‹ Histoire de Dante AlighieriChapitre 19 sur 52 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

DANTE SE REFUGIE A SIENNE , PUIS A AREZZO. IL SE U£ DE TENDRE AMITIÉ AVEC UOUCCIONE DELLA FAGGIOLA* LES GIBELINS SE DIVI- SENT EN SECCRIET EN VBRDL DANTE SE REND A BOLOGNE, A FORU. GUILLAUME DE NOGARET. VAINE TENTATIVE DES GIBEUNS CONTRE LES GUELFES. DANTE SE RÉFUGIE A VERONE. IL RENONCE A l'idEE DE COMPOSER SON GBAND POEME EN LATIN , ET IL ENTREPREND DE LE COMPOSER EN LANGUE VULGAIRE. ANALYSE DE l'oUVRAGE DE DANTE , INTITULÉ : IL CONTITO, LE BANQUET. CE LIVRE n'a AUCUN RAPPORT AVEC LE BANQUBTtiE PLATON. DANTE SOUTIENT BT PROUVE qu'il EST QUELQUEFOIS PERMIS DE PARLER DE SOI. IL PROCLAME l'iMMORTAXITÉ DE l'aMB. OPINIONS DE DANTE SUR LA GAZASSIA ou LA VOIE LACTÉE.

Jb reprends le cours de la vie , des malheurs et de la gloire de Dante.

LorsquHl fîit décidé sans pitié qu^il ne pouvoit plus rester à Florence , il vint à Sienne. Cette ville recueilloit avec assez de bienveillance les bannis de Florence^

Cependant les réfugiés à Sienne , ville trop voisiné de Rome pour n^étre pas plus guelfe que gibeline , furent obligés de se retirer. Dante partit pour Arezzo , où il trouva des gibelins. Quelque temps le guelfe blanc persiste dans une couleur d^opinion qui n^admettoit pas les sentimens exclusifs des gibelins ; mais ceux - ci étoient les seuls qui prissent un intérêt soutenu aux réclamations des blancs. Le

parti noir ne cessoit de déclarer que ce qui n^étoit pas avec lui, étoit gibelin. Dante devint gibelin par force , par nécessité , par gratitude , et sans doute par suite de cette disposition politique qu^il nourrissoit en lui , et qui le portoit à examiner avec plus de réflexion^ quelles avoient été les générosités im^ pénales ^ les exigences des municipes, et enfin, ce qu^étoient devenus les droits , les prétentions des anciens partis guelfe et gibelin.

Le gouvernement d^Arezzo se maintenoit gibelin ; son enceinte , savamment fortifiée , donnoit la main aux remparts des gibelins de la Romagne , à ceux de Forli , aux tours des comtes de Montefeltro et des seigneurs de la Faggiola. Un de ces derniers, Uguccione, étoit podestà d'^Arezzo. Il avoit commencé à se faire un nom parmi les gibelins vers Tannée 1275. On parloit dans toute Fltalie du courage de ce guerrier , de sa force. Seul, il soutenoit d^une voix formidable Fimpétuosité d'aune armée. Il rétablissoit les combats incertains (1). Il avoit besoin d'^armes dUnn volume immense pour couvrir son vaste corps. On disoit quHl lui falloit une incroyable quantité d^alimens. A ce portrait, ne croiroit-on pas qu^il s^agit à^im joueur de couteaux , d^un gladiateur ? Mais en même temps on assure que sa figure étoit douce , et que , malgré cette robuste corpulence et les habitudes qu^elle impose , il avoit un parler poli et spirituel , il ai*moit les lettres. Il connoissoit Dante de réputation , il lui tendit son gantelet, lui o£Brit son amitié, et, avec la firanchise d^un soldat , il lui jura une affection qui seroit étemelle.

Les bons traitemens diminuent, mais ne détrui-

(1) Fêliro, pag. aa.

sent pas la douleur. On croit que c^est à cette première époque de Texil de Dante qu'ail faut rapporter la lettre latine ^ aujourd'^hui perdue , dans laquelle Texilé demande ce qu^il a Êiit à son peuple. Popule meus j quidjèci tibi (i) ?

M. Troya donne des détails sur une nuance distincte du parti auquel appartenoit Uguccione. De même que les guelfes étoient divisés en blancs et en noirs , de même les gibelins n Woient pas tous montré la même àpreté dans leur préventions en faveur de Fempire. Les rigides partisans des gibelins s'^appeloient i secchi. Leurs chefs les plus décidés étoient les Tarlali de Pietramala. Les gibelins dont Uguccione étoit chef s^appeloient i verdi. Ces derniers entretenoient quelques intelligences avec le pape. Et n'^oublions pas que , dans les premiers instans , Dante s^attacha à la nuance représentée par Uguccione. Les blancs et les verts étoient les hommes modérés des deux partis.

