G HISTOIRE DE DANEMARK
pesait sur lui, Abel fut nommé roi. Mais la haine le poursuivit jusque sur son trône; son nom fut flétri
aussi bien à Tétranger qu'en Danemark. Plusieurs princes, dit-on, voulaient venger la mort d'Erik, L'archevêque de Cologne fit enfermer Waldemar, fils d'Abel , qui traversait ses États en revenant de Paris, OH il avait fait ses éludes. 11 le retint pendant quatre ans dans une dure captivité, et ne le mit en liberté que lorsqu'on lui eut payé une rançon de 6000 florins. Cependant Abel s'efforçait de faire oublier son passé par une sage administration; il travailla à acquitter la dette de 1 État et à racheter les villes engagées^ mais pour cela il fallait de nouveaux impôts : le peuple s'y soumit sans murmure*
Seulement les Frises, habitants du Sleswig, sur les bords de la mer du Nord , refusèrent , par la raison que les frais auxquels les entraînait l'entretien annuel des digues, les mettait hors d'état de supporter de nouvelles charges. Ils invoquèrent à Fappui de ces raisons certaines franchises dont ils jouissaient du temps de Charlemagne; puis ils coururent aux armes. Le roi irrité résolut de les punir en fàisant de leur pays un désert. Il envahit le pays d'Eyderstedt. Malheureusement, il ne regardait ses ennemis qu'avoc mépris, oubliant que ceux qui combattent pour ce qui leur est cher sont toujours redoutables, et que plus d'une fois Dieu a donné la victoire au plus faible. Abel avança sans précaution , fut attaqué et perdit la vie avec presque tous les siens, au pont d'Husum. Son corps, après être resté longtemps sur le champ de bataille , fut enfin inhumé dans l'église Saint Pierre. La tache qui avait souillé sa vie s'é<* lendit sur sa mémoire. On prétendit que son spectre troublait ia paix des tombeaux et celle de Téglise \
n DB NOEWtOB. 57
on exhuma son cadavre , pour le jeter dans un marais de la forêt de Poelerwald.
Chi'istuphc, premier du nom et frère d'Abel, inoata sur le trône, quoique Abel eût choisi, un an auparavant^ son ûls Waldemar pour successeur; mais celui-ci, à la mort de son père, gémisbait dans ]g6 fers sur les bords du Rhin. Les commencements du règne de Christophe s'annoncèrent sous d'assez mauvais auspices. Entoure^ d'euuemis à Tintérieur et à rextérieur , il ne lui fallait pas moins que tonte ion activité pour ne pas succomber. Il était en guerre avec la Norwége, dont le roi Hakon ravageait les côtes du Halland. L'alliance avec la Suède était chan* celante, et une guerre ouverte lui fut déclarée par le fils d'Abel (i25&). Elle Ait apaisée par un traité en vertu duquel le roi garderait Sleswig jusqu'à la majorité de Waldemar, qui en jouirait alors à titre de fief relevant du Danemark. Ces germes de discorde ne furent pas plutôt étouffés que de nouveaux trou* Lies surgirent sur d'autres puiiits du loyaume. Jacques Ërlandsson, archevêque de Lund, était dévoré d'une ambition qui ne pouvait être égalée que par Pétendue de ses connaissances. Élevé à la plus haute dignité de TÉglise dons le Danemark et dans le Nord, îl avait dédaigné de soumettre sa nominaiion à Tapprobation du roi, comme c'était l'usage. Sou ardeur ne connaissait point de bornes. Il avait changé la liturgie de l'église tle Scanîe ^ acceptée et observée depuis le règne de Waldemar. Tel était le prélat qui devait , sous deux règnes consécutifs , remplir sa patrie de troubles et de sang. Christophe , voyant un sujet braver son autorité et se mettre au-dessus des lois que les papes eux-mêmes avaient sanctionnées, ordonna aux populations scaniennes de n'obéir
98 mSTOIBI DB OMIBMAEK
qu'à la loi de 1 Église. Ge& différends se prolongèrent pendaDtplusieurs années, 'etémurentenBn le peuple, qui intervint autrement qu'avec des paroles. Un piu û se déclara en laveur de rai cliovéque : ceux qui le composaient) armés de fléaux et désignés sous le npm de $aUaU de chmur, se ruèrent sur les pro* priétës des partisans du roi. Des troupes vinrent enfin mettre ordre à ces brigandages. Le clergé était divisé comme ie peuple. Fatigué de ces tracasseries , le roi s'empara par ruse de Tarchevéque, entre Lund et Landscrona, et le fit transférer à Hagenskow, en Fionie, où il le tint chargé de fers pendant deux ans. Le pape Alexandre fulmina un anaihème contre le royaume et contre le roi , pour avoir mis la main sur un serviteur de l'Église. Cbristopbe ne se laissa pas intimider. Il intima aux prêtres Tordre de continuer le service, s'ils ne voulaient perdre leurs revenus, 11 rechercha en même temps 1 amitié de Halion , roi de Norwége, et de Birger Jarl, roi de Suède, qui s*armèrent aussitôt. Le premier appareilla tous ses vaisseaux ; le second parut dans le Sund, eu face de Copenhague. Le roi, dans un voyage dans le Jul* land, s'éuiit rendu à Hipen, à Tefiet de s'entendre avec révéque sur les moyens de mettre un terme à ces déplorables dissensions. Là il mourut empoi^ sonné (1259) par Arnfaslo, qui y était venu sous prétexte de lui demander une entrevue dans l'intérêt puhUc. Ce prince n'avait régné que sept ans.
