‹ Histoire de Dante AlighieriChapitre 26 sur 52 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

LES FBAUDULEUX EN GDERIlB. ULT8SB9 DIOMEDK. EPISODE D OGOLIIf. OPINION DE M. F08COLO SDR CET ÉPISODE. QUELQUES AUTEURS ONT PENSÉ QU'UGOUN MANGEA SES ENFANS* l'aOTEUR REJETTE AVEC HORREUR UNE SI ABOMINABLE SUPPOSITION. DANTE ET VIRGILE SORTENT DE L*ENF£R ET PEUVENT R]SVOIR LES ÉTOILES-

•NouB sommes arrivés à la holgia ou sont punis les frau* duleux en guerre . Nous rencontrons Ulysse et Diomède ; ils sont enveloppés dans une flamme sous laquelle ils demeurent invisibles. Parmi les autres sortes de frauduleux , Dante présente toujours les damnés comme intimement persuadés qu'ion ne retourne jamais sur la terre ; conséquence terrible de Finscription placée sur la porte de Fenfer. Ensuite il prête aux pécheurs une pensée singulière (i) ; il leur fait désirer qu^on par)e d^eux avantageusement ^ns le mond^ d^où la mort les a bannis, et qu'ion ignore les supplices quHIs subissent dans les enceintes maudites. L^orgueil et la honte qu^on peut éprouver dans cette vie accompagnent donc encore les méchans, lorsque Minos a prononcé la sentence redoutable !

Comment ! impitoyable moraliste , Dante inexorable , à la suite des drapeaux emportés en tourbillons,

(t) Je reprends ici quelques observations qui font partie des notes de ma traduction de VBnfer,

à travers les révolutions de la tourmente , la pluie glacée I le fleuve boueux , au fond des sépulcres brûlans et des eaux bouillonnantes , dans les flots de la rivière de sang, sous la prison des troncs déchirés, enfin sur Thorrible sol de la pluie enflammée, des chapes de plomb, du bitume ardent, des transmutations en serpens , des arrachemens dVntrailles et des ondes du froid étemel , faut-il encore que les damnés conservent éternellement les sentimens les plus vils et les plus douloureux que Ton connoisse sur la terre, les mouvemens puérils de la vanité et l'accablant remords de k honte !

Je dois répéter ici, même après avoir rappelé ces réflexions, que le lecteur de cette histoire de Dante ne peut se dispenser de Tétude delà divine Comédie. Aussi, je passe sous silence de nouveaux tourmens , de nouvelles douleurs , de nouvelles tortures , pour arriver à Fépisode d^Ugolîn»

On a vu quelle avoit été la vicissitude politique qui avoit arraché Taulorité à Ugolin de la Gherardesca pow la donnera Ruggieri degli Ubaldini, archevêque de Pise. Cet événement effroyable, les récits dont avoit été irappée la jeune imagination de Dante, avoient produit une impression si terrible , qu^il ne pouvoit point aussi ne pas prononcer sa sentence. Le poêle s^exprîme ainsi :

« Nous vimes des dainnés dans une fosse où la tèle de l'un dominoîl et couvroit celle l'autre. GoBime un homme affiUné dévore du pain, le premier dévoroit la lêle de aoo celnpa||;Don là où le cea*veau s'unit à la nuque. Il lui roageoît le crâne, ainsi qu'autrefois Tydée se plut, par vengeance, à broyer sous sa dent le crâne de Ménalippe. Je parlai ainsi : « O toi, qui M montres un acharnement de bête féroce contre celui que tu K déchires, dis-moi quelle esl la cause de ta fureur ? Lorsque « je saurai qui vous êtes tous deux , quel est son crime rt de

