‹ Histoire de Dante AlighieriChapitre 30 sur 52 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

l'italie se divise plus que jamais en guelfes et en gibelins, traité de monarchiji. ce livre est traduit par marsile

FICIN. l'auteur cite les PRINCIPAUX PASSAGES DE CE TRAITE. IL OPPOSE BRUNETTO A DANTE , ET IL REFUTE CEUX QUI LUI PA- 'rOISSENT IMPRATICABLES. DANTE A PARLÉ DE LA DONATION DE CONSTANTIN. L*AUTEUR s'aPPRÊTE A RÉFUTER DANTE, EN RAP- PELANT l'ouvrage publié par l'abbé féa sur cette question.

Cependant Robert s^emparoit de la partie des biens impériaux qui étoient situés dans ses états , mais son repos étoit troublé par le bruit de Farrivée prochaine de Henri, qui alloit à Rome recevoir la couronne impériale.

Nous devons citer les circonstances qui, dans le temps, occupoient vivement Fimagination de Dante. Tous les auteurs s^accordent à dire que c^est à cette époque quMl composa son traité de Monarchid.

Il y a justice , bonne foi et esprit d'ordre à bien suivre les époques, et à présenter convenablement, et en entrant dans Fesprit du siècle, les ouvrages d'un homme célèbre dont on écrit Fhistoire.

L'Italie étoit en feu ; elle se partageoit de nouveau en gujélfes et en gibelins. Il sembloit qu'il n'y avoit plus alors ni parti blanc ni parti noir. Le pape étoit absent , on ne croyoit pas à son retour. Un empereur valeureux , à la tête d'une brave armée , par-

couroit la Péninsule. Dante, excepté de Famnistie, venoit de recevoir une nouvelle blessure morale.

11 a composé son livi'e en latin ; Marcile Ficin en a fait une traduction à la fin du xv' siècle. Je suivrai Toriginal et la traduction pour être guidé plus sûrement (i).

Marcile Ficin dédie sa traduction à ses amis , Bernard del Rosso et Antoine di TuccioManetti, dans des termes extraordinaires qui méritent d^ètre rapportés.

« Dante Alighieri, céleste de patrie, florentin d'habitation, angëiique de race , philosophe poétique de profession , quoiqu'il ne parlât pas en langue grecque avec le père des philosophes, Platon, néanmoins parla en esprit comme lui, de telle manière qu'il orna ses livres de beaucoup de sentences platoniques , et par ces ornemens il illustra tant la ville florentine, que l'on peut aussi bien dire Florence de Dante, comme Dante de Florence. Nous trouvons trois règnes écrits par notre très-exact conducteur Platon : un règne des bienheureux, l'antre des malheureux, et le troisième, des voyageurs. Il appelle heureux ceux qui sont rétablis dans la "initie de la vie) malheureux ceux qui en sont pour toujonrs privés; voyageurs ceux qui sont hors de cette ville , mais non pas condanmés à un exil éternel. Dans le troisième ordre , il place tous les hommes vivans, et, parmi les morts, ceux qui sont condamnés à une punition temporaire. Virgile a suivi , le premier, cet ordre platonique. Demte Ta suivi ensuite, en buvant avec le même vase que Virgile, aux sources platoniques. Dans l'ouvrage qu'il a appelé la Monarchie, Dante traite du royaume des voyageurs vivans. »

Je donne ici le commencement du premier livre de Touvrage qui comprend trois livres.

M Le principal devoir de tous les hommes qu'une nature

(i) Je consulte encore l'édition précitée de Florence , Opéré minori di Dantûf tom. 111, part. V^. AUegrini et Mazzoni, 1839.

supérieure porte à aimer la yëritéy doit être celui-ci. Comme ils sont enrichis des travaux des anciens, ils doivent travailler à donner de semblables richesses à ceux qui viendront après enx. Il est loin de remplir ce devoir de l'homme, celui qui, instruit dans les doctrines publiques, ne prend pas le soin d'en distribuer les fruits à la république qui l'a tu naître. Celui-ci n*e8t pas cette plante qui, germant le long du cours des eaux, dans un temps donné porte des fruits ; mais il est plutôt ce gouffre pestilentiel qui engloutit toujours et ne rend jamais. Il ne porteroit aucun fruit , celui qui de nouveau démontreroit une proposition démontrée par Euclide , et celui qui s'effopceroit d'expliquer la féUcité expliquée par Aristote , et celui qui voudroit défendre la vieillesse déjà défendue par Qcéron. Une dissertation superflue engendreroit plutôt l'ennui qu'elle ne donneroit aucun fruit.