Villani pense qu^après avoir séjourné à Arezzo , Dante se rendit à Bologne (2) , et de là à Forli , auprès de Scarpetta degli Ordelaffi. Celui-ci, au commencement de 1 3o3 , forma* une ligue contre les noirs de Florence , et il y enrôla Bemardino da Polenta , frère de Francesca de Rimini , le même qui a été Fami de DanteàCampaldino. D^un autre côté, Pise et Pistoic, alors gibelines, dévoient faire une diversion.

(1) Il y a des auteurs qui yeulent que cette lettre commeDce ainsi : Popule mêêy quidfeei tibi? C'est l'opinion de M. Witte. Mais ces paroles de Dante sont extraites de Miellée. On lit , verset 3 , PoptUt meus , çuid feei tibi? Verset 5 , on lit encore : Popule meus. ( BihKa sacra. Lyon , Pierre Beuf . 1827.) Il £iut donc croire que Dante a lu et a ait popule meus, M. Balbo croit que Dante écrivoit popule mi. ifl est de la langue de Térence ; mee est du moyen âge. Il n'y a que la bible ici qui soit une autorité.

(2) Jean Villani, chap. i35, pag. 4{o.

Barthélémy de la Scala, antre gibelin de Lombardie, promettoit des troupes qui viendroient de Vérone. Dante n^étoit pas neutre dans cette ligue. M. Ti*oya assure que des lettres ^ dictées par Dante à Pellegrino Calvi (i), secrétaire de Scarpetta, conjuroient Barthélémy d^envoyer des secours à Parméequi alloit marcher contre Florence. Nous pouvons regarder cette époque comme celle où Dante passoit de la nuance des verdi à celle des secchi , dans laquelle cependant il ne se montroit pas un des plus exagérés. Florence se mettoit vivement en état de défense. Messer Musciatto Franzesi entretenoit de secrètes correspondances avec Philippe-le-Bel , et prépa)*oit le château de Staggia , près de Sienne , pour y recevoir Guillaume de Nogaret , chancelier ou garde des sceaux du roi (ces deux emplois n^étoient pas encore séparés).

Guillaume partoit de Paris, pour se rendre à Staggia, avec Jacques et Pierre, de la maison Colonne, dans le moment même où Tarmée des confédérés s^avançoit de Faenza vers Marradi , et que les blancs , dans une de ces folles confiances qui préoccupent les exilés, ; disoient qu^à peine arrivés , Tennemi ouvriroit ses portes. Uguccione, gagné comme étant suffisamment gibelin , commence le siège de Pulicciano , quand à Textrémité occidentale du Mugello apparoissent les Lucquois et les Florentins. Ici , les blancs perdirent leur funeste illusion. La faim obligea Uguccione à lever le siège , et les blancs se dispersèrent plus dés* espérés que vaincus. Fulciéri de^ Calboli de Forli , dont la cruauté est si vivement signalée par Dante , livra au supplice ceux des Florentins blancs qui tombèrent entre ses mains.

(i) Vêltro, pag. 60.

Dante étoit alors réfugié auprès de Barthélémy de la Scala. Dans les premiers momens , le bon accueil du prince parut soulager les maux de Texilé. Il parcouroit, pour se distraire, les environs de Vérone. Pendant cet instant de repos , il pensa aux sept chants du poème quUl avoit commencé en latin, et les cercles de Famphithéàtre antique purent lui faire concevoir ridée de ses cercles infernaux. Dans la société de seigneurs gibelins, la colère et la reconnoissance le portèrent à insulter les noirs et à flatter la cause de Ferapire : les griefs des empereurs absorboient la pensée du publiciste , quoique ses maximes guelfes ne fussent pas étouffées dans son cœur , où régnoient encore les habitudes et les préjugés de famille.

Le premier travail repris (i), le désir de la vengeance et le génie de la poésie trop contraints dans une langue dont Fexilé ne possédoit pas bien les expressions énergiques, avertirent Dante qu'il devoit confier ses ressentimens et le soin de sa gloire à une autre langue. Ses canzones en langue vulgaire, dont on avoit répandu au loin des copies manuscrites , lui apprenoient que, dans cet autre idiome, il avoit plus de puissance. Là , il se demanda à luimême s^il ne devoit pas écrire son traité sur la langue vulgaire , où il vouloit essayer de noter les différences des dialectes italiens , et déjà il se disoit , comme il Fa publié phis tard en écrivant cet ouvrage , que J^étude de la langue italienne illustre^ c^est-à-dirje de choix , auroit la vertu de lui faire oublier Fexil. Dante ne savoit pas alors que , pour jamais , il avoit perdu la patrie. Û faisoit bon marché d^un anathème dont il croyoit que la fin seroit prochaine.

(i) Vellro, pag. 63.

Dans ces idées , Dante abandonna son poème lalin , et il se disposa à le traduire en langue vulgaire; il consacra plusieurs mois à ce travail. Nous n^avons plus que les trois premiers vers de son essai en latin :

UUima régna canamfluido contermina mundo, Spifitibus que Iota paient^ que prima resolvuni Pro mentis cuicumque suis, data lege tonantis.