Erik VI, son fils, hérita de sa couronne. Le royaume alors était dans un pitoyable état : plusieurs évéques étaient plongés dans les cachots, d'autres avaient été envoyés en exil; le pays était eo interdit; les fils d'Abel élevaient des prétmtions. La mère du roi, Marguerite, princesse d'uae haute sa-
ET ra ROR^GB, 59
gesse, tint d'abord les rênes du gouvernement, et il fallut toute sa prudence pour conduire le char de l'État à travers tous les précipices où il était exposé à s'engloulîr.
Les évéques crurent le moment propice pour faire une levée de boucliers. Le pape avait conOé Texécution de ce projet au prince Jarmer, de Rugen , où séjournait Jens Bang, évéque de Roskild. Ils pénétrèrent dans nie de Seland, et rencontrèrent près de Nestved les troupes de la reine Marguerite \ cellesci eurent le dessous , et plus de dix mille paysans Cûuvrii ciiL le champ de bataille. Ce fui un coup funeste pour cette ile^ des places de commerce et des villages, que la guerre civile avait épargnés jusquelà I furent livrés au pillage et aux flammes* Copenhague tomba au pouvoir de Jarmer, qui porta ses cruautés jusqu'à i île de Bomholm et en ScanlCi où il reçut la mort de la main d'une femme.
La reine, à la vue des funestes résultats de la captivité de Tarchevéque , résolut de le mettre en liberté sous condition. Mais ia dureté de la prison n'avait pu encore Héclxir celte âme altière; il refusa de prendre aucun engagement , et Ton fut obligé de le relàclier sans avoir pu rien obtenir de lui. Les portes s'ouvrirent aussi pour les auli'cs évcques qui avaieiil partagé le sort du priniat de Lund. Cependant l'interdit n'était pas encore levé ; les difficultés se compliquaient. EFÏkf second fils d'Âbel, demanda après la mort de Waldemar Tinvestiture du duché de Sleswig, suivant la loi féodale de l'empire. Marguerite ne voulait ia lui accorder que suivant la loi du Danemark ; en s'alliant aux ennemis du royaume, il avait pordu tous ses droits. Ce refus fit prendre les armes a Erik , qui implora l'assistance de plu*
HISTOIEE DE DAREMAEIL
sîeurs princes. La reine et le roi ne perdirent pas une minute^ ei firent avancer dans le Sleswig des troupes sousles ordres de Pierre Findsson et d'Iver Tageson. Le duc eomplait parmi les siens des HolsteÎDois et des Allemands. Un combat s'engagea le 28 juillet 1261 , dans la plaine qui s^étend suus la ville de Sleswlg (Loheide). Les Danois eurent d'abord Tavantage; mais leurs chefs lâchèrent pied avec la cayalerie , qui entraîna la déroute du reste de Tar» mée. Le roi et sa mère furent faits prisonniers. Erik fut transporté à Norburg, dans llle d Aisen, et sa mère conduite à Hambourg , pour y être gardée à yue. Elle obtint sa liberté quelque temps après, par riniervention du duc Albert de Brunswick. Les auteurs du dernier désastre , dont la lâcheté avait occasionné la captivité de la reine et celle de son fils^ furent punis de la corde. £n 1265 , le roi recouvra aussi sa liberté en mariant la nièce du margrave Othon de Brandebourg , à condition que les six mille marcs d'argent de la dot seraient donnés pour sa rançon et qu'Erik serait inveati du duché de Sleawig.
Erik , pendant sa captivité , avait été à même de mesurer l'étendue de la haine que lui portait Tarchevôque. 11 s en plaignit au pape Urbain IV , qui désapprouva hautement la conduite de Jacques £rlandsson. Malheureusement , ce pontife ne survécut pas longtemps , et son successeur Clément IV prit parti pour rarcheveque , qui s'était rendu à Rome pour se justifier. Un légat du pape fut envoyé dana le Nord y afin d'informer sur les faits et de pranoncer dans ce grave procès. Mais 11 ne vit que par les yeux et ne jufi^ea que dans Tintérêt de Tarehevéque , qui lui faisait une cour assidue, ainsi que les évôques de Roakild, de Ripen et de SIeswig* Une nauveUe ex-
commoiiicatioii fut lancée contre Ërik. Cette malheareose qnerelle ne finit qu^en i 27&, au concile de
Lyon, sous le pape Grégoire X. Baug prit possession de son siège de Roskild ; quant au lurbuleni archevêque , il renonça au sien en faveur d'un de ses parents, nommé Elrand, lequel avait avec lui une gi ande conformité de caractère et éprouva le même sort. En traversant l'Allemagne pour aller s(^ faire sacrer à Rome, il fut arrêté par i empereur Hodolphe de Hababourg, et retenu en prison. Jacques Erlandsson termina ses jours à l'ombre d'un couvent de franciscains, dans 1 ile de Rugen.
Ces divisions entre le trône et l'autel ne ralentirent pas le zèle du roi pour Tamélioration de l'état du pays. Il fit publier, en 1269', la loi générale du paysj qui fut développée plus tard par Christophe de Bavière. 11 fortiûa Colding, et envoya en 1270 son drosi (chancelier de justice) Matthias en £sthonie , pour la défendre contre les idolâtres ; Matthias , après avoir remporté sur eux une victoire éclatante, périt eu les poursuivant. Alors commencèrent en Suède les guerres civiles allumées par les fils de Birger Jarl. Trop faibles pour tenir tète à Waldemar, ils recherchèrent Talliance d'Erik, et Tobtinrent au prix de six. mille marcs d'argent (1576). Les Danois et les Allemands étaient commandés par le comte Jacques de Halland et le nutrsk (connétable) Stig. lis pénétrèrent en Vestrogothie^ franchirent la chaîne de montagnes boisées de Tivreden, et gagnèrent le combat de Howa, à la suite duquel Waldemar, voulant se réfugier en Norwége , tomba entre les mains du prince Magnus* Les princes suédois, forts du succès qu'ils devaient à l'assistance d Erik, refusèrent le paiement des six mille marcs d'argent auquel
BISTOIRB DE DANEMARK
ils 8'étdieat engagés ; Magnus envahit même la Scanie et le Halland. Cette mauvaise foi appelait la vengeance d'Erik; aussi se lia-t-il secrèlemeni avec Waldemar. De concert avec le roi de Suède, il envahit la Vestrogothie, dont il se rendit maître. Les princes suédois, voyant qnll n'était pas homme à se laisser jouer, se i é( onriliùienL avec lui eu lui donnant un à-compie de deux mille marcs, et en lui livrant la ville de Loedese comme garantie du reste de la somme.