« quel droit tu te livres à une affreuse représaille, je citerai « ton nom dans le inonde, si ma langue ne se dessèche pas. >»

u Le pécheur détourne sa bouche du féroce repas, et, après Favoir essuyée aux cheveux de la tête qu'il avoit rongée par derrière, il commença en ces termes : « Tu veux que je re- « nouvelle cette rage désespérée dont le souvenir m'accable, « avant même que je parle ; mais si mes paroles, sont une u semence qui porte pour fruit l'infamie du traître que je u ronge, tu m'entendras pleurer et parler à la fois. Je ne sais «( qui tu es, ni sous quels auspices tu es venu jusqu'ici ; à ton ti langage, tu me parois Florentin. Apprends que je suis le «< comte Ugolin : celui-ci est l'archevêque Ruggieri. Je te «« dirai pourquoi je lui suis un tel voisin. Je ne répéterai pas u que , malgré ma confiance en lui , victime de ses affreux u soupçons je fus saisi et dévoué à la mort. Mais ce que tu i« ne sais pas, c'est combien cette mort fut atroce. Tu vas en » entendre le récit, et tu sauras si ce monstre a mérité ma n haine. A travers les soupiraux de la tour, à laquelle depuis u mon suppUce on a donné le nom de tour de la Faim y et où u tant d'autres seront enfermés après moi, une légère ouver- <( ture m'a voit déjà fait apercevoir la clarté du jour, lorsque j'eus 1' un songe funeste qui déchira pour moi le voile de l'avenir.

« Ruggieri me paroissoit être mon seigneur et mon maître. A II poursuivoit un loup et ses louveteaux vers la montagne «( qui dérobe aux Pisans la vue de l'Etat de Lucques. Il chas- » soit devant lui lesGualandi, les Sisraondi et les Lanfranchi, u précédés eux-mêmes de chiennes maigres , affamées , et M dressées par des mains habiles. En peu de temps, le loup et » ses petits me parurent fatigués, et les chiennes sembloientde «< leurs dents aiguës leur fendre le flanc.

M Quand je fus éveillé avant l'aurore, j'entendis mes fils, H qu'on avoit emprisonnés avec moi, pleurer en dormant en- H core, et demander du pain. Tu es bien cruel, toi, si tu ne « gémis du triste sort qui m'étoit annoncé ; et si tu ne verses « pas de larmes, de quoi as-tu coutume de pleurer?

« Déjà nous étions debout ; déjà approchoit l'heure où l'on (« avoit coutume de nous apporter notre nourriture. Chacun « de nous étoit tourmenté de noirs presssentimens, funeste n effet du songe. J'entendis clouer les portes de l'horrible «( tour. Je regardai mes enfans sans parler ; je ne pleurois « pas, tant je me sentis en dedans devenir de pierre ! Mes fils.

« pleuroîent ; mon jeune Anselme me dit : « Pourquoi nous « regardes-tu ainsi ? Mon père, qu'as-tu donc? » Je ne pleurai « pas encore, et je ne répondis pas tout ce jour et la nuit qui « le suivit jusqu'au lendemain. Lorsqu'un autre soleil vint tf éclairer le monde, à peine un foible rayon eut-il pénétré «« dans la prison de douleurs, que je vis sur la figure de mes « enfans les mêmes symptômes d'épuisement qui dévoient « altérer mon visage. De rage, je me mordis les deux mains. «( Mes fils, pensant que la faim me tourmentait, se levèrent « et me dirent : « O père , notre douleur sera moins affreuse u si tu te nourris de nous ; tu nous as donné ces chairs mi- «« sérables, hé bien! tu les peux reprendre. » Je m'apaisai « alors pour ne pas redoubler leur désespoir. Ce jour-là M et le suivant , nous restâmes tous dans un morne silence. « Ah ! terre insensible, pourquoi ne t'es-tu pas entr'ouverte? « Nous avions atteint le quatrième jour. Gaddo vint tomber « à mes pieds, en me disant : « Mon père, est-ce que tu ne « viens pas à mon secours ? » U expira. Gomme tu me vois en *« ce moment, je vis les trois autres s'éteindre un à un entre « le cinquième et le sixième jour. La vue troublée par mon u état de foiblesse, je roulai sur eux presque sans connoissance. «( Je les appelai encore deux jours après leur mort ; ensuite, m l'inanition eut plus de pouvoir que la douleur. >»

« A peine Ugolin eu^il parié, qu'il reprit le misérable crâne auquel , en tordant les yeux , il donna , avec la fureur d'un chien, des coups de dent qui pénétrèrent jusqu'à l'os.