Tous les auteurs s^accordent à peu près à convenir que la Cantica de FEnfer fut achevée à la fin de i3o8, ou dans les premiers mois de Tau i3og. Cette manière différente de compter le commencement de Tannée jette toujours une obscurité fâcheuse dans les rapports des historiens. En même temps que Ton est d'accord sur cette date , on varie sur le nombre d^années que Dante put employer à terminer cette première Cantica.

Je m^arrête définitivement aux calculs de M. Troya, qui discute ce point avec une grande sagacité , et Ton trouve raisonnable que Dante ait mis au moins quatre ans à composer son Enfer. Je ne veux pas ou* bller de dire en même temps que cet Enfer fut dédié à Uguccione délia Faggiola , que nous avons vu chef des gibelins verdie cVst-à-dire modérés. Nous donnerons une analyse de ce premier poème ; mais avant d^çntreprendre cette tâche , il nous est impossible de ne pas déclarer que dans les trente-quatre chants qui le composent, Dante se montre chrétien , très*chrétien.Il y est éminemment catholique, et non pas épicurien , comme on a voulu le faire croire ; il n^ ^st pas pataririj il n^est pas partisan de frà Dolcino. Les hérésies des pa tarins et de frà Dolcino in festoient

alors ritalie. Il nous tardoit de prouver que Dante n^a pas été le précurseur des réformateurs du xv* et du XVI* siècle , un anneau manquant dans Phistoire des hérésies , un membre de sociétés secrètes , un écrivain qui se servoit d^un argot , un auteur vil , double , caché , inintelligible, lui qui , bien ou mal , avec plus ou moins de connoissance de Torthodoxie, et jamais avec Fintention de blesser les dogmes, agit, écrivit, parla de la manière la plus ouverte, à moins qu^il ne se présentât à lui quelques-unes de ces formes mystérieuses qui apparlenoient à son temps, et qu'ail imitoit plus qu^il ne les recherchoit. Cest dans ces sentimens d^ailleurs quMl élevoit son fils aîné Pierre, venu depuis peu de Florence , et dont il cultivoit avec soin la première éducation.

Cette fidélité d^aifection que Dante conservoit pour Uguccione se maintenoit toujours , et avec elle la couleur des opinions politiques de ce chef. Je ne veux pas dire cependant que le poète ne s'en écarte pas souvent , mais j^établirai quelquefois une différence immense entre les actions de Dante comme exilé et iîids inspirations comme poète. Une raison calme guidoit les unes , un feu dévorant , une vibration inextinguible de verve ardente , chassoit les autres sous sa plume , mais sans altérer ses sentimens de chrétien respectueux envers le Saint Siège.

C^est vers i3o5, suivant M. Balbo, et vers i3i3, suivant un grand nombre de commentateurs , que Dante composa son Com^ito / il s^en occupoit en même temps que de VEnJèr^ et il est probable qu'il termina ce traité avant la première partie de son poème. M. Fraticelli veut que le quatrième traité du Com^ào ( Op. min.j vol. II, pag. 606) n'ait été fini qu'en 1297 ou lîigS. Il y a d^autres opinions ^ et celles-là sont

[i306] ET DES OEUVRES DE DANTE. 1 47

telles qu^on peut s^ ranger, avec une sorte d^assurance de rencontrer la vérité. Ce qui est sûr d^ailleurs, et ce qui appuie Popinion de M. Fraticelli , c''est que Dante commença la plupart de ses écrits à des époques diverses et indéterminées , et qu^il continua de les revoir, de les augmenter, de les corriger, de les enrichir de pensées nouvelles, à mesure quMl jugeoit à propos d'en livrer des copies. En définitive , je crois convenable de parler du Con^fito avant d^analyser FEnfer. Dans les incertitudes, il faut cependant sWréter à un parti. Nous avons à peu près des dates précises de la publication des ouvrages depuis la découverte de Fimprimerie ; mais on n^a aucune règle positive quand il s^agit de compositions antérieures , qu^on pourroit appeler des éditions tirées à un seul exemplaire. Si un grand , un ami demandoit à Dante la communication d^un écrit , Pautographe de Fauteur étoit remis à un copiste. La copie achevée, le grand , Fami , recevoit le manuscrit qui conte* noit Fopinion , le sentiment, la rédaction, la pensée arrêtée de Fauteur, le jour où le manuscrit étoit accordé. Rien n^empèchoit que le lendemain , un mois, un an plus tard, un autre manuscrit, contenant des variantes, des contradictions, jusqu'à des prophéties, si on vouloit parler, à une date passée, de quelques détails d^un événement nouveau , ne pût être donné par Fauteur , et que cette succession de communications si restreintes ne fût venue ensuite embifl^ rasser nos observateurs , nos critiques d^aujourd^hui dans une foule de doutes , de bonnes raisons inutiles , de minutieuses explications dont il faut se délivrer pour ne pas fatiguer le lecteur, et ne pas discréditer la vocation souvent nécessaire du commentateur.