Erik avait été encore une fois dans la nécessité de recourir aiiK armes contre le duc de Sleswig, lorsque la mort de ce dei nier mit ûn aux hostilités. Le roi prit la tutelle des jeunes princes | et promit d'iur vestir Tatné du duché de son père à sa minorité. Malgré la reconnaissance qu'il devait à Erik, ce jeune prince ne put s'empêcher de conspirer contre le roi en recherchant Talliance de la Norwége; Erik, qui en fut instruit , le fit arrêter à Elseneur et conduire
à Sœburg , d'oii il ne le laissa sortir qu'après avoir obtenu sa renoûcialion aux îles d'Alsen, d'Arroc et de Femern.
Le comte Jacques, le même qui avait commandé dans la guerre de Suède, seigneur puissant du Halland, noin rissait contre le roi un ressentiment (jui avait sa source, soit dans une injustice qu il prétendait en avoir reçue par la retenue de certains re« venus , soit dans un outrage qu'Erik avait bit & son honneur. Toujours est-il qu'il se réunit ù d'autres 5^eigneurs, et qu'on jura la perte du roi. L'atiemat fut consommé a Finderup, dans les environs de Wi* borg, dans la nuit du 22 novembre 1286. Erik ne reçut pas moins de cinquanle-six blessures. I.e plus acharné de ses assassins était le marsk Stig, qui ii
BT DB NORWAGK. 63 •
Wiborg refusa de prêter sermeiil aa filt d'Erik, parce
que ce n était qu'un entant. Les complices de cet acte atroce cherclîèrent un refuge en Norwége, d oii ils venaient inquiéter les côtes de Danemaric. Erik avait été un bon roi; son peuple le regretta sincèrement , et conserva toujours une f^rande hou eu r pour ses assassins. On dit qu'il bégayait, et que ce fui ce défaut qui lui fit donner le surnom de Glipping.
Après lui régna Erik VU Nendwed ^ qull avait en d'Agnès, princesse de Brandenbourg. Ce prince, ù la mort de son père, n'avait que douze ans. Sa mère confia la régence à Waldemar, duc de SIeswig, dont le premier soin fut de poursuivre les meurtriers du roi; ils furent juj^és à Wiborg, en 1287. Jacques, comte de Halland, le marsk Stig et plusieurs autres grands seigneurs furent bannis et leurs biens confisqués. Us se réfugièrent auprès d'Erik, roi de Norwége , qui leur assigna la ville de Koughel pour résidence, et ses revenus pour entretien. Cette protection accordée aux assassins du roi de Danemark donna lieu à une guerre qui dura dix-neuf ans* Les norwégiens entrèrent dans le Snnd^ incendièrent Helsingueur, ei dévastèrent les îles de Hven et d'Amag. Les réfugiés portaient la terreur dans les îles danoises-, plusieurs châteaux forts furent détruits, plusieurs villes réduites en cendres. Erik tenta on vain de gagner le roi de Norwége à ses intérêts; celui-ci rejeta toute négociation: heureusement pour le Danemark , il était trop occupé par ses querelles avec l'Angleterre et TEcosse pour poursuivre activement celle de Danemark.
Les malheurs occasionnés par les dissensions entre l'Église et la royauté, ne cessèrent pas à la mort d'Erik Glipping; ils poursuivirent leur cours
6& OlSVOlllE M DAKBMARK '
SOUS son fils, dont ils accrurent les embarras, parce que le roi soupçonna Jensgrand, archevêque de Lund,
(l'avoir trempé dans le meurlre dont son père avait été victime. Quoique riniiorence de ce prélat eût été prouvée par une lettre du sénat et de la reine Agnès, le roi ne put jamais se défaire de la prévention qu'il avait conçue contre lui , et il n'attendait que Toceasion d'en tirer vengeance. Quelques années plus tard, il le ût arrêter et traiter comme le plus grand criminel, quoique ayant à soutenir une guerre désastreuse à rétranger, et malgré l'exemple des conséquences funestes qui étaient résultées d'un pareil acte pour le règne précédent. L'archevêque s'échappa ; le royaume fut frappé dinterdit, et le roi obligé de se soumettre. La guerre de Norwége dura jusqu'en 1308 : le Halland septentrional fut cédé à cette puissance. La guerre qu'Erik entr eprit dans le Mecklembourg fut plus heureuse \ il soumit Rostock , et llmposa à i&,000 marc8«
Erik Mendwed rétablit la tranquillité dans son royaume; elle ne fut troublée que pai une révolte des paysans du Jutiand, et par le prince Chris* tophe , qui sortit deux fois du royaume et finit par se fixer en Suède. Mendwed fut un des principaux moteurs des discordes civiles dont la Suéde fut le théâtre. 11 porta ses armes jusqu'à Nîcoping, enSudermanie , et assiégea cette ville. Mais il ne vécut pas assez pour voir la fin de ces troubles \ car il mourui en 1319 sans laisser d'héritiers. Quatorze enfants qu il avait eus étaient tous descendus avant lui dans la tombe. Il fut un des meilleurs rois de nanemark; sa piété était éclairée; jamsis on n'enlendit un jurement sortir de sa bouche. Quand il voulait affirmer quelque chose, il disait: oui, en vériiéi
Digilized by Coogle
IT m MORWÉGE.
ei lorsqu'il voulait nier : non, en périté: de là le suTDom de Mendwed.
