Néanmoins celui-ci obtint, par rintervention de Waldemar, plusieurs possessions dans cette tle, dans le Jutland et dans la Scanie* Ainsi la guerre civile paraissait devoir enfin s'éloigner de ces fertiles contrées* Biais le voyage de Swen av^t bien modifié ses mœurs. Il avait pris goût aux coutumes étrangères et abandonnait celles de ses sujets. Les Danois se refroidirent sensible* ment pour lui en voyant sa cour se remplir d'Allemands. 11 abolit le serment , qui avait toujours été usité dans les affaires judiciaires; les combats singuliers furent rétablis dans toute leur horreur. A ces causes de mécontentement se joignit la guerre avec la Suède. Le prince suédois, Jean, avait insulté quelques dames nobles du Halland, province qui était alors soiunise à la dooiinaiiou danoise. Le roi

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Toalut venger cet outrage. Le légat da pape, Nicolas Albanensis^ qui visitait le Nord à cette époque ,

fit de vains efforts pour empêcher cette rupUiie^ mais Swen resta inébranlable. 11 ne doutait pas du succès ) car le pays qu'il voulait attaquer était en proie à la guerre civile ; et Sverker, qui y régnait , était vieux. Au fui L de l'hiver de 1154, il envahit Je Smoland, province montagneuse, habitée par un peuple guerrier et pauvre. Quelques avantages aveuglèrent le roi et lui firent oublier toute prudence. Il s'enfonça dans la profondeur des forêts, où tout s'arma contre lui, et d un il lui eût été difficile de se tirer en cas de revers. Les femmes elles-mêmes prirent les armes, et ce fut à cause du courage mer-* veilleuK que déployèrent, dans cette circonstance , celles de Werend, qu'elles reçurent désavantages et des honneurs dont elles Jouissent encore aujourd'huL Swen faillit être victime de la fureur des siens en Scanie , où il fit incendier plusieurs villages et hameaux poui punir la désobéissance des habitants.

Canut était toujours Tobjet de la haine ei des soupçons de Swen \ Waldemar fut compris dans cette disgrâce, malgré les services signalés qu'il avail rendus. Swen crut qu'il était indispensable d'écai ter ces deux honimes, pour assurer la solidité de son trône; c'est dire que leur mort fut résolue. 11 les invita à Koskîld (1156) \ les princes s'y rendirent sans défiance ; mais , la nuit venue , au milieu des joies du festin, le roi entra avec ses trabans pour consommer le forfait. Waldemar ^ le plus brave, se hâte d'éteindre les flambeaux, et parvient à s'échapper , grâce aux ténèbres et à une résistance vigoureuse dont son sang-fiuid doublait l'énergie. Canut n'eut pas le même bonheur; il périt d'un coup d'épée à la

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léte. Absalon, qui deviat %i célèbre depuis sor.le siège archiépiscopal , échappa aussi à ce massacre. Le lendemain, le roi coiivoqua le peuple et essaya de se * justifier, en prétextant que les deux, princes conspiraient contre lui. 11 réclama Tassistance de rassem* blée pour s'emparer de Waldemar; mais ses paroles n'obtinrent aucune croyance, et personne ne voulut prêter la main à rarreslatioii d'un prince généralement aimé. Waldemar ei ra dans les forets de Seland, et -s'y tint caché jusqu'à ce qu'il eût trouvé moyen de traverser la mer* 11 arriva dans le Jutland , où il se présenta au Ting de \N iborg ; il momi a ses blessures et se plaignit de la tiahisou du i oi. Le récit de ses malheurs émut tous les paysans. Cette première impression calmée , la vengeance arma tons ceux qui pouvaient porter une épée et une cuirasse, et une troupe lormidable entoura bientôt Waldemar, qui voulait gagner Seland avec ses guerriers* Mais il fut prévenu par le roi , qui accourut au premier bruit que Waldemar avait paru au Ting de Wiborg. Plusieurs escarmouches préludèrent à un combat plus décisif, qui ne tarda pas à s^engager* Non loin de Wiborg est une grande plaine , ou plutôt une bruyère qu'on appelle Gratheheyde, Là , se livra la grande baLaiiie qui décida du sort du Danemark ( 22 septembre 1157 )• Waldemar resta maître du champ de bataille , et Svren périt de la main d'un paysan. Cette circonstance du lieu de sa mort lui At donner le surnom de Grathe; avec lui s'éteignirent les discordes civiles qui avaient si longtemps eosauglaïué le Dauemarlt. Sous le règne de trois grands rois qui lui succédèrent , le pays prit un tout autre aspc^. Le Danamarli s'était affaibli depuis Swen Estridsson jusqu'à Sweu Grathe \ mais aujourd'hui son astre commence