Quoi qu'ail en soit, c^est ici que nous croyons convenable de placer une analyse du Com^ito.

On se souviendra (i) de celte généreuse dame compatissante pour Dante , qu^il aima après la mort de Béatrix , et qu^eosuile il cessa d^aimer, chassant tous ces mauvais rêves pour retourner à la pensée de Béatrix ; on se souviendra que , dans la p^ita nuo^a j ii commenta des vers pour cette dame compatissante. Outre ces premiers vers dans cet état dlntidélité , il en composa d^aulres, entr'^autres trois canzones. Nous rapportons le premier vers de chacune de ces can-zones :

Voi che intendendo il terzo ciel movele. Amor che nella mente mi ragiona.

Le dokî rime d'ainor c'hio solia.

Dans la première^ Dante parle de deux amours qui se combattent, c^est-à-dire de sa passion pour sa dame morte sur la terre et vivante dans le ciel , et ensuite de sa passion pour la dame généreuse compatissante.

Dans la seconde canzoncy il loue Tobjet de son nouvel amour. Dans la troisième , il lui adresse une louange de FOrdre de la noblesse. Onze autres can^ zones , que Von n^a plus ou qu^on ne sait plus distinguer dans la foule de celles qui restent , parlent peutêtre de cette tendresse ou d^autres amours.

Actuellement Dante , exilé , malheureux , pensant à continuer le poème quMl avoit promis de consacrer à Béatrix, se propose de composer un commentaire sur les quatorze canwnes. Il veut expliquer qu^en parlant, au àens propre, de sa dame compatissante, il avoit voulu parler allégoriquement de son amour pour

(i) ISalLjo , loin. H, pag. (^5.

h philosophie, et qu^en conséquence, là où on lisoit amour, il falloit lire étude; où on lisoit douceur^ il falloit lire philosophie / où Ton mentionnoit le troisième ciel de Vénus, il falloit lire rhétorique^ seconde science du trivium; il explique que par anges moteurs de cette sphère , il falloit entendre Boèce et Cicéron , qui , définitivement, dévoient être regardés comme les seuls consolateurs de notre poète.

Il faut prendre garde ici de confondre et d'^augmenter quelques*uns des écarts de Fauteur; on ne doit pas oublier que partout où il sera question de philosophie, il ne s^agit pas de Béatrix, mais de la seconde femme compatissante : si on ne faisoit pas une attention soutenue à cette supposition , on se livreroit sans défense à des doutes que Timagination métaphysique de Fauteur ne permet pas d^accumuler encore quand on veut continuer à exercer librement, complètement les fonctions de la raison et de la logique. Du reste , Dante déclare qu^il n^a pas Fintention de déroger en rien à ce qu^il a établi dans la Vita nuoi^a.

Au chapitre premier du Traité premier, Dante s^exprime ainsi :

« Comme dit le philosophe (Anstote), dans le commencement de la première philosophie , la métaphysique , tous les hommes désirent naturellement de savoir. La raison de ce désir peut être que chaque chose est poussée , par la prévoyance de sa propre nature , à cherdier sa perfection , et comme la science est la dernière perfection de notre ame , perfection dans laquelle réside- notre dernière félicité , tous naturellement nous sommes sujets à désirer cette perfection.

H Véritablement, beaucoup de nous sont privés de celte perfection par diverses raisons qui , en dedans ou en dehors de Thomme , se réunissent pour l'en éloigner. Dans Thomme , il peut exister des enipéchemens ; il peut exister des obstacles du côté du corps et du côté de raine.

1 50 HISTOIRE DE LA VIE [l 306]

« Les obstacles existent du côté du coi-ps, quand les parties sont disposées induement , de manière qu'il ne puisse rien percevoir , comme il arrive dans les sourds et dans les muets et leurs semblables. Les obstacles se présentent du côté de Tame , quand la matière y triomphe , et qu'elle est dominée par des délectations vicieuses , desquelles elle reçoit tant de tromperies , que , sous ce joug , elle trouve toute chose méprisable. En dehors de l'homme , il peut y avoir encore deux causes : l'une est l'effet de la nécessité , l'autre de la paresse. La première est celte obligation de vaquer à ses affaires pit>pres ou à celles de l'Etat , ce qui s'applique au plus grand nombre. Tous ces hommes-là n'ont pas le loisir de la méditation. L'autre cause est la localité où l'homme est né et nourri. Il est possible qu'il y soit privé de toute chance d'études et qu'il demeure trop éloigné des hommes studieux. Les deux premières de ces causes , c'est-à-dire la première des causes du dedans et la première des causes du dehors, ne sont pas à blâmer : elles méritent pardon et excuse. Les deux autres, une surtout, sont dignes de blâme et d'abomination. Il est donc manifeste , pour qui considère bien ces situations , qu'il y a peu d'hommes qui puissent parvenir à ce qu'on doit désirer (le bienfait de l'étude), et qu'il y a une quantité innom- J)rable d'hommes qui ne peuvent se rassasier de cette nourriture destinée cependant à tous.

n Heureux ceux qui s'assoient à cette table où l'on mange le pain des anges ! Malheureux ceux qui ne vivent que de la nourriture des brutes !