Apiès sa mort, son frère Christophe II ceignit la couronne. Il éprouva de grandes diflicultés-, car plusieurs seigneurs puissants ne voulaient pas accepter pour roi celui qui avait longtemps porté les armes contre son frère et contre sa patrie. 11 réussit cependant à force de promesses, et par les assurances les plus étendues qu'on ait jamais arrachées à un roi de Danemark. 11 fut couromié à Wiborg en 1320, avec sou fils Erik. Pins ces conditions étaient dures , moins il pensait à les tenir. 11 chercha luus les oioyeiis de gagner les grands^ il créa duc un seigneui du HaUand, riche et puissant, Canut Porse, et Tinvestit du Halland méridional, deSamsoe et d'AIbeek.Il contracia des alliances avec les princes étrangers et accorda la main de sa lille au margrave Louis de firandenbourg; de sorte qu on pouvait croire son pouvoir suffisamment aifermi. Mais la foi à Ui parole et aux serments est un plus sûr garant de la confiance et de Tamour des peuples, que les protestations menteuses de partisans dont la fidélité se mesure aux largesses qu'on répand sur eux*
En violation de sa parole royale et sous prétexte d'amortir les dettes nationales, il chargea le pays d'impôts^ dont le clergé lui-même ne fut pas exempt. Le peuple , les nobles et l'archevôque de Luud lui firent une formidable opposition. Un sourd mécontentement commençai! à germer, et Ton entrevoyait tous les symptômes d'une révolte , qui ne larda pas à se déclarer. Un noble scanien , ISctz Olofsson fut le premier qui en déploya Tétendard. Tous les nobles de Scauie, et nuiamment Topulent Louis d'Ebersieiu 9 plus généralement connu sous le nom de Louis
BISfOIRB DE DAUBHARK
Albertsson, embrassèrent sa cause , qui était celle de toute la province. Il lui vint des auxiliaires du pays des Wendes, de la Poméranie et du Holstein. Non*
seulement l;i Scanie , mais lUe de Seland furent en proie à ses déprédations , et les populations de ces contrées eurent plus à souffrir de la présence des révoltés , que si elles se fussent soumises aux impôts qui leur avaient mis les armes à la main. Les troupes royales Teurent bientôt fait battre en retraite et enfermé dans la citadelle d'Âmmerhus , dans llle de Bomholm , dont il s'était emparé et qui faisait partie de Tapanage de Tarchevéque de Lund. Mais c^s troubles n'étaient que les avant-coureurs de ceux qui devaient bientôt précipiter l'État à deux doigts de sa ruine. Le duc Ërili de Sleswig mourut en 1825, laissant un fils, Waldemar, encore en Age de minorité. Le roi prit la tutelle du jeune prince , dans TintenlioQ secrète de réunir le Sleswig à la couronne. Tout le pays se soumit à ses armes ^ à l'exception de la ville elle-même, quil assiégea avec fureur. Le comte Gerdt de Hulstein , ne voulant pas que Sleswig tombât au pouvoir des rois de Danemark , accourut au secours des assiégés. Un combat s'engagea au pied des murs; les Danois furent battus. Jusque alors les habitants s'étaient contentés de murmurer tout bas contre le roi; la défaite qu il venait d'essuyer les rendit plus bardis \ des mots on eu vint aux laits. Ce qu'il y avait de surprenant, c'était de voir figu* rer à la tête des révoltés des hommes tels que le maréchal Louis Alberlsson et le duc Canut Porse, que le roi avait comblés de bienfaits et de faveurs : sévère leçon <^ qui enseigne aux princes combien il est plus sàr de s'appuyer sur Tamour des peuples que sur des courtisans liout les affections ont touie
fiT DE MOKWÊGK. 67
la fragilité et tonte rinconctance de la fonune.
