CHAPITRE IX
DANTE, JOSQu'aLORS APPELE LE POÈTE, EST OBLIGÉ DE DESCENDS E SUR LA PLACE PUBLIQUE. SCENES VIOLENTES A PISE. U60L1N DE LA GHERARDESCA EST CONDAMNÉ A MOURIR DE FAIM DANS UNE PRISON AVEC DEUX DE SES FILS ET TROIS DE SES NEVEUX. l'aRCHEVÊQUE DE PISE RUGGIERI EST APPELÉ A ROME OU IL EST CONDAMNÉ PAR CONTUMACE. CHARLES-MARTEL , FILS DE CHARLES II , ROI DE LA FOUILLE , ACCORDE SON AMITIÉ A DANTE. BATAILLE DE CAM- PALDINO OU DANTE ÉTOIT PRÉSENT. d'aBORD IL A PEUR, PUIS IL CONTRIBUE A LA VICTOIRE PAR SON COURAGE. SlÉGE DE CAPRONA. FRANÇOISE DE RIMINI ET PAUL MALATESTA TUÉS FAR JEAN MALA- TESTA. RÉFLEXION PROFONDE ET PATRIOTIQOE DE M. LE COMTE IROÏA. DANTE ÉPOUSE GEMMA, DE LA FAMILLE DES DONATI. CONSÉQUENCES DE CE MARIAGE.
Dante étoit appelé le poeie; mais sa famille ne se contentoit pas de cette illustration, alors stérile ; elle croyoit qu^il devoit penser à entrer dans les affaires du gouvernement, comme les autres citoyens. Dante ne possédoit pas de grandes richesses ; cependant il pouvoit vivre avec aisance. Il avoit pu faire les dépenses du voyage à Bologne et à Padoue. Sa maison étoit voisine de celle de messer Bello, un de ses consorti^ qui recherchoit sa société. Il avoit quelques biens-fonds à Camerata et près de Plaisance. Luimême nous apprend qu^il étoit propriétaire d^effets mobiliers précieux ; aussi imaginoit-il être en droit de rester libre. Il cultivoit ensemble la poésie et les
sciences qu^on lui avoit enseignées ; les souvenirs de Tamour brûlant qu^il avoit éprouvé le plongeoient quelquefois dans une douleur qu^il aimoit, quoiqu'elle fût amère. Alors il commença un poème latin quMl avoit Fintention dMntituler T Enfer: Thistoire a recueilli peu de détails sur ces premiers travaux sérieux. Il paroit que la famille insista pour que Dante fréquentât les réunions politiques de sa caste, et il comraençoit à ne plus témoigner tant de répugnance.
Telles étoient les occupations, les incertitudes, et la vie comme abandonnée de Dante, lorsqu'il fut contraint de descendre sur la place publique.
Nous allons tâcher de faire comprendre avec exactitude Dante, ses travaux et ses malheurs. Déjà s'approchoient de lui les années d'action politique. Florence et une partie de la Toscane étoient absolument guelfes. Pise demeuroit dans sa constance gibeline. Après avoir soutenu une longue guerre contre Gênes guelfe et son ancienne rivale, Pise avoit perdu la bataille navale de la Meloria en 1284* La puissance de la mer échut à Gènes la victorieuse, et, sur terre, Florence et Lucques attaquèrent la ville gibeline épuisée. La guerre finit comme finissoient alors les guerres, par un changement de faction dans la ville la plus foible que venoient assaillir en même temps ceux de ses propres citoyens qu'elle avoit exilés. En 1285, le comte Ugolin de la Gherardesca, de l'une de ces familles riches qui, de seigneurs feudataires, étoient devenus guerriers puissans, auparavant gibelin et depuis quelque temps guelfe, excita une émeute dans la ville et fit abattre les couleurs gibelines ; puis il conclut la paix avec Lucques et Florence, après leur avoir cédé plusieurs bourgs du territoire de Pise. Alors il se fit nommer à la fois capitano e podestà