« Mais puisque chaque homme est ami naturellement de l'homme , et que chaque ami souffre des défauts de celui qu'il aime , alors quiconque est nourri à une si haute table ne peut pas être sans miséricorde envers ceux qu'il voit réduits à une pâture bestiale et mangeant de l'herbe et des glands. Miséricorde est mère de bienfait. Ceux qui savent cèdent libéralement de leur bonne richesse aux vrais pauvres , et deviennent une sorte de fontaine vive de cette eau qui apaise la soif des sciences dont nous avons parlé plus haut. Moi donc qui ne m'asseois pas à l'heureuse table , mais qui , échappé à la pâture du vulgaire , recueille aux pieds de ceux qui sont assis à cette table les miettes qui en tombent ; moi qui connois la vie misérable de ceux que j'ai laissés en arrière ; moi qui savoure la douceur de ce que je ramasse peu à peu , ému par

[I3a5] ET DES OEUVRES DE DANTE. 151

la compassion et n'oubliant pas que mot aussi je suis infortuné, j'ai réservé pour les malheureux quelque chose que , depuis long-temps , je leur ai montré , et dont je les ai rendus avides.

« Actuellement voulant les servir, j'entends faire un banquet général (1) de ce que je leur ai montré, et je leur donne ce pain qui assaisonne leur nourriture à ce banquet, ce pain sans le^ quel cette nourriture leur seroit offerte en vain.

« A ce banquet^ je ne veux pas que qui que ce soit s'assoie mal disposé dans ses organes, par exemple , sans dents et sans palais, sans langue, ou avec tout autre défaut; je n'admets aucune personne dont l'estoinac soit rempli d'humeurs empoisonnées ou contraires , telles que ma nourriture ne pourroit s'y digérer.

« Arrive donc quiconque , par suite d'affaires domestiques ou civiles , est réduit à la faim humaine ! qu'il s*assoie à la table avec ses semblables , précédemment empêchés comme lui! Qu'on place à leurs pieds ceux qui, par leur paresse, n'ont pas mérité d'être mieux assis ; ceux-ci et ceux-là recevront ma nourriture avec le pain que je leur ferai goûter et digérer.

«t La nourriture de ce banquet sera ordonnée de quatorze manières , c'est-à-dire qu'elle se composera de quatorze ca/izones , qui auront pour sujet l'amour et la vertu. Ces canzones sans ce pain avoient une teinte d'obscurité ; aussi plaisoientelles plus à plusieurs par leur beauté que par leur bonté. Mais ce pain, c'est-à-dire cette exposition, sera la lumière qui éclairera leur esprit. Si , dans le présent ouvrage , qui est appelé le Banquet y et je veux qu'il soit appelé ainsi , je parle plus virilement que dans la f^Ua nuoi^a , je n'entends pas déroger à ce dernier ouvrage , mais aider une composition par d'autres. La première se distingue par la chaleur et la passion t celle-ci doit être plus tempérée et plus virile. On ne dit pas, on n'opère pas les mêmes choses dans un âge et dans un autre. Certaines habitudes à un âge sont louables , et blâmables à un autre , comme on le démontrera avec raison dans le quatrième traité du livre. Dans la f^ùa nuot^a , je parlois à l'entrée de ma jeunesse. J'écris le Con^iio , quand ma jeunesse est passée, m

(i) On m cra qu'il y avoit quelque rapport entre le banquet de Pbton et celui de Dante ; on a été dans Terreur. Les deux sujets de discussion sont absolument divers. Je n*ai pas à parler ici de quelques doctrines du banquet de Platon. Je prie les jeunes gens et les femmes qui n'ont pas lu cet ouvrage du disciple de Socrate, de m'en croire sur parole.

Nous n^avoDS pas balancé à donner le texte précis du commencement du Corufito. La forme que choisit Fauteur est piquante ; nous continuerons d^analyser ce remarquable ouvrage.