S6 HISfOlftB m DAMnUftK

h luire plus brillant que jamais. Ses triomphes con* linuels inspirent la terreur à ses ennemis et excitent

radmiraiion de l Europe ; Tari de la guerre y est perfectionné^ grands hommes, habiles généraux^ hommes d'État et savants, tout y abonde; puis surprissent des lois sages, dont les Danois ressentent encore les bienfaisants effets.

Waldemar le fîrand était fils de Canut , roî des Obotrites et d'ingilbirta. Après la mort de son père, il se réfugia avec sa mère chez des amis qu^elle avait en Russie. Son règne est un des plus remarquables de ceux que nous reti ace l'histoire de ce pays. Ses exploits lui ont valu le surnom de Grand, il fut presque constamment en guerre avec la Norwége et la Suède ; mais ce qui rendit surtout son nom fameux, ce furent ses guerres avec les Wendes.

De son temps, de grands troubles agitèrent la Norwége. Deux rivaux s'en disputaient la couronne , c'étaient Halion Hardebred et Hagnus Eriingson. Waldemar était lié avec le dernier, ou plutôt ave(' son père, Erling Skakke, seigneur vaillant et trèsconsidéré dans ces contrées* £riing Skakke l'emporta sur son adversaire , et fit couronner son fils. Waldemar avait fortement contribué à ce résultat par le secours qu il avait prête à sou allié. îl en réclama le prix, c'esl-à-dire une partie de la INorwége , suivant la promesse que lui en avait faite Erling. Celui-ci avait trop intérêt à ne pas rompre avec Waldemar, pour répondre par un refus formel. H prit un chemin plus détourné pour arriver au môme but) en soumettant la réclamation de Waldemar aux états, qui refusèrent d'y souscrire. Les envoyés danois furent doue éconduits, sans qu*il parût y avoir de la faute d'Ërling. Aloi^ Waldemar résolut

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de faire valoir ses droits par la force des armes*

11 prépara une expédition contre la Noi wége pour le printemps suivant (116ô). Il espérait y trouver de nombreuses sympathies et des partisans^ mais, à son grand éionnemenl , il éprouva une forte résis» tance à son débarquement, et personne ne se pré~ scnta aux assemblées qu'il convoqua. H éiait trop clairvoyant pour ne pas s apercevoir que Topiaiou lui était contraire ; aussi renonça-t-il à la conquête de ces contrées lointaines , qui offirent trop de dangers lorsqu^on a contre soi les populations. La gloire l^appelaît ailleurs ; il écouta sa voix. Ainsi cette guerre se borna à quelques engagements sur men Quelque temps après Erling Skakke reparut en Danemark. On lie sait de quoi Ton doit s'étonner le plus, ou de la témérité de ce seigneur, qui meitait la générosité de son ennemi à une épreuve délicate en se livrant à lui) ou de la magnanimité de Waldemar. 11 parait cependant que le parti pris par Erling n^avait été qu^une nécessité de sa position en Norwége. On croit que son ûls avait des rivaux trop puissants pour qu'il pût les réduire sans l'assistance de Waldemar. Quoi qu'il en soit, Erling reconnut la suieraineté du Danemark , et consolida le trône de son fils en écartant tous les prétendants qui étaient de sang royal.