commandant les forces du comunej et fiit considéré comme un des principaux chefs guelfes en Toscane. Quelques années après, les guelfes pisans et la famille même d'Ugolin se divisèrent en fractions de partis. Nino Visconti, fils de la fille d^Ugolin et juge de Gallura en Sardaigne (on n^ignore pas que les Giudicati étoient les noms des province pisanes dans cette île), se révolta contre son aieul en entraînant avec lui les guelfes les plus exagérés (i). Ugolin, tantôt gibelin, tantôt guelfe, mais qui, dans son cœur, probablement n^étoit ni Tun ni Tautre, se rapprocha des Gualandi, des Sismondî et des Lanfranchi, gibelins, et de Farchevêque Ruggieri degli Ubaldini du Mugello. Nino de Gallura et sa fraction de guelfes furent chassés de la ville, et Ugolin proclamé seigneur de Pise. Mais bientôt, ainsi qu^il arrive à ceux qui s'approchent d^un parti auquel ils n^appartiennent pas décidément, Ugolin devint odieux et suspect à Ruggieri, aux trois familles nommées cidessus, et à tout le parti gibelin. Le peuple assaillit Ugolin avec fureur, le saisit et Tenferma dans la tour des Gualandi, aile sette vie^ avec deux de ses fils, Gaddo et Uguccione, et avec trois neveux ; ces neveux étoient, d^abord, Ugolin, dit ilBrigata^ et Arrigo, tous deux fils de Guelfo un de ses autres fils , et d^Hélène de Souabe , fille de Enzo, roi de Sardaigne (tant étoit grande la splendeur de la famille Gherardesca) ; et enfin Anselmuccio, fils de Lotto, dernier fils d^un autre Ugolin prisonnier à Gênes depuis le combat de la Meloria.
Ruggieri resta chef du comune avec le titre de podestat pendant cinq mois; après ce terme, il résigna
(i) BalbOy tom. 1 , pag. i33.
ce poste à Gautier de Branforte. Ce dernier eut pour successeur Guido de Montefeltro , puissant seigneur gibelin de la Romagne , que les guelfes en avoient chassé, et qui étoit alors confiné à Asti. Le nouveau podesià arriva avec une colère de banni, et le 12 mars 1289 il fit fermer la porte de la tour où étoient enfermés depuis neuf mois le vieux Ugolin et les cinq jeunes gens ses fils et ses neveux : on jeta ensuite les clefs dans FArno.
Ainsi tous moururentde faim. « Les Pisans, dit Vilce lani, partout où Ton a connu cette af&euse sentence, M furent accusés de cruauté, non pas à cause du comte, <i qui par ses trahisons pouvoit avoir mérité la mort , « mais i cause de ses fils et de ses neveux, qui étoient « jeunes et innocens. » Nous dirons de plus qu\in historien récent a découvert, après cinq siècles , une erreur de Villani relativement à Tâge des enfans et des neveux d^Ugolin. L^archevèque Roger fut appelé trois fois pour comparoitre devant les tribunaux de Rome, et il y fut condamné par contumace. A cette époque, avec plus ou moins de vérité dans les détails , Dante apprenoit ce crime horrible , et son cœur en étoit indigné. Nous verrons quelle impression profonde d^horreur ce jugenient produisit dans Tesprit guelfe d^Alighieri, et si, devenu lui-même gibelin , il pardonnera à cette faction une si épouvantable barbarie.
Il y a ici , dans les récits de M. Balbo , une expression singulièrement pittoresque : - « Autour de Dante •c s^amonceloient ( ^affoUa^ano ) les personnages de « ses chants à venir. »
Charles Y^ d^ Anjou, roi de la Pouille , mort depuis 1285, a voit désigné pour successeur soii fils Charles II : mais ce dernier prince n^avoit pas pu succéder de fait , parce qu^il étoit prisonnier de son rival , le
roi d^ Aragon. Délivré par suite de négociations, il passa par Paris pour venir d^abord à Florence , où il entra le 2 mai 128g. Il étoit accompagné de son fils aine Charles Martel , qui hérita ensuite par sa mère du royaume de Hongrie ; mais , étant mort de bonne heure, Charles ne parvint pas au trône de son père. Martel ne resta que peu de temps à Florence : il parait que le poète lui fut présenté , probablement par Brunetto Latini, et qu'il reçut de ce prince des témoignages de sincère affection. Elle s^augmenta pendant les ambassades subséquentes de Dante à Naples , et devint plus tendre et plus constante qu^il n^arrive ordinairement entre les princes et les particuliers. Les grands ont souvent une sorte d^instinct qui les rapproche des poètes , ces faciles dispensateurs de Timmortalité.
Les' gibelins d^Arezzo ayant menacé de fermer le passage au roi Charles II , les Florentins lui donnèrent une escorte de huit cents chevaux et de trois mille hommes d^infanterie. Il est sûr que Dante se joignit à ce corps d^armée , et nous avons ici Tépoque précise de ses premiers services militaires , qui d'ailleurs durèrent alors peu de jours.
Arezzo , guelfe comme le reste 'de la Toscane jusqu'en 1287, s'étoit donné aux gibelins à l'instigation de son évêque Guglielmo d^Ubertino de^ Pazzi, lequel y avoit établi comme capitano Buonconte , fils de ce Guido de Montefeltro, que nous avons vu momentanément/7o^^/à gibelin à Pise. 'Arezzo se trouvoit un centre de gibelins , et , selon l'usage , les guelfes qui venoient dVn sortir étoient venus aider les Florentins. On délibéra long- temps à Florence pour savoir si Ton devoit attaquer les Arétins ; on se demandoit par quelle voie on commenceroit l'attaque. Il fut résolu
quèoe seroit par le Casentin. Après cette décision, les Florentins acceptèrent Talliance de Bologne , de LucqaesetdePistoie, qui envoyèrent chacune deux cents cavaliers, dont on nomma Capitcmo messer Corso DonaU, noble floi*entin.
Avec de teb secours, les troupes de Florence se mirent en marche et arrivèrent à Campaldino , où elles rencontrèrent les ennemis. On se rangea en bataille : les pals^esi , ainsi appelés du nom de leurs boucliers au lis de gueules en champ d'argent , firent front. 11 arriva que Févêque d^Arezzo, qui avoit la vue courte, demanda : « Quelles sont ces murailles ? »> On lui répondit : « Ce sont les palvesi de Fennemi. » Le combat s^engagea avec fureur. Messer Corso Donati prit les Arétins en flanc; le comte Buonconle de Montefeltro, après avoir combattu vaillamment, se retira le premier. Cette bataille fut livrée le 1 1 juin 1 28g ; Dante y assistoit. Voici ce que Léonard d^Arezzo dit de Dante au sujet du combat de Campaldino : <( Il « combattit à cheval sur la première ligne, et il coûte rut de grands dangers. » Ce fut la cavalerie qui engagea IWaire; les Arétins se présentèrent avec tant d^impétuosité, qu^ils rompirent la ligne des cavaliers florentins : ceux-ci furent contraints de fuir, pour se reformer à Taide de Tinfanterie qui vint les soutenir* Ce premier avantage des cavaliers d^Arezzo fit perdre la bataille à leur armée. Enhardis par la fuite de la cavalerie florentine, les Ai*étins la poui*sui virent avec tant d^ardeur et de témérité, que la ligne d^infanterie d^Arezzo se trouva trop éloignée pour protéger les siens. Les cavaliers florentins se rallièrent, ne formèrent qu^un corps avec leur infanterie, attaquèrent séparément les cavaliers d^Arezzo , les renversèrent , et vinrent ensuite assaillir Tinfanterie ennemie. On n
une lettre de Dante où il décrit les manœuvres^ de cette bataille ; dans cette lettre, datée de i3oo, il dit :
c( Il s^est écoulé dix ans depuis la campagne de H Campaldino, dans laquelle le parti gibelin fut prèsu que tout défait et tué. Je m^ trouvai sous les ara mes ; je n^étois pas trop enfant. nTeus une grande <c peur {ebbi temenza molta)^ et, à la fin, une grande n joie à la suite àes diverses circonstances de la baa taille. » Un autre poète a fait le même aveu ; Ho* race dit : <( Relîctd non bene parmuld. » Dante n^est pas moins franc que le poète latin , et nous voyons quHl avoit plus de courage. On croit qu'il étoit sous les ordres de Vî^i de^ Cerchi , et qu^il avoit sollicité rhonneur de faire partie du nombre àzsfedàorij c^està-dire de ceux qui blesseroient Tennemi les premiers. U faut bien convenir que la temenza molta survint quand les cavaliers furent re poussés avec tant d^im* pétuosité ; mais lorsque les cavaliers se reformèrent , il fut sans doute un de ceux qui rompirent d^abord la cavalerie ennemie , et qui ensuite contribuèrent à la victoire.