Dans le chapitre II du premier Traité, Fauteur avoue la nécessité où il va se trouver de parler de luimême, mais 'Son «r^m^/îf le lui prescrit (i). Dante explique jusqu^à quel point il est permis de parler de soi, et donne en exemple Boèce et saint Augustin. Ici nous rencontrons cet axiome : a Les paroles sont faites a pour démontrer aux autres ce quHls ne savent pas : « celui qui se loue montre qu^il ne croit pas qu'ion le « regarde comme bon. Cet éloge qu'il s'attribue « prouve une conscience viciée qu'il découvre en se « louant, et en la découvrant il se blâme. »

Puis Fauteur assure qu'il faut prononcer sa propre louange et son propre blâme, comme il faut s'abstenir d'un faux témoignage. Il n'y a pas d'homme qui soit un juste et vrai mesureur [misuratore) de soi , tant Faniour-propre le trompe ; d'où il arrive que chacun a dans son jugement les fausses mesures du marchand voleur qui vend avec Fune et qui achète avec Fautre. Tout le monde pèse le mal qu'il fait avec la grande mesure, et le bien avec la petite; le nombre, la quantité, le poids du bien, tout cela paroit reconnu, et il n'en est pas ainsi pour le mal. Cependant Boèce a eu raison de parler de lui , parce que, sous prétexte de consolation, il excusoit la perpétuelle infamie de son exil , démontrant qu'il étoit injuste ; car il ne s'élevoit * h côté de lui aucun autre excuseur (scusaiore). Il y a encore une raison pour parler de soi ; c'est quand il

(i) Montaigne dit qu'on ne parle pas de soi sans porte, mais quelquefois cette fierté est nécessaire , et Dante soutient ici son argument avec une habile (é singulière.

en résulte un profond enseignement : ce motif détermina Augustin à parler de lui dans ses Conjèssiotis , En effet, il donna cet enseignement par le procès quMl fit à sa vie, qui passa successivement du mauvais au bon, du bon au meilleur, du meilleur à Texcellent. Après s^être donné ainsi la permission de parler de lui-même, Dante continue :

ti Ce fui le plaisir des citoyens de la très-belle cité , fameuse fille de Rome , Florence , de me jeter hors de son sein chéri ( dans lequel je suis né et où j'ai été nourri jusqu'au milieu du cours de ma vie , et dans lequel , s'il plaît à Florence, je désire de tout mon cœur de reposer mon esprit abattu et de terminer le nombre de jours qui m'est accordé) ; de me jeter, dis-je , dans les provinces où l'on parle notre langue ; dé m'aiiandonner errant , presque mendiant , montrant , malgré moi , la blessure faite par la fortune , et qu'on a coutume d'imputer injustement au blessé. Vraiment , j'ai été un vaisseau sans voiles et sans gouvernail , poussé à divers ports et rivages par ce vent desséchant qu'exhale la douloureuse pauvreté. J'ai apparu vil aux yeux de beaucoup d'hommes qui peut-être me croyoient tout autre sur le bruit de quelque renommée.

« A leurs yeux , non-seulement ma personne a été avilie , mais encore on a estimé moins mes œuvres, et celles qui étoient faites, et celles que j'avois à faire. »

Dante annonce dans le chapitre V du même Traité qu^il écrira en langue vulgaire et non en latin. Les Canzonesj qu^il veut expliquer, étant en langage vulgaire, un commentaire latin leur eût été supérieur en noblesse , en élévation et en beauté de langue : le latin auroit été comme un serviteur qui ne connoîtroit ni son maître ni ses amis. Plus bas, Tauteur ajoute que le latin seroit insuffisant pour les hommes non lettrés, et qu^à regard des hommes lettrés il auroit expliqué ces Canzones même à des étrangers qui n'en font pas cas.

Je trouve à la fin du chapitre VII une observation d^un grand sens :

<( Toute pensée harmoniée {armonizzata) par un lien poétique ne peut être transportée de la parole native dans une autre , sans perdre toute sa douceur et son accord ; c'est par cette raison qu'Homère n'a pas été traduit du grec en latin (1), comme on a traduit d'autres ouvrages grecs. C'est la raisou pour laquelle les versets du Psautier sont sans douceur de musique et d'harmonie , parce qu'ils furent translatés de l'hébreu en grec et du grec en latin, et dans la première transmutation , cette douceur s'est évanouie. »

Oui , mais le feu de la pensée est resté. Le second Traité offre d^abord la canzonc ç\\ï\ commejice ainsi :

Voi elle intendendo il terzo ciel movete.

Le poète apostrophe les anges qui sont comme les moteurs du troisième ciel , de la planète de Vénus. Il explique plus tard que , par anges , il entend les trônes. Souvent Dante , en voulant donner une explication, suscite à Pintelligence une autre difRculté. Il faut nous accoutumer à cette manière de jeter un nuage noir sur un sujet obscur. Ce sont- là des matières devant lesquelles la foi s^incline avec respect , et que la raison n^aborde pas , parce que la foi lui en

(i) Dante avoue ici qu'il ne connotssoit pas de traduction d'Homère en latin. Je citerai ce que M. Libri ditsur la première traduction d'Homère en latin qui parut en Italie: a Pétrarque, quoique médiocrement versé dans la connoissance de la langue grecque , s'attacha à eu répandre l'étude en Italie : il encouragea et paya de sa bourse des traducteurs. C'est à lui que l'Italie doit le texte grec et la première traduction latine des poèmes d'Homère. L'étude de la langue grecque n'avoit jamais été interrompue dans le midi de l'Italie ; mais en Toscane et en Lombardie , elle a voit été fort négligée. »

lit^ioire des Sciettcrs mathématiques en Italie , fom. H , pag. ajô.