Le but des révoliés était de chasser le roi et son fils, et de rompre tous les liens d obéissance qui les unissaient i ces princes. ËrilL fut pris et gardé à Hadersleben ; Christophe, après avoir ramassé tous les bijoiiK de la couronne, s'enluil dans le Mecklembourg, avec ses deux fils Waldemar ei Olhon. Wordingborg, citadelle très-fortiûéedans Tlle de Selaod y obéissait encore au roi ; ce fut sur cette place qn1l calculait les chancos de la possibilité d'un relonr; mais la u ahison du commandant la livi^a à ses ennemis. Les grands seigneurs qui avaient pris les armes contre lui, craignant qu'il ne revint avec des mercenaires étrangers, et connaissant d'ailleurs l'inconsiance du peuple, cherchèrent à s'appuyer sur des alliances; ils traitèrent avec le prince Waldemar et le comte Gerdt de Holstein ; ce dernier reçut le commandement en chef des forces danoises. r<hristophe reprit le château de Wordingborg sur les côtes de Seland^ mais bientôt, assiégé lui-même , il fut fort heureux de se tirer de ce mauvais pas par capilulation. Sur ces entrefaites, une diète fut convoquée à Nyborg, dans l'île de Fionie (1326). Waldemar y fut proclamé roi , et le conue Gerdi investi du duché de Sleswig^ en récompense de ses services. Les troubles intérieurs servent généralement de marchepied aux grands pour arriver aux honneurs et à la ibrume; c'est l'élément indispensabh^ ù l'aristocratie pour briser la liberté des peuples et le pouvoir des rois; les grands gagnèrent, dans cette circonstance , des provinces et des fiefs, et ne laissèrent au roi qu line ombre de puissance. Tandis qu ils travaillaient ainsi opiniàtrément à leiu's intérêts , et que le peuple commençait à voir que les dissentions ,
BI8T0IR1 08 DANBVAJIK
loin d'améliorer sa posUion, avaieni renda plo8 loard le poids de son oppression et de sa misère,
Canut i edoublait d'efiforts poiu ressaisirsa couronne. 11 s'adressa à l'empereur et aux princes^ ses démarches eurent du succès, surtout auprès de Louis de BrandenbouFf; et du roi de Bavière. 11 contracta une alliance avec le couiie Jean de Wai^i is (Holslein), el eut bientôt (1328) mis sur pied urie formidable armée. Il arrive devant Seland , et disperse les pay*^ sans qui veulent s'opposer à son débarquement. Le haut clergé s'était rallié à Christophe; Charles, archevêque de Lund, les évêques deRipea ei d Arus, ainsi qum grand nombre de nobles, avaient imité cet exemple. Christophe fui donc rétabli dans son pouvoir royal et dans la possession d'une partie des provinces danoises. Le malheureux pays avait ainsi trois rois : Christophe, son fils Erick et Waldemar de SIeswig ; mais tous trois n'étaient que des fan* tàmes de rois. Le comte Gerdt , en nantissement des avances qu'il avait faites, occupait les principaux châteaux et domaines , dans lesquels il avait mis des garnisons de mercenaires étrangers : le comte Jean gardait les lies de Laland , de Falster el de Seland ; Canut Porse était investi de tour le Halland, de Samsoe et de Kallundberg ; Lauriz Junassun l'était des îles Langeland et Arroe ; et Louis d'Eberstein avait la Scanle , qui passa bientàt aux mains du comte Jean pour revenir à la Suède. Ce dernier, par ses injmeiises possessions, était vérîtablemeiii roi, et plus puissant que Christophe, qui ne possédait que Scanderburg. La médiation de ce puissant allié ménagea entre Gerdt et le roi un traité qui n'enleva an premier rien de ce dont îl s'était emparé , mais (jui assurait du moins au dernier quelque tranquillité.
Et DB NOAWÉGfi. 69
Pai Lagé entre les seigneurs que nous venons de» nommer et atteint par les foudres de TÉgUse, le peuple gémissait sous une oppression qui devenait de plus en plus insupportable. Les paysans du lutland et les vns'^aux du duc de Holstein etdeSleswîî^ en étaient surtout aecablés. A la voix de Christophe, dant le caractère bouillant et inconstant se trouvait an milieu des troubles comme dans son élément, ils se révoltèrent, en réclamant Tassistance de ce prince, contre lequel naguère ils avaient pris les armes avec tant de fureur. Christophe, flatté de cet appel, y répondit avec empressement. A la téte de quelques troupes, il s'approcha de Sleswig pour en faire le siège; mais une réconcilîaiion eut lieu en 1,^30, et Waldemar renonça au titi e de roi. Christophe n'avait qu'un moyen pour rétablir son autorité \ c'était de laisser les grands vassaux de la couronne se combattre et s'affaiblir eux-mêmes Mais son esprit n'était pas fait pour adopter un parti si prudent. Les comtes Gerdt et Jean de Holstein en étant venus aux mains, Christophe se déclara pour ce dernier. Mais avant qu'il eut pu l'atteindre, son ennemi tomba sur lui et le mit en déroute complète à Loheide. Le cheval du fils de Christophe s'abattit , et le cavalier, transporté à Kiel , mourut des suites des fractures que sa chute avait occasionnées : il fut enterre à Ringsted.
Peu de temps après , il ne restait plus rien de la Scanie au Danemark. Nous avons vii que les inlri-» gues du comte Jean avaient réussi k réunir cette riche province à ses grandes possessions^ il la peupla d'employés holsteinois , qui ) étrangers à la langue , l'étaient également aux sentiments et aux intérêts de la population. Ces agents employèrent les exactions
70 HISTOIRE DE HAi^EMABK
pour s'enrichir. Eggert Brokdorp poussa les choses
si loin, que les paysans et les nobles résolureiil de s'en débarrasser. Ils prii eut les armes et sacrifièrent à leur vengeance tous les Holsteinois qui leur lom* bèrent sous la main. Trois cents fur^nl massacrés * dans la cathédrale de Lund. Mais le comte Jean était puissant, et la province, n ayant rien à espérer du roi Ghristopiic , s'adressa à celui de Suède. Un traité fut signé à Kalmar. L'archevêque Charles, le clergé et la noblesse reconnurent la suzeraineté de la Suède (ÎS32), et celle-ci versa entre les mains du comte Jean la somme qu il réclamait pour cette province. Christophe était tombé dans un tel mépris que deux de ses nobles osèrent le faire prisonnier, il ne survécut pas longtCDips à ce dernier malheur : il expira à Nykoeping, dans Tlle de Falster, et fut enterré à Soroe. • '