Plus tard Dante assista , dans une guerre contre Pise, à la réduction de la citadelle de Caprona.
Toutes ces circonstances prenoient place dans les souvenirs de Dante, que depuis long-temps , ainsi que nous le savons, on appeloit le poète f un autre fait vint augmenter cette noble moisson qui devoit un jour devenir une si féconde source de gloire.
Dans Tarmée florentine qui combattoit à Campaidino, puis à Caprona, se trouvoit Bernardino de Polenta, fils de Guido da Polenta, principal citoyen, seigneur ou tyran de Ka venue.
La fille de Guido, sœur de Bernardino, avoit été mariée à Tàge de douze ans à Jean , fils aine de Mala-
testa de Verruchio, puissant seigneur guelfe, auparavant vicaire du roi Charles à Florence, et alors podestà deBimini. Jean étoit boiteux , négligé dans le soin de sa personne, et ne plaisoit pas à sa jeune épouse. 11 avoit un frère nommé Paul , agréable , dit Benvenuto, toutTopposé de son frère Jean. Le beau- frère et la belle-sœur s^éprirent Ôlmh amour réciproque. Bocace rapporte que Paul avoit dû épouser Francesca, mais qu^on lui fit épouser Jean en la trompant. En 128g Malatesta, Jean et Paul ses fils, et Francesca sa belle-fille , étoient bannis de Bimini , et s^étoient réfugiés à Pesaro. Dans les tristesses de Texil , Paul commençoit ou continuoit, dit Bocace , ses soins empressés auprès de Francesca. Bocace cherche à excu* ser cet amour coupable. Les amans, trahis par un serviteur, furent surpris ; Jean les perça Fun et Faùtre de son épée. Dante retrouvera, pour chanter leur malheur , cette verve, ardente , tendre et naïve qui Fanimoit à onze ans, après les premiers temps de sa passion pour Béatrix.
La sœur de Bemardino, ami de guerre de Dante , a reçu du poète Timmortalité qu^il a imprimée à ses ouvrages. On ne sait pas communément que les Malatesta, ayant été rappelés à Bimini, on y porta les corps des deux amans ; ils furent inhumés ensemble, et deux siècles après, on retrouva encore entiers les vêtemens de soie dans lesquels ils furent ensevelis.
M. le comte Troya, auteur du Feltro (1), dit avec une profonde sagacité : <( Voilà que seulement en six H mois le sort offre à Dante le double argument sur « lequel repose une si haute renommée de la langue « italienne. Auprès de toutes les nations , Ugolin et
(i) Del FeUro allegorico di Dante, iii-8^. Florence, Moliiii , i8aG ^ pag. 33.