A cette époque régnait sur la Suède Erik , surnommé le Saint , prince aussi recommandable par sa piélé que par sa bravoure. Mais un parti de mécontents soutint les prétentions de Magnus Henriksson, fils de Henri Skateler, dont nous avons déjà parlé, et petit-fils par sa mère de Ragwald , roi de Suède. Le père et le fils, ayant rassemblé des forces imposantes, vinrent en Suède se joindre à tous les mécontents« Us surprirent Erik , qui périt les armes à

HISTOIRE DE 0AIŒ1IARK

la maîQ dans les plaines de Fyriswald. Mais Tébloui»* sèment de la victoire une fols dissipé , les Suédois

virent rénormilé de leur crime, et le repentir leur ûl lourner contre Maguus el Henri les armes qu'ils avaient levées contre leur vertueux roi. Presque tous les Danois furent massacrés non loin du champ de bataille où avait succombé Erik; ce fut à peine s'il en resta quelques-uns pour porter dans leurs foyers la nouvelle de ce sanglant désastre. Pour célébrer cette journée, les Suédois élevèrent sur le lien du combat une église qu'on voit encore , et qui fut appelée Y église des Danois, On ne sait si cette expédition avait rassenliment de Waldemar; il n'est pas probable qu'il eût soutenu Henri Skateler, Jl'ennemi le plus acharné de son père.

Toute l'attention de Waldemar se portail au delà de la Baltique , sur la soumission et la conversion des Wendes et surtout des Rugiens. Ce pays fertile , que plusieurs expéditions avaient iiedt connaître aux Danois, était depuis longlemps rubjcL de la convoitise de leurs rois. Waldemar en voulait tenter la conquête. Mais avant de commencer cette guerre, qui devait se faire par mer, il fortifia le Dannewirke par une muraille, suivant le conseil de son habile ministre, révêque Absalon, afin de le mettre, de ce côté, à Tabri des incursions des Wendes, pendant qu'il le défendrait sur d'autres points les armes à la main. L'Ile de Rugen était encore couverte des ténèbres de ridolatrie, les lueurs du christianisme ne Tavaient éclairée que quelques instants. La principale ville forte de cette lie était Ârcona, dont les remparts détruits ne laissent plus voir que quelques restes sur les précipices du promontoire de Jasmund.

Là était le temple de Svantervid, la principale

idole* des tebitants, d'une gt andenr colossale et à

quaii e visages. D'une main elle tenait une coupe, de laulre une flèche. Avant la recolle, les idolâtres aTaieat coutume de faire des sacrifices devant la porte du temple, où Ton dressait un fflagoiâque festin. Le prêtre restait à Tintérieur, la bouche fermée, et lorsqu'il avait besoin de prendre haleine, il allait à la porte, de peur que le dieu ue fût infecté d*unsottlBe humam. Trois cents cayaliers entretenus sar les dons faits au temple, donnaient au prêtre tout le butin qu'ils recueillaient. On nourrissait aussi au service de Svautervld une haquenée que nul autre que le prêtre ne pouvait toucher. Le peuple croyait que Svantenrid , pendant la nuit , enfourchait cette monture pour donner la chasse à ses ennemis. Afin de le maintenir dans celte erreur, le prêtre lui faisait voir tous les matins le cheval écumant et couvert de sueur.

Waldemar mit à la voile eu 1168 , pour conquérir cette lie el y planter l'étendard du Christ. La flotte était nombreuse et commandée par Absalon. Elle cingla vers les c6tes de la Poméranie. On arriva k Rugen , et on enveloppa tout de suite Arcona , dont les murs étaient si hauts que les flèches pouvaient à peine atteindre leur sommet. La formidable ilotle occupait le port^ et les guerriers étaient campés antour des fortifications ^ partout où la mer en permettaii rap{)i'ocli('. Les Danois mirent d'abord le feu ù une tour, construite sans doute en bois. Les flammes s'élevèrent bientôt, et pendant que les habitants accouraient pour les arrêter, Waldemar fit donner l'assaut. Les Ilugiens étaient un peuple fort et brave, que la vie de piraterie avait familiarisé avec les dangers de la mer et des combats; aussi firent -ils une