M Ah ! Pise , la honte des nations répandues sur ce beau pays où le si résonne avec tant de suavité, puisque tes voisins sont trop lents à te punir, que Capraia et Gorgona se détachent de la mer, et que, venant former une digue à l'embouchure de l'Arno, elles fassent refluer ses eaux pour engloutir tous tes habitans ! Si le comte Ugolin étoit accusé d'avoir livré tes châteaux, tu nedevois pas vouer ses enfans à un tel supphce; leur âge tenàxeyjeune Thèbes, rendoit innocens Uguccion, Brigata et les deux autres que j'ai nommés. »

En allant aujourd'hui visiter Pembouchure de TAmo, on reconnoît que les îles de Capraia et de Gorgona^ si elles se détachoient, pourroient venir faire refluer les eaux du fleuve. Nous trouverons

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rarem^il Dante en défirat, quand il s^agira de détails géographiques.

Je citerai ce que M. Foscolo dit de cet épisode, en rappelant celui de Francesca.

« Duftte « d4 néliltfr, retouciier mille fois, et perfectîmiiier ainsi ces deux scèaeB m dmevnbhblet. Aucoii œil de critique ne pourra jamais deyiner tout Tart qui y est répandu ; ancune imagination de poète ne pourra les égaler, aucune ame, quelque froide qu'elle sok, ne pourra pas ne point les sentir. Tout y parolt nature simplei et tout y est grandeur idéale. Outre les richesses du laiigage) les yers et leur harmonie ; outre le génie qui , pour modeler les images, s'empare des formes de la sculpture , des teintes de la peinture, pour obtenir l'effet puissant de ces deux scènes, toîÛ que la réilité et la singnia- , rite des érénemens, l'impression qu'ils ont faite depuis longtemps sur Alighieri, les caractères individuels des acteurs qui avoient en quelque sorte posé derant le poète, l'étonnant joint à l'étonnant, la terreur à la terreur, la pitié à la pitié, parce que les narrateurs sont des oitibres de morts, et parlent dans un monde où ils sont éternellement malheureux , les fictions superposées sur l'histoire ; toutes ces circonstances irritent notre curiosité ; elles ont la force de la Tenté. Ce sont des faits secrets révélés par les ombres qui en connoissoient les détails, et qui les dévoUoîent du fond de kur sépulcre (1). »

M. Foscolo continue d^examiner Feffet que doivent produire de telles compositions. Il remarque qu^à travers tant de spectacles imposans, tant de récits de toutes couleurs^ le poète est, comme nous Pavons dit, le vrai, le seul protagoniste. Les illusions fortes, instantanées et moins durables qui régnent dans Thistoire sont obtenues par un art tout contraire. Homère, au lieu de se placer parmi les spectateurs , s'^efiace comme si le poème étoit tombé du ciel ; et s^t est

(i] Za Commedta di Danie Afûfhieri i'iustrnia da Ugo Foscoh, Lugano,

quelque part question de Tauteur, c'est pour (aire entendre que Fouvrage n^est pas celui de Thomme. Dante, au contraire, bien qu^il représente des mondes inconnus à la nature existante, se montre, se veut montrer partout Tunique créateur. Il le veut ouvertement^ et il opère d^une manière si directe , en se nmnmant quelquefois, que toute pensée, tout sentiment en connexion avec ces récits paroissent dirigés et dictés par lui seul, n Cest moi seulf moi Danie^ tf qui ai vw, moi jeul qui dois dire ce que foi vu : cf écoutez Demie ! »

Jjes habitans du paradis où nous serons transportés plus tard, ne verront leur béatitude que dans un centre où leur amour viendra sans cesse converger. De même les lecteurs de Dante ne jouissent de Tillusion poétique qu^autant qu^ils appliquent attentivement leurs sens aux paroles, aux mouvemens et à Famé du narrateur. VeSei est tel, que si un esprit froid , un cœur ignorant , une disposition glacée ne comprennent pas les mille nuances de sensibilité, de chaleur, de grâce , de force et de pénétration qu'^of^ frent presque tous les vers des épisodes les plus soignés de Dante, il vient là, lui-même, expliquer, traduire, s^interposer. Il a vu le lieu de la scène ; il a été Fami du frère de Francesca. Il a vu la chambre où elle a péri, il a vu le fer au moment où On Fa plongé dans le sein des victimes. A Pise, en entrant dans la tour, il a examiné les traces des clous qui barroient ]a porte : car il paroit que la porte ne fut pas murée, mab clouée. Le mot chiavar en fait foi. Quel est le lecteur qui reste en arrière, le lecteur stupide? Ce n'^est pas pour celui-là que travaillent les poètes.

II s^est élevé, au sujet des vers suivans, une discussion qui n^est pas encore terminée.

• Dante, en parlant des enfans d^Ugolin , lui fait dire :

E due di H chîamai , poi che fur morti : Poscia più che '1 dolor pote '1 digiuuo.

On veut faire entendre, ce qui est abominable à supposer, qu^Ugolin mangea ses enfans. On veut soutenir que dans le texte , il ne doit pas j avoir poscia^ mais poichèf et que ce texte, ainsi arrangé, signifie : «Je « les appelai deux jours après quUls furent morts, (( lorsque la faim eut plus de pouvoir que la douleur, (( c^est-à-dire je mangeai mes fils, m

Dans un appendice de Tédition de M. Passigli (Florence i838), on lit cette note :

« Dante altère ici l'histoire, en disant que tous les enfans qui périrent étoient fils d'Ugolin. Plusieurs étoient des neveux. Mais le poète parle ainsi pour exciter plus vivement la compassion. Cette réflexion est attribuée au Tasse. »

L^annotateur continue en ces termes :

«I De célèbres et de sages intelligences se sont occupées de la vraie signification de ce vers :

Poeda più che '1 dolor potè '1 digiuno.

Beaucoup de personnes ont interprété ainsi le mot potè .* • La « faim put me faire mourir. » D'autres ont prétendu que Dante avoit voulu dire : « La faim m'a fait manger mes fils. » Le premier sens est celui qui a été adopté par tous les anciens et les modernes commentateurs ; l'autre est suivi par peu de littérateurs, mais qui sont tous des hommes distingués.

«t II sera à propos d'examiner les raisons données pour l'interprétation la moins commune, qui nous paroît la plus digne de Dante {celle des en/ans mangés),

« Et pour cela, qu'on voie la lettre de M. Louis Muzzi, et la Lezhne accademica du marquis Thomas Gai|;allo, qui appelle l'interprétation commune une interprétation inepte. Il ne faut pas omettre l'exposition qu'en a faite Monti, qui a d'abord approuvé l'explication nouvelle, et qui ensuite s'en est repenti.

Il dit dans une lettre : « Tout examiné posément, je suis d'avis « que Tinterprétation commune est à préférer. Il est vrai que « cette dernière, selon la glose de presque tous les commenta- « teui'S^ ne fait pas honneur à Ugolin, qui met, par un juge- « ment erjoné, dans une même balance, l'effet de la douleur « et celui de la faim, et déclare que les derniers effets furent « plus puissans que les autres pour le faire mourir ; ce qui (I certainement n'imprime pas dans l'esprit cette haute idée « que chacun attend de la douleur désespérée qui l'oppresse. « Cependant cette idée sera imprimée dans l'esprit , si on « considère cette douleur non comme un moyen de le tuer, mais « comme un moyen de le faire survivre trois jours à ses chers « enfans. C*estune vérité incontestable, ajoute M. Monti, que, « dans les caractères forts, une grande passion donne des forces M surnaturelles qui font résister à la dernière dissolution de « l'existence. D'après ces observations , tirées du fond vrai de « la physique et de la morale , voici l'interprétation que je « donne au vers en question : « Après avoir survécu trois jours M à mes fils, après les avoir appelés pendant cet espace de « temps, me roulant, aveugle, sur leurs cadavres, finalement « la force de la faim fut plus puissante à me donner la mort que « la force de la douleur et delà fureur à me conserver vivant. » « Par cette interprétation ( c'est toujours M. Monti qui « parle ) , la douleur d'Ugolin me paroit avoir acquis une qua- «I lité de grandeur telle, qu'elle sauva cet infortuné de la tache •* d'être plutôt mort de faim que de douleur : parce que prédit sèment, parce que sa douleur et son désespoir furent im- M menses , il put s'opérer en lui le prodige de rendre vain , « pendant trois jours , l'effet terrible de la faim. »

L^auteur de Pappendice conclut, malgré Monti, qu'^Ugolin mangea ses enfans.