(c Francesca jouissent d^une célébrité immortelle, m Si nous en croyons le commentateur Buti, Dante auroit pris l'habit de saint François vers cette époque, et même, suivant d^autres, dans un âge moins avancé. Beaucoup de biographes ne parlent pas de ce fait : ce qui est certain, c^est qu^il demanda à être enterré revêtu de cet habit. Il y a peut-être eu quelque confusion dans les souvenirs de Buti qui écrivoit soixante ans après la mort de Dante. U ne parle pas de cette première cii*constance dans sa Vita Nuo^a; elle étoit adressée à Guido Cavalcanti qui avoit encouragé les essais du poète, et qu'il appeloit son premier ami. On se rappelle avoir vu à la fin de la VUa Nuoi^a que Dante espère pouvoir dire de Béatrix ce qu^on n^a jamais dit de personne. Il est donc permis de croire qu^à cette époque il avoit composé plusieurs fragmens du poème de TEnfer. Il y est question de Béatrix qui dit à Virgile, chant 2, de cette cantica :
lo son Béatrice che ti faccio andare.
Mais on n^a pas de certitude positive à cet égard.
Une dame consolatrice avoit pu se glisser à travers les préoccupations de Dante pour la gentilissima donna. Les habitudes de la vie de guerre a voient dû apporter dans ce cœur passionné des distractions diverses. Nous n^avons pas été guidés ici, ni même aidés par ses propres paroles, livrés que nous sommes à la discrétion des biographes : mais on ne peut méconnoitre dans leurs rapports une foule de vérités historiques qui concernent Dante très-directement, et qui permettent de continuer nos récits.
Nous approchons de Fépoque où Dante se maria. La date exacte nVst pas connue , mais ce ne peut pas
être avant 1292. Le mariage ne peut pas non plus être porté à une date beaucoup plus reculée , car le poète, quand il quitta Florence en i3oo, y laissa sa femme avec six garçons et une fille. Les fils s^appeloient Pierre , Jacques , Gabriel , Aligero , Eliseo et Bernard ; la fille s^appeloit Béatrix. La femme de Dante, €^mma, étoit fille de Manetto de'Donati, famille noble et puissante , qui avoit pour chef messer Corso que nous avons vu capitano à la bataille de Campaldino. Bocace assure que les parens et les consorti de Dante le voyant dans un état alarmant de tristesse et de consomption, et remarquant en lui le dégoût de la vie, le pressèrent de se marier. Quelques écrivains ont représenté Gemma comme une nouvelle Xantippe. On s^est fondé sans doute sur quelques plaisanteries de Bocace plaignant le sort des hommes qui se marient. Il est difficile cependant de chercher les querelles d^un mauvais ménage, là où, en moins de huit ans, une femme a donné sept enfans à son époux. Dante a gardé le silence sur Gemma ; mais les devoirs du mariage pouvoient-ils s'^allier avec les souvenirs profanes qui vont occuper exclusivement le poète? Où placer les délices de la vie domestique, dans cette habitude de contemplation et de félicité métaphysique? Nous chercherons et nous trouverons sans doute des occasions de prouver que Gemma fut une femme tendre , fidèle et dévouée ; et si , après Fexil, elle n^a plus vu son époux, il sera peut-être reconnu que ses ordres Font retenue à Florence , et quMl étoit utile aux espérances de retour de Pexilé, que sa maison fût habitée par sa femme et par quelquesuns de ses enfans.
Dante s^attacha d^une sincère amitié à Forèse, frère de messer Corso, et à Piccarda sa sœur. Quelques dé-
tails fonmu par Dante nous apprendront si Forèse mérita toujours Testîme de ses concitoyens.
Corso Donati, chef de la famille de ce nom, appelé i7 barone à cause de son orgueil , marié à une sœur de Viéri de^ Cerchi, dont il devint plus tard Tennemi, avoit aussi juré une haine implacable à Guîdo Cavalcanti , premier ami de Dante. Celui-ci ne manifesta pas d'hésitation entre les intérêts de Gemma de^ Donati et ceux de Guido, et fut fidèle à Tamitié.
Dante, Tun des nobles de Floience, avoit cependant éprouvé de la joie de se voir allié aux Donati , d^ane noblesse supérieure à la sienne : mais quoiqu'il fût devenu un de ses consorti, il ne pardonnoit pas à Corso ses hauteurs et ses prépotences.
De ces circonstances il devoit résulter pour Dante un abîme de douleurs, de peines, de mécomptes, dont Talliance avec Gemma étoit la cause, mais la cause innocente.