Après Christophe , il y eut un interrègne de sept ans. Privé de roi, le pays servit de ihëàue à l'ambition des princes étrangers. Voyant l'impossibilité . d'y asseoir solidement leur domination, ils ne cher^ chèrent qu'à épuiser les provinces. Le comte Gerdt s'empara de la direction des affaires et du titre de duc de Jntland. Pendant quatre ans la paÎK ne fut pas troublée^ caries deux fils de Christophe, Othonet Waldemar, n'osaient faire valoir leurs prétentions en face de la puissance du Holstein ; et lorsque le premier de ces princes parut avec des troupes pour réclamer la couronne, il fut fait prisonnier par Gerdt et en-> fermé au château de Segebert. Un autre préiaadant ne tarda pas à se mettre sur les rangs: c'étaitle prince Waldemar de Slesv^ig, qui avait déjà porté la couronne^ mais les Danois ne lui éiaieni pas attachés. Leurs regards étaient ûxés sur le troisième hls de
£T DE NORWKGfc. 71
Christophe) Waldemar» quilétait à la cour de rempercur. Après l'avoir appelé de leurs vœux^ ils le
maadèrenl par lettres. Les habitanis du Jutland se révoltèrent avant son arrivée; par un traité de partage entre le comte Gerdt et Waldemar-Sleswig, , eelui-ci avait cédé tout le Jutland au premier, qui s*en croyait maître. M le peiiple nila noblesse ne voulaieiil le reconnaître en cette qualité. Il se présenta avec une armée pour étouffer la révolte; il promena le pillage et rincendie partout où il trouva de la résistance. La haine et racharnement étaient à leur comble. Les Danois avaient toujours vu le comte Gerdt jouer un rôle important dans leurs dissensions. Tout ce qu'ils avalent souffert , ils Tattrlbuaient plus à ses intrigues et à son ambition qii^à riucapacité de leurs gouvernants. L'invasion qu'il fit dans le Jutland, où tout iQmbâit sous le fer ou la flamme , les jeta dans le dernier désespoir. Un patriote danois , persuadé que la mort de Gerdt était le seul remède au mal ^ résolut de se dévouer pour sa patrie : c'était Nils Ebbeson; accompagné d'une soixantaine d'hommes armés, il se rendit, en ÏTM^k Rangers* Le comte, surpris pendant son sommeil , fut tué avec deux de ses confidents. Sa mort répandit le deuil sur tous ses guerriers, qui se croyaient invincibles sous sa conduite; elle fut au contraire un sujet de joie pour les Danois , qui placèrent Nils Ebbeson au rang des héros de la liberté. Tout changea alors de face.
Waldemar III, nommé Aîterdag, occupa le trône après lui (1340). Ce prince avait été élevé à la cour de Tempereur Louis de Bavière , où il avait acquis toutes les qualités qui forment un grand prince. Les Danois, abattus par le malheur, le regardaient comme leur ancre de salut, et Tempereur^ qui Taimaiti en-
7â niSTOtftfi DE DANEMARK
• gagea le margrave Louis de Rraiidcnbourg et le duc Bogislaus de Poméraaie à seconder son avéneiuenl au trdoe de son père. Un traité fut conclu, par leur intervention , entre le comte de Holstein et Waldeniar de Sleswig. Olhon , seeond ûls de Christophe , fut mis en liberté, ù condition qu'il renoncerait à la couronne ; Waldemar de Sleswig abandonnait ses pré* tentions et promettait la main de sa sœur Hedwig au roi Waldemar avec une dot de 2^,000 marcs. Le roi ' promit de racheter au p!*ix de 76,000 marcs le Holstein et la Fionie , engagés aux ducs de Holstein) et de refuser sa protection aux meurtriers du comte Cerdt; cette convention, passée à Spadan, fut confirmée à Lubeck. Waldemar parvint ainsi à rentrer dans l'héritage paternel ; on peut dire qu^ii n'en recueillait que les débris; et cependant , à sa mort, il laissa son royaume aussi florissant quil l'avait trouvé débile. Il s'attacha d'abord à réunir toutes les parties de son royaume divisé. Porse n'était plus, Porse qui avait élevé sa puissance sur rabaissement de sa patrie. Cette raison parut suffisante an roi pour ne garder aucune mesure envers sa veuve. Il tenta d'aboid le sort des armes ^ mais voyant que les comtes de Holstein prenaient vivement le parti de la duchesse , il laissa à celle-ci , sa vie durant , le nord du Halland. Il lui fil restituer Kallundborg à la couronne. Cependant les comtes de Holstein occupaient encore les villes et les châteaux \ la haine que leur portaient les Danois mit les armes aui mains de ces derniers ; on n'entendait parler que d'incendies , d'assassinats, de pillages. Ce n'étaient que combats où chaque parti avait successivement l'avantage. Enfin , les Holsieinois, trop faibles en nombre, n'osèrent plus quitter leurs places fortes. Les opérations militaires n^en
ET DE i\Oli\Vi:CK.
ruinaient pas moins le pays. Waldcmar, dans ces conjonctures ^ cherchait à se faire des amis: il conclut Siwr Mngniis Smek, a VVurberg (la4o), un liailé par lequel rc dernier lui paya 8,000 marcs pour la Scanic.
La politique du roi n'avait qu'un but , c'était de débarrasser ses Étals de la présence des Hcristeiiiols; et il agit en conséquence, avec toute la prudence qui caraciërise uu homme d'État consommé. Là où la force était impuissante il faisait intervenir Targent. Il reprit tous les cbftteaux forts de 111e de Seland ; il rien restait plus qu'un, Wordingborg, engagé au comte Jean de Wagiis \ il le racheta pour 8,000 marcs* 11 sut gagner Tamiiié de son beau-frère Waldemar; en sorte que celui-ci le choisit pour tuteur de ses enfants, si la mort les privait de leur père. Personne n'éprouva autant de méconientemeni de cette alliance que les hls du comte Gerdt ; ils invitèrent le duc Waldemar à une cbasse en Fionie, se saisirent de sa personne , et le retinrent prisonnier dans la citadelle de ISyborg , jusqu'à ce qu'il eut rompu avec le rot. Lesgrandessommesqu'avait coulé le dégagementdes provinces et des places fortes nécessitèrent la levéede nouveaux imp6ts, qui firent naître d'abord des murmures et excitèrent enfin un^soulcveinc m. Waldemar vendit TEsthome à Tordre teulonique, moyennant 18,000 marcs. Il avait traversé lui-même la Baltique pour faire cette transaction ^ que plusieurs historiens ont voulu blâmer, mais qui était tout à fait conforme aux intérêts du Danemark ; car on ne tirait que de minces revenus de cette province, dont la défense était devenue très*difflcile , pour ne pas dire impossible, au milieu des circonstances dans lesquelles se trouvait le royaume depuis longtemps. Un reproche plus mérité que lui adresse Tbistoirei c'est d'être
HISTOIRE m DARBlliltK
parli pour la TenoSainle après avoir vendu Fësthonie, consumant ainsi ses ressources, et s'éloignant de son pays au moment où sa présence y était le plus nécessaire.
A son retour, Waldomar appliqua toute son attention aux affaires de la Suède , où la désunion s'était glissée entre Magnns Smek et son Sis Ërilt y et où le peuple éuui ( Il pleine révolte contre son roi. Le roi de Daneniai k ne pouvait oublier la perte de la Scanie, qu'il regardait avec raison comme un des plus beaux fleurons de sa couronne; et il employa avec succès tontes les ressources d'une habile politique pour tirer pnrti des circonstances. En fonu iiiaiu la discorde entre le père et le tils, il sut obtenir de Magnus la promesse de lui restituer cette province. Sous prétexte de défendre ce roi contre ses sujets révoltés , il entra en Scanie et s'empara de Helsingboi g. Il eut l'adresse de se faire remettre par Magnus tous les titres qui établissaient les droits delà Suède sur cette province, le Blekinget le Halland; après quoi il prit lui-même possession de ces pays. Cet événenient , qui acheva de perdre Magnus dans l esprit de ses sujets, eut lieu en 1^0. Mais ces succès ne suffisaient pas à Waldemar. Il s'empara de Tlle d'OEland , que les Sué-
dois lui repiirent bieiilùr : puis il dirigea ses forces contre celle de Goihiaud. Wisby, qui en était la capitale, était alors une des plus puissantes villes de la Baltique; elle faisait partie de la ligue hanséatique, qui y avait Tentrepôl de ses marchandises pour tout le commerce du Nord, et surtout pour relui de la Hussie* D immenses ricbesscs y étaient concentrées; ses lois étaient aussi renommées que son opulence, attestée encore par ses ruines. La ville indépendante ne voiUut pas se soumettre, et fut pmQ d'assaut.
ET IIB NORW£G£.
.huiiaib elle \m put se relever de ce nmp. Les vainqueurs CD lirèi eiil uu buiin incalculable. Coibland resta sous la domination danoise jusqu'à la paix de Bromsébro , en 16&5 , ou elle fut rendue à la Suède. L'argent qu'il rapporta de celte expédition ei les contributions que ses sujets ronii migrent à fui payer le mirent à même de racheter peu à peu les cbâleaux enpgës aux comtes de Hoistein* Il soumit le reste par les armes, dans le courant dépannées 1857 et 1558.
Les comtes de Holstein, s'étant brouillés avec le duc de Sleswig, envahirent son territoire et s emparèrent des Tilles de Tonnem et de Hadersleben, Le duché retevant de la couronne , le roi yint à son se* cours; mais il fut rappelé par une révolte des Jutlandais, qui, soutenus par les Holsteiuois, étaient entrés en Fionle , où ils avaient pris Odensée et mis le siège demnt Gambourg* Waldemar ne leur laissa pas le temps de se rendre maîtres de ce château. Il marcha * contre eux , et rencontra les comtes Jean et Clas de Holslcin, qui lui livrèrent bataille. L'ardeur était égale de part et d'autre. Glas perdit un œil , et fut fait prisonnier \ mais plus tard il parvînt à s^échapper. Quant à Jean , il périt avec 1 élite de sa noblesse. Le roi ne s'en tint pas là, et se rendit maître de Langeland et de Femem. La terreur de son nom agit si puissamment sur les révoltés , qu'ih demandèrent grâce. Les Holsieinois, doiu 1 orgueil venait de recevoir une rude leçon , ne songèrent pas de longtemps à troubler la tranquillité de son règne.
Le pouvoir de Waldemar, ainsi affermi à lin*» lérîeur, était menacé au dchoi s. Les pertes qu'avait fait essuyer aux villes hanséatiques la prise de Golhland et de Wisby, éveillaient constamment chez elles des désirs de vengeance. 11 entrait dans leur politique
76 iiiSïOiAË D£ DAIVEMARK
d'aflaiblir les royaumes du Nord ; leur îafluenoe et
leur prospérité commerciales n^avaîcnt eu qu'à gagner dans les guerres civiles auxquelles res pays étaient en proie* Le vrai but de Tattaque qu elles voulaient diriger contre Waldemar était de Tempécher de codsolider la puissance du Danemark. Mats avant de prendre les armes, elles s'assurèrent Talliance du roi de Suéde et de son iîls Hakon , de Henri de Uolstein, de Henri de Mecidembourg et d'autres princes , qui voyaient d'un œil d'envie Taccroissement de la puissance de Waldemar. En 1361 elles aimèrent une Hotte , dont elles doiiuèreDt le commandement au comte Henri, fils de Gerhard le Grand, et à un bourgmestre (probablement celui de Lubeck), Jean Wiitcnbi rg. Le Danemark n'avait pas encore eu à lutter contre une alliance aussi formidable, et il ne fallait pas moins qu'un roi comme Waldemar pour conjurer l'orage. La flotte ennemie envabit d'abord le Sund , prit Copenhague et son château, et se porta ensuite devant llelsingborg. Les troupes furent débarquées pour accélérer les opérations* Mais Waldemar, voyant les vaisseaux dégarnis, attaqua la flotte , prit six des meifleurs bâtiments , et coula à lûiid ou brûla les au! res. L alarme saisit le camp ennemi, et les alliés se jetèrent dans leurs vaisseaux pour regagner Lubeck«Un armistice fut conclu (iâ6â). Il ne dura qu'une année , après laquelle les villes hanséaliques reuouveleieiit les liosûlilés. Le roi essaya aussitôt de désarmer les viiies, surtout celles des côtes de la Baltique , et il y parvint par la médiation de Bamin, duc de Poméranie.
£n même temps , Waldemar travaillait à fonder son influence enNoi wége. Magnus Smek avait deux fils, dont 1 un, Uakon, roi de r^iorwége, devait, sui-
vont une convention entre son père et Waldemar ,
épouser la princesse Marguerite , fille de ce dernier. Il préparait ainsi la réunion des deux couronnes 5 mais le parti que Magnus avâit contre lui , en Suède, el à la téte duquel était son propre fils Ërik , regardait Waldemar comme le plus dangereux ennemi de la Suède, et s'opposaii à cette alliance. Elle fut donc rompue , et l'on en projeta une autre avec la comtesse Élisabeth, (ille de Gerhard le Grand. Mais, dans la traversée , elle fut jetée sur les cAtes de Se-* land, et retenue par Waldemar, j nsqu'à ce que 1 union de Hakon et de Marguerite eût été consommée. Le chagrin qu'Élisabeth ressentit de cet affront, lui fit prendre le voile dans le couvent de Wadstena. Le mariage de Hakon fit en Suède une profonde sensation, qui se traduisit en une haine violente contre Magnus. Un parti puissant appela le prince Âlhert de Mecklembourg, et le nomma roi (iS64)* Magnus fut défait et pris dans une bataille quil livra à son rival. Malgré ce revers, le nouveau roi crut devoir vivre en paix avec le Danemark, et une alliance formée en 1^66 en fot le gage* Waldemar gardait nie de Gothiand , la citadelle d'Elfsborg et la moitié
de l'île d'Hisengen.
Le règne de Waldemar ne présente jusqu'ici qu'une série non interrompue de succès; on doit les attri«buer plutôt à la sagesse de ses combinaisons politiques qu'au hasard de la fortune. 11 est vrai qu'entouré d'eiineuiis, il fut souvent contraint d'employer la violence pour les écarter, et que, pour racheter des provinces et des châteaux , il eut recours à des contributions qu'il faisait lever impitoyablement. D'abord un méron lentement secret et de sourds murmures protestèrent seuls contre Toppression de ces
charges, qui excitèrent eaiin une rébellion sérieuse. Elle éclata en 1368 ; ce furent des nobles du Jutland qui donnèrent l'exemple : ils s*allièrent aux comtes
de Holstein et aux villes haoséatiques, et même au i oi de Suède Albert. La ligue prenait donc un caractère redoutable \ le royaume n'était menacé de rien moins que d'une dissolution complète; car Albert devait garder tout ce qu'il pourrait conquérir en Scanie et dans rîle de Cothland ; les îles de Seland , de Felsfer et les petites iles étaient promises au duc de Mecklembourg ; celles de Flonie ^ de Langeland et de Laland , ainsi que le Jutland ^ étaient assurées aux comtes de Holstein. Quant nnx villes hanséatiques, eJlesdevaieut jouir de grands privilèges commerciaux dans ces provinces* Waldemar , ne voyant aucun moyen de conjurer Forage, abandonna ses États pour chercher auprès des princes étrangers un appui qu'il ne trouvait pas dans l'attachement de ses sujets. Il nomma pour régent , pendant son absence , avec autorisation de négocier, Henning Podebuscb, maréchal du royaume. Celui-ci parvint en effet (1370) à faire la paix avec les villes hanséatiques , à condition qu'elles garderaient la Scanie pendant ans, comme dédommagement des pertes que leur avait fait essuyer la conquête du Gothiand par Waldemar. Le roi s'adressa au pape, et visita Tempereur Charles IV , auquel il se plaignit de la conduite de ses siyets. Mais la paix faite avec la ligue banséatique, sa plus redoutable ennemie, et le pardon qu'il promit aux séditieux, levaient tous les obstacles qui eussent pu s'opposer à son retour. 11 régna donc jusqu en 1375 , époque où la mort vint le frapper dans im de ses châteaux , près de Wordingborg. La sa-gesse dont il avait fait preuve lui mérita le nom de
ET DS SOaWÉGB. 79
Salomon da Danemark; tant de eombats, tant de
batailles on il conduisît ses ^iierriers , ont mis sa bravoure hors de doute ; personne ae l'égalait en vivacité ^ en hardiesse , en présence d'esprit ; sa pensée était partout. La prospérité n^enfla pas son orgueil, comme la mauvaise fortune n'abattit pas son courage. Son épouse Edwig lui donna deu\ fils, qui moururent avant Tâge inur, et plusieurs filles, comme Ingeborg, Catherine et la célèbre Marguerite, qui réunit plus tard sur sa tôte les trois couronnes du Nord. Ses re«^t(^s reposent h S(l!"o(^ Son règne fut marqué par la grande peste (peste noire), qui, iraversant l'Europe, vint s'abattre sur le Danemark (iS50), et par un déluge (1363) occasionné par des tempêtes, qui renverscient les digues et détruisirent, sur les côtes occidentales de Sleswigi plus de 30 paroisses avec leurs églises.
Après sa mort , les états étaient indécis sur le choix de son successeur; enfin, 01ausV,fds de Hakon, réunit leurs suffrages (i;576;. Comme il n'avait que douze ans , sa mère Ini fut donnée pour régente. Quatre ans après, la mort de son père mit sur sa tête la couronne de Norwege. 11 n'en jouit pas longtemps, car en 1387 la mort trancha ses jours. Avec lui s'éteignit Tancienue race des rois du Nord.
Digiii^u
HISTOIRE DE DAMëMAHK