CHAPITRE IV
MARGUBRITE,
Cette reine, qu'on a surnommée la Sémiramîs du Nord, est surtout remarquable par la réunion des trois sceptres entre ses mains (1387). Elle en était l'aniqae héritière , après l'extinction , en Norwége et en Danemark , des races royales en ligne masculine : Tune par la mort de Waldemar; l'autre par celle d Oiaus, fils de Magnus* Nous avons vu que Magnus avait été déposé et remplacé par Albert. Le nouveau rot ne tarda pas à s^aliéner aussi les grands. Entouré d'Allemands, il heurta les préjugés du peupie et écarta les grandes familles, alors plus puissantes que jamais. Quelques paroles imprudentes qui lui étaient échappées avaient blessé Torgueil de la reine Marguerite , et les mécontents songèrent à mettre à profit Tanimosiié q?ii en résulta. L'esprit rusé de Marguerite ne se laissa pas pénétrer : elle se souciait peu , disait-elle , de se mêler des affaires de la Suède. Les ouvertures que lui firent les mécontents furent reçues avec froideur, afin qu'ils revinssent à la charge, et qu'ils pliassent leurs projets à sa volonté. Lorsqu'ils se furent soumis à toutes les conditions qu'il lui plut de leur dicter^ et qu'ils l'eurent reconnue pour leur reine , elle leur promit de les soutenir de tout son pouvoir. La plus haute no* blesse lui prêta serment et lui livra les châteaux ;
ET D£ MORWÉGB.
Erik Keilsûn, connétable du royaume^ se déclara également pour elle. Malgré ce parti puissant, il ne lut était guère possible de monter sur le tr6&e sans
employer la force des armes; car Albert pouvait encore disposer d une ioriDidable armée , composée en ptmde partie d'Allemands. L'armée danoise et ttorwëgienne , recrutée dans tous les mécontents , pénétra en Suède. Albert courut à sa renconti'e. Les deux armées en vinrent aux mains dans les ( hamps de Falkoeping, en Veslrogolliie , le 21 septembre 1388. Le son se déclara en faveur de la reine. Albert et son fils Erik tombèrent en son pouvoir. Marguebrîte était à Wordingorg, dans 1 île de Seland, quand elle reçut la nouvelle de cette victoire. Elle se rendit à Bohus; on y conduisit le malheureux Albert, qui Alt transféré plus tard au château' de Lindholm , en Scanie , ou il subit pendaiu sept ans une captivité rigoureuse. La Suède entière reconnut l'autorité de Marguerite. Stockholm , qui avait une forte gamisoU) et quelques châteaux résistèrent seuls avec succès. 11 se forma dans ce même temps une bande de pirates ou de llibusiiers , connus sous le nom de Fictualii'Broeder (frères de victuailles), parce qu'ils fournissaient des vivres à Stockholm.
Marguerite, n'ayant pas d'enfants, choiritpour lui succéder son neveu , Henri de Poméranie , à qui elle ût prendre le nom d^Erik. Ce prince fut proclamé roi de Suède, sur la pierre de Mora, en 1396, et un an après, souverain des trois royaumes, dont la réunion fut décidée à Kalmar.
En 1^95 , Albert avait ï acheté sa liberté par une forte rançon. Trois ans plus tard , il ordonna de livrer à la reine la capitale de la Suède. Le pouvoir de Marguerite se trouvait ainsi solidement assis. L'île
Digiii^u
HISTOlRfi i>fi BAMBMARIL
(le Gothland , qui , pendant la guerre des villes hanséatiques avec Waldemar, étail devenue possession suédoise 9 et qu^ Albert avait engagée aux chevaliers de Prusse , fut reprise et réunie aux trois couronnes (1398). La prudence pi eisidaii aux: actes d^^ Mai guérite. Les Suédois , tout en se plaignant d'être surchargés d^impôts f pour lesquels les Danois étaient favorisés j n'en restèrent pas moins tranquilles. Erik se montra peu reconnaissant envers sa tante-, son imprudence faisait prévoir les fautes qui devaient signaler son règne et causer sa chute. Ses querelles avec le Holstein préludèrent à la défaite de ses troupes dans les champs de Soldorp (1410). Il Gt décapiter le favori de la reine, Abraham L^roderson, accusé de quelques actes de violence , mais dont le véritable crime était la haute faveur dont il jouissait auprès de la reine. Marguerite mourut, dit- on , de la peste , le 28 octobre 1412, au moment où elle se disposait à se rendre de Flensbourg en Danemark. Les annales de ce royaume et celles de Norwége la peignent sous les couleurs les plus flatteuses , entourée de Famour et du respect de ses peuples. Les historiens suédois ne confumeni pas ce jugement; ils la regardent comme la cause des fautes qui , sous le règne suivant, devaient relâcher Tunité, encore faible, des trois royaumes. Le monument que lui lit ériger £rik Xlil se voit dans la cathédrale de Hoskild.