&0 HlSTOmS DB DANBUIK

résîstaace digue de leur courage. Mais, serrés entre le feu et le fer des Daoois qui avaient pénétré dans la ville, ils demandèrent quartier. Waldemar les obligea à lui livrer leur idole ^ qui fut brisée en morceaux, à embrasser le ciiristiauisme et à donner à l'Église toutes les richesses du temple. 11 parait que la ville fut entièrement détruite dans cette guerre , cai' ou u'ea entend plus parler depuis, et à peine en reste*t-ii quelques vestiges. Une autre ville, Carentz, sur un point opposé de Tile , fut également prise par Absalon. Ce foyer de l'idolâtrie des Wendes fut donc soumis à la domination danoise. Douze églises chrétiennes remplacèrent les temples profanes. Depuis cette époque , les lies danoises , tant de fois ravagées par les Rugiens, ne furent plus exposées à leurs cruautés. La destruction de Tidolàtrie parut avoir anéanti leur force et leur puissance , et ils bornèrent leur activité à la pèche dans les eaux qui baignent leur lie. Les autres expéditions de Waldemar contre les Wendes, expéditions que dirigeait toujours Absalon, réussirent à souhait. En 1170, il s'empara de la fameuse ville de Julin , dans Tlle de Wollin ; ces conquêtes le rendirent maître non-seulement de Rugen et de MecUembourg , mais aussi de la partie orientale et de quelques villes de la partie ocddeniale du pays des Wendes. U fut légitimé dans ses possessions par un bref du pape et par la décision d'une assemblée tenue à Lubeck , en présence de Tempe^ reur Frédéric Barberousse. Ce fut à partir de cette époque que les l ois de Danemark reprirent le litre de roi des Wendes.

A la An de ce règne glorieux éclata une révolte en Scanie , où coulèrent des flots de sang. Les contributions , et principalement les dîmes, en ruinant

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le peuple, Tuvaieni exaspéré. 11 refusa de payer rimpôt au roi et aux prêtres i et alla même jusqu'à vouloir chasser révéque. Le roi se mit en marche a?ec son armée pour rétablir l'ordre. Mais les Scaniens, réunis aux populations du Halland, marchèrent à sa rencontre, et lui livrèrent bataille (1181 ) près du pont de Dysio, non loin d'Audelof , village à trois lieues de Lund; on se disputa longtemps le pont, où Ton voit encore une pierre indicative du lieu où le combat fui le plus meurtrier. Une foule de paysans furent massacrés^ les autres demandèrent merci el Tobtinrent* Le roi, voyant de ses yeux Texcès du fardeau qui pesait sur le peuple, et ne consultant que sa clémence, engagea Farchevéque ù supprimer ou tout au moins à diminuer la dlme^ mais le prélat n'entendit pas raison , et la révolte « comme il arrive toujours lorsqu'elle n'est pas couronnée de succès, entraîna une oppression plus grande que celle pour laquelle on avait pris les armes. Waldemar mourut un an après (1181), à Ringstad \ il avait régné S5 ans. En 1170 il avait fait couronner roi de Danemark son fils Canul, âgé de sept ans.

Waldemar avait eu de Sophie, princesse polonaise, deux fils, Canut et Waldemar , et de lova, le duG Christophe ; il laissait en outre trois ttlles. 11 avait une taille élevée et le port majestueux. C'est pour cela que , lors de l'enu evue qu'il eut à Lubeck avec Barberousse, le peuple s'écria qu'il était né pour être empereur. Sa mort fut un siyet de deuil pour toute la nation* Dans le eourant de la même année, mourut le célèbre archevêque de Lund , Ëskilo , dont nous avons déjà fait mention , et qui fut le premier primat de Suède. Aux talents du guerrier Waldemar joignait ceux du législateur : c^est à lui qu'on attribue

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