défend Texamen. L^auteur ensuite discourt sur Fim- TDortnlité de Tame , et cite tous les auteurs anciens qui ont traité cette haute question : Aristote , quelques stoïciens, Cicéron (i). Il en trouve des preuves ineffables dans la doctrine de Jésus-Christ, qui est voie, vérité et lumière. Voie, parce que, par elle, sans empêchement, nous allons h la félicité de cette iramortalité; vérité, parce qu^elle ne souffre aucune erreur ; lumière , parce quVlle nous éclaire dans les ténèbres de Tignorance mondaine. Cette doctrine nous persuade au-delà de ce que nous apprennent toutes les autres raisons. Celui qui nous Ta donnée voit et mesure notre immortalité, ce que nous ne pouvons faire parfaitement , parce que notre partie immortelle est mêlée avec notre partie mortelle; mais nous voyons notre immortalité parfaitement à Paide de la foi . Si nous n^avons recours qu\à notre raison , nous ne voyons notre immortalité qu^avec une ombre d'obscurité. « Ainsi, je crois, j'affirme, je suis sûr « qu'après cette vie , je passerai à une autre meil- « leure. » — Nous entrons maintenant dans une définition métaphysique où il n'est pas aisé de suivre l'auteur. Il reconnoit sept ciels, les ciels des planètes , comme nous le verrons dans la dwine Comédie , où il veut que ces ciels correspondent aux sept sciences du trmum et du quadrivium. A la huitième sphère correspondent la physique et la métaphysique ; à la neuvième , la science morale , et au ciel empyrée , la théologie.

Nous trouvons dans le chapitre XV du deuxième Traité la preuve que Dante ne savoit pas le grec , et

(i) Dante ne parle pas ici de Platon ; non-seulement dans le Phmdon, mais dans beaucoup d'autres parties de ses ouvrages , ce célèbre pLîlosophe a démontré , autant qu'il a pu , et en (ermcs admirables, rimmortalité de Tamc.

n^avoit pas la prétention de le savoir. Il parle de la ▼oie lactée (*).

« Il faut savoir que, sur cette voie lactée, les philosophes ont eu diverses opinions. Les pythagoriciens disent que plusieurs fois le soleil s'égara dans son chemin , et que , passant par plusieurs parties non convenables à son ardeur, il brûla le lieu par lequel il passa , et qu'il y laissa les traces de cet incendie (1). Je cix>is (2) qu'ils s'autorisèrent de la fable de Phaéton, racontée par Ovide dans le commencement du second livre des Métamorphoses. D'autres, comme Anaxagore et Déuiocrite, dirent que la voie lactée étoit une lumière du soleil réfléchie en cette partie , et prouvèrent ces opinions avec des raisons démonstratives (3). Ce qu'Aristote a dit sur cela ne peut pas se

(*) Ce passage n'a pas été cclairci par les commentateurs italiens. J'ai Toulu et j'ai dû m'aider de la science et des lumières d'un savant distingué en Europe par sa haute réputation , M. Letronne , et il m'a remis les quatre notes suivantes :

a (i) C'est en effet l'opinion attribuée aux Pythagoriciens par Aristote <x ( WétéoroL , liv. 1 , 8. s ] , et qu'il réfute par de très-bonnes raisons ; a elle étoit liée à l'ancienne opinion cosroographique , que le soleil , être « divin y pou voit, à sa volonté , changer son cours , se lever où il se couche « ordinairement , et se coucher où il se lève. Ainsi , lors du festin d*Atrée et c( de Thjeste, un pareil changement s'étoit opéré; non-seulement Euripide a [Orestê, v. looo), mais Platon {Poiitieus, pag. 9, A), rapportent le fait: « les Égyptiens firent le même conte à Hérodote ( II , 142 ] dans ce célèbre a passage où Ton a voulu trouver de la science , quand il failoit n'y cher- « cher qu'un mythe fondé sur une croyance populaire. ( Voy, mon Méc( moire dans les ilf^oiiv5 de l'Acad, des Inscrip., tom. XII, p. 101 etsuiv.y»

a (3] Les pythagoriciens disoicnt que la voie lactée étoit la trace qu'auroit a laissée , dans le ciel , le cliar du soleil conduit par Phaéton. Aristote et « Stobée {EcUuj, phys, , i. 38 , pag. 574) s'accordent à le dire. On est (c étonné que Dante ait dit : credo che si mossero dalla favota di Feto/ile; a cela paroltrott n'être qu'une conjecture de sa part , tandis qu'il n'est pa» « douteux que ce fût leur opinion ; elle montre qu'ils admettoient la mythoce logie dans leur physique. En effet, leur feu ventral, qui n'est pas le soleil^ a ce feu qui occupoit le milieu du monde , étoit appelé par Philolails M EW/a rov ?rcLrref xa( Ai9S e^xsf k«u ^tiriip 6f«i>. w [Ap,Siob, Ecloff. phys.j I . a3. 1 . , pag. 488. )