« Comme, parmi les vérités cachées et utiles , la connoissance de la monarchie temporelle est très-utile, très-cachée, et n'a jamais été démontrée par personne, parce qu'on n'y voit aucun gain , mon but est de tirer cette connoissance des ténèbres à la lumière, afin d'être utile au monde , et de cueillir, le premier, la palme d'une -telle entreprise. Je me dévoue à un ouvrage ardu et qui excède mes forces ; mais je me fie , non pas tant à mon propre courage qu'à la lumière qui donne à tous abondamment et ne fait pas de reproches.

« 11 faut voir d'abord brièvement ce que c'est que la monarchie temporelle , afin que je dise dans la forme et suwaM t intention, La monarchie temporelle, qui s'appelle empire^ est un principtu unique , et au-dessus de tous les autres dans le temps et sur les choses qui se mesurent temporeUement. Trois doutes se présentent : on demande si cette monarchie est nécessaire au bien-être du monde, si le prince romain s'attribue raisonnablement le droit monarchique , et enfin si l'autorité de la monarchie dépend immédiatement de Dieu , ou d'un antre ministre ou vicaire de Dieu, m

Dante procède à Texameii de ces questions qu^il fait précéder de réflexions générales. Il y a des choses non soumises à notre puissance ; il y en a qui lui sont soumises; cette matière est civile, c^est-à*dire la source de toute civilisation. Les choses civiles sont

soumises à notre puissance. Expliquons d^abord la dernière fin des choses.

On taille en formes différentes le bois destiné à la construction d^une maison et le bois destiné à la construction d^un vaisseau* Le premier point qu^il faut rechercher est la paix universelle. Le but dans une maison est de bien vivre. Aristote dit que chaque maison est régie par le plus vieux. Son office , dit Homère , est de régler et d^imposer la loi. Aussi on lance proverbialement cette malédiction : « Puisses4u ft trouver chez toi ton pareil ! >' Tout le genre humain ne tend qu^à une seule fin ; il faut qu^un seul règle. Il est clair que la monarchie ou Tempire est nécessaire au bien-être du monde.

Dans le tout humain , il y a des parties. Les par-

' ties qui sont les royaumes doivent reconnoitre un

principat; un principat est monarque ou monarchie.

Ce monarque, cette monarchie, ont à leur tour un

prince. Ce prince, c^est Dieu.

Plus la génération humaine est une, plus elle montre une ressemblance avec Dieu. Pour la foule de monde, il ne faut donc qu'Hun maître, non pas avec les mêmes lois , car ce seroit alors gouverner les Scythes qui souffrent le froid , comme les Garaniantes tourmentés par d^effroyables chaleurs.

Dans le second livre, nous arrivons à des suppositions bien autrement métaphysiques et non moins impraticables. Le peuple romain n^a pas usurpé, mais^ avec toute raison , il a pris Tautorité sur les mortels. Pauvre ItaUe ! on défendoit Henri avec de tels sophismes ! Nous voyons ici une sorte d^histoire rapide de Rome , mais ce sujet sera traité dans une partie du poème que nous n^avons pas encore vue, et ce sera avec un bien autre talent. Dante s'essayoît, en

prose médiocre, à composer des vers sublimes. De belles sentences de Virgile sont citées. Virgile alors ne quittoit pas plus qu'en en^r les côtés de Dante. On est un peu étonné de trouver encore ici des louanges pour Caton , <f qui è vitd liber decedere maluit^ quant sine lihertate remanere in illd(png. 84), » — w qui aima mieux sortir libre de la vie que d^ rester sans liberté. » Pour Dante alors , Tautorité de la république ou Tautorité d^un seul étoit donc la même chose ! Le peuple florentin pouvoit répondre qu^en repoussant Henri, il appeloit la liberté , et que celui qui regrettoit Caton n^avoit pas droit d'appeler César.