jTai consulté sur ce point plusieurs médecins. Dante avoit des connoissances en médecine , non pas parce qu^on Pavoit immatriculé sur le registre de Vart des médecins, mais parce quMl étoit initié à tous les genres d'études de son temps. Il n^a pas pu se séparer de ses connoissances , même dans le feu poétique qui Fanimoît ; la situation où se trouvent des hommes mou-

S54 USTOHE de la YIE [1308]

rant de faim et prêts à se manger les mis les antres, comme il arriva après le naufrage de la Méduse j n'^étoit pas la situation d'^Ugolin. Il ayoit vu ses fils, ou ses petits-fik, comme le voudra Phistoire^ plongés dans la prison de la tour. H aimoit tendrement ses fils. Il plaignoit sans doute plus leur sort que le sien. Il y avoic là des adolescens qui certainement n^étoient pas coupables. Ugolin a dû se pénétrer vivement de la position affreuse de ces innoeens. Un d^eux a pu lui dire , mais cela n^est pas prouvé : « Nourris- « toi de nous. » C^est plutôt un trait de sensibilité qui appartient au poète. Serqit--ce cette expression de tendresse qui auroit engagé dans une fausse voie les partisans de la première supposition de Monti ? Avec cela, il ne paroit pas possible qu^Ugolin ait pensé à se nourrir de ses enfans, quelque invitation quMls lui aient faite à cet égard, La nature la plus barbare ne se résout pas à se nourrir d^un corps privé de la vie depuis sept jours, M^oublions pas les paroles du poète f qui £iit dire au père : «Après qu^ils furent M morts, j^appelai mes enfans pendant deux jours. » Excepté dans quelques passages où il a voulu être autrement , exprès , de propos délibéré , sans regret , Dante est toujours inspiré par un goût sûr. Il n^^a pas pensé à ce que suppose le marquis Gargallo. J^ai connu ce savant traducteur d^Horace , homme d^un caractère pétulant , jenthousiaste. Il s'^est trompé y et Tépisode est assez beau d^horreur tel qu'ail est , sans qu^on se croie dans la nécessité d^ ajouter d^abomt^ nables suppositions qui soulèvent le cœur et blessent la religion et la morale que Dante a toujours respectées. Abandonnons avec effroi, et pour nous servir d^une expression de Platon , dans sa huitième lettre adressée aux amis de Dion, j%-o^i^ cPuneJuùe inj

un tel sujet de discussion. J^ajouterai encore un mot.

On trouve dans Homère un passage où Jupiter dit a Junon que, si elle broyoit sous ses dents Priam cru, ses fils et le reste des Troyens, sa colère alors seroit peut-être assouvie. Malheur à qui s^appuieroit sur un tel passage pour excuser Dante ! Je ne crois pas dV bord que Dante ait connu les vers d^Homère. Cette sorte d^imprécation n'^a pour but que de bien spécifier Fimportunitéy Facharnement plus que féroces de Junon. Jupiter emploie une image terrible pour imposer silence à son impitoyable épouse (i).

Nous n^oubtierons pas que Fempoisonneur Albéric de Manfredi montre à Dante un Génois, Branca Doria, qui a assassiné son beau* père, Michel Sanche; Dante dit alors : « Tu te trompes , Branca Doria nVst pas « mort; il mange là-haut , il boit, il dort, ils^babille « comme nous. » Albéric répond : « Michel Sanche « n^étoit pas encore tombé dans la fosse de Maie-- « branche^ qu^un diable s?empara sur la teiure de Branca « Doria. 1»

Cette idée de jeter dans. Fenfer un homme encore vivant a quelque chose d^imprévu et de sauvage.

Il faut voir dans le poème même comment Dante sort de Fenfer sous la conduite de Virgile. Les deux poètes uKmient, Fun après Fautre, par une route étroite et difficile que Feau d^un fleuve a creusée. Enfin réparait la lumière ; ils se trouvent après tant de fatigues rendus à la> clarté du jom*, et peuvent revoir les étoiles.

(i) On lit dans Homère, Ilùid.^ lir. IV, vers 55 et 36: Ol/4.^9 Bf/3p«9t/f Pftafitr, Vfiufim ri irau/eify

CrtuUtm voraverii Priamum Pn'amiqve fUios , cœierotqvê Trojanùi, tune f9rtmê99 tram êoHtravtnâ !

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