a (3) 11 parott que ce n'est plus Aristote qui sert de guide à Dante ; car « l'opinion que U voie lactée est une réflesion des myone eo'airet. , qu'il « attribue ici à Anaxagore et à Démocrite , n'est pas celle qu'Atistote leur tt donne. Selon ce philosophe , ils pensoicnt que la voie taciéo est la lu-

bien saroir, parce que son opinion (4) ne se troure pas la même dans une traduction et. dans une auti^ Je pense que cela résulle d'une erreur des traducteurs. Dans la nom'cile , on pa-» roit dire que la voie lactée est une réunion de Tapeurs sous les étoiles qui sont dans cette partie » lesquelles toujours altèrent ces

c miére propre de certaines étoiles rendues visibles , lorsque le soleil , pas* a tant au-dessous de la terre , ne peut pas effacer , par l'éclat de ses rayons , a celles auiquelles ils n^arrivent plus. ( Arist. MetéoroL , f . 8. 4* ) Ceci a n'a rien de commun avec ce que dit notre poète. L'idée qu'il prête a et Anaxagore et à Démocrite ne se trouve que dans Diogène de Laerte. « Cet auteur dit en effet que ces philosophes pensoient que la voie lactée « est la réflexion du soleil sur les astres qui n'ont point de lumière a propre ( il. g) , ce qui revient aux paroles de Dante. C'est donc Diocc gène de Laerte et non Aristoteque Dante a voit sous les yeux. 11 ajoute « que ces philosophes prouvoient leur opinion par des raisons démotutra^ « iives; on conviendra qu'il u'ctoit pas difficile en preuves, u

c (4) Dante arrive euGn à ce que pense Aristote. Selon lui , on ne peut « pas bien le savoir , parce que la pensée du philosophe n'est pas la même « dans les deux traductions , l'unjB que Dante appelle la nouvelle , l'autre a qu'il appelle YancieHne.

« Dans la première y il étoit dit que la voie lactée est une réunion de vav. peurs sous les étoiles qui sont dans cette partie, etc. Dante n'approuve 9 pas cette idée , et il a bien raison; mais je ne trouve rien de pareil dans a le texte d' Aristote.

« Dans la seconde , le traducteur faisoit dire à Aristote que la voie lactée a est une mnltifude d^ étoiles si petites que nous ne pouvons les distinguer : « nous apercevons seulement la blancheur gui résulte de leur réunion. C'est a la vraie explication , et elle remonte a Démocrite , selon Slobée ( i, 28 » « pag. 576). An/biSKpiTof (roi' ya.\a!lçlar ttrm ^e-t ) W9Wnp Kai fAtufUp tuù « rvrf x**' ÀertfSfp ^vp.i^tm^9p.ê»mifèiWn\*if é^tu ri» Trvupuetp ev»a.vysiefâ.i». a Mais le texte d'Axistote n'exprime pas précisément cette idée ; je ne vois c que cette phrase qui s'y rapporte : Ce cercle est rempli d'astres très-grands a et très-éclatans , outre ceux qu'on appelle épars ( t. 8. 16).

o L'auteur de la vieille traduction semble avoir en cet endroit traduit tt Stobée plutôt qu'Aristote. Quant à la dernière pensée : « B jH»té esser chc «t it cielo,.,» » on ne sait si elle est de Dante ou si elle faisoit partie de la K vieille traduction. En tout cas , il n'y a rien qui y ressemble dans le texte a original.

« On seroit porté à croire que Dante a fait toutes ces citations de mémoire a ou d'après des uotes inexactes ; car il a confondu les sources et les auteurs ; a on peut même douter qu'il se soit bien rappelé les termes dont s'étoienl « servis les deux traducteurs d'Aristote ; autrement on devroit reconnoltre « qu'ils avoient bien ajouté à la lettre de leur auteur. Mais quelles sont ces c versions qu'il appelle nuova et veechia ? Je l'ignore absolument. Quaut a à Ptolémée , il ne parle pas de la voie lactée dans VAlmaffe&te. 1»

15S HISTOIRE DE LATIE [1305]

vapeurs, et cela ne parcdt pas être la vraie raison, Dana la vûiï^ traduction , on ilit que la voie lactëe.n'est rien autre qu'une multitude d'étoiles fixes en cette partie si petites que d'en bas nous ne pouvons les distinguer ; nous apercevons seulenient la blancheur qui lésultc de leur réunion , et que nous appelons voie lactée {gaiassia). II peut arriver que le ciel en cette partie soit plus dense , et qu'il retienne et repréjoite cette lumière. C'est une opinion qu'Avicenne et Ptoléniée paroissent avoir partagée avec Aristote (1). «

(l) Optre minori di Dante; Csnci/ii, Firenze, i834 i p*g- 19<>-

Page 1