Mais les raisonnemens de la logique ordinaire, qui invoquoient le pouvoir de Henri à tout prix , et avec des souvenirs historiques torturés et sans liaison , vont être quelquefois rudement contrariés par des écarts qui établiront des droits absolument opposés. N'est-on pas étonné, dans un pareil plaidoyer, d^entendre emprunter ces paroles aux Offices de Cicéron : «c Catoni vero dum incredibilem natura tribuisset gravitatem^ eamque perpétua constantid roborasset^ semperque in proposito susceptoque consilio permanrsissetj morierûdumei potius quamtjrrannivultus aspiciendus fiât. » — u Caton avoit reçu de la nature une ff gravité ineflfable, fortifiée par une constance perpé- <c tuelle ; restant inébranlable dans ce qu'il se propo- « soit avec obstination, il aima mieux mourir que de « voir le visage d'un tyran. )>

Dante oublie que ses compatiûotes croyoient éloigner le visage d'un tyran, et il ne se souvient pas du cercle où sont punis ceux qui s^arrachent la vie avant q[ue la nature en ait fixé la fin . Nous ne nous arrêterons pas à une citation de Virgile , qui représente ritalie comme gras^ida imperiis.

De sérieuses contradictions ne peuvent pas ne point se glisser dans des raisonnemens si rapidement pro-> nonces. Dante parle comme lechefd^unearmée, comme un orateur à qui personne ne peut imposer silence ; il lui échappe de dire brusquement, Deus concéda^ benedicai et Peints. Au moins ilreconnoit en quelque chose rjntei*vention de saint Pierre. L^auteur récapitule les noms de ceux qui tentèrent la conquête du monde. Ninus, roi des Assyriens; mais il échoua, et ne put conquérir la partie occidentale de la terre. Vesoges , roi d^Egypte ; il n^obtint pas la moitié de la terre connue. Cyrus, roi des Perses, avec Thomyris, reine des Scythes, perdit la vie et son intention. Xercès fit des chemins sur la mer, et ne put parvenir au Polio (singulière comparaison ! ). Alexandre s^approcha de la palme de la monarchie , et il tomba au milieu de sa course. Nous sommes arrivés à la conclusion du second livre, ce J^ai démontré que le peuple a romain, par raison, s^est attribué Fempire. O peuple ic heureux ! ô Italie heureuse ! si celui qui a aflPoibli f< Tempire ne fût jamais né , ou si sa pieuse intention « ne Favoit pas trompé ! »

Le livre III tend à prouver que Toffiee du monarque ou de Fempire dépend immédiatement de Dieu. L^auteur attaque ce qu^il appelle la donation de Constantin. Cette prétendue donation passoit alors pour un fait historique reconnu. Mais Pie II a prouvé quHl v^j avoit pas eu de donation, et cet argument de Dante n^a pas une base solide.

Il conclut , après avoir mélangé des prémisses contestables, des conséquences pour la plupart forcées, que Fautorité de la monarchie temporelle, sans aucun intermédiaire, descend, dans le monarque empereur, de la source universelle. Cette source, unie

dans la sommité de sa simplicité , dans Dieu , distribue en divers cours la liqueur de la bonté divine. Ainsi on a prouvé ce que Ton vouloit établir. L^of&ce du monarque est nécessaire au monde ; le peuple romain s^est attribué avec raison Tempire du monde. L^autorité du monarque ne provient que de Dieu sans intermédiaire. Cependant^ à propos de cette dernière question 9 il ne faut pas entendre strictement que le prince romain n^est pas sujet au pontife en quelque chose ^ parce que cette félicité mortelle ^t en quelque sorte ordonnée pour arriver à la félicité immortelle. César est donc dans Fobligation d^user envers Pierre de cette révérence que le fils aine doit à son père, afin que le monarque, éclairé de la lumière de la gi*àce, illumine avec plus de vertu le globe de la terre. Il a été préposé à ce gouvernement par celui qui gouverne toutes les choses spirituelles et temporelles.

J^ai donné , je crois , un extrait suffisant des doctrines de Dante dans sa Monarchia. M. Fraticelii offre des réflexions fort sages sur cette argumen* tation (i).

On a connu, dit-il, pour peu qvCon ait étudié rhistoire de ces temps, tous les différends qui se sont élevés entre le sacerdoce et Fempire. Il ne faut pas s^étonner que le gibelin, qui vouloit exciter le plus possible en Italie le désir de voir Henri vainqueur, ait paru chercher a prouver que Fempire ne " peut recevoir son autorité d^un bienfait du sacerdoce. Aujourd'hui le petit nombre de personnes qui lisent la Monarchia en tirent pour conséquence que Dante limite la puissance du pape au pouvoir spirituel , et qu^il ne concède pas que le pape puisse être prêtre

(i) 0p9r9 minori di DatUë, tom. III , part. I, préf. pag. v.

et souverain. Cette erreur d^hommes , qui ont mal lu, et qui, après avoir mal lu, ont mal raisonné, doit être combattue.

Dante, quelle qu^ait été la liberté de sa parole, n^articule pas une seule expression qui prouve quHl ait voulu enlever au pape la puissance temporelle.

Je crois, moi, après M. Fraticelli, qu^il sera permis de dire ici quelques mots de plus sur cette question.

Il y a , dans le traité de Monarchid, des raisonnemens qui portent un fort appui à Fopinion contraire, c^est-à-dire à celle qui admet hautement , avec Bossuet, le droit dùpnhcipat sacré ^ droit que, pour l'expliquer avec la plus grande précision, j'appellerai le droit d'être à la fois ponti/è et souverain , résidant à Rome en la double qualité. Une foule de paroles des premiers livres , en servant de conclusion définitive au troisième livre du traité , prouvent bien que l'intention de Dante n'a pas été hostile. Même au moment où le pape n'habite pas Rome, Dante ne hasarde pas une proposition ennemie; il ne confine pas le pape à Avignon , comme le gibelin eût pu être porté a le dire dans un violent mouvement de cette colère qui l'abandonne rarement, mais qui cependant ne l'aveugle pas au point de lui faire adopter un vœu si impie.

Par monarchie j Dante entend la monarchie universelle. Ici nous n'abuserons pas de l'avantage que donne à celui qui discute contre Dante une supposition si déraisonnable ; même alors il dit expressément : L'empire consiste dans l'unité de la monarchie universeUe. La souveraineté impériale , dérivée du principe d'unité qui règle l'univers , étoit le type sur lequel, suivant l'auteur, devoit se modeler le système civil et le lien des divers peuples d'Italie et de toutes

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les nations du monde. Il nVntendoit pas d\iilleurs accorder au suprême gouvernement (i ) un pouvoir absolu et illimité, mais il vouloit que le monarque fût comme le chef et le régulateur de tant de gouvememens confédérés qui se seroient régis par leurs propres lois, en même temps qu^ils auroient dépendu de ce monarque, centre et ame vivifiante de tant de membres destinés à produire un seul vaste corps par la force et Tunion générales. Ainsi, Dante ne vouloit pas un maître absolu , mais un magistrat suprême qui se conformât aux lois des diverses nations* Il ajoute, en s^inspirant de Cicéron : Si les lois ne sont pas dirigées vers ce qui est utile aux gouvernés, elles n^ont de lois que le nom, et ne peuvent être des lois de fait. Si ad lUilitatem eorum qui suni sub lege^ leges directœ hon sunt^ leges nomine solo sunt, re autem leges esse nonpossunL (Op. tnin^n pag. 78.) Convenons cependant ici dW fait important : quoique les gibelins soient en apparence moins italiens que les guelfes, puisque, comme disent beaucoup d^auteurs, les uns tenoient pour un prince national, tel qu^étoit le pape, et les autres tenoient pour uu étranger^ tel qu^étoit Pempereur, la chose cependant tendoitàêtre tout-à-fait contraire. On en sera convaincu par deux raisons. Voici la première : Le roi des Romains ^ qui recevoit ensuite le titre dVm* piereur, devenoit tel, comme le pape, par élection ; et pendant que le choix, suivant un nouvel usage, alloit tomber sur un personnage d^une famille allemande, et nécessairement bon catholique, cependant on ne voit pas qu^il y eût lieu d^en exclure aucun prince qui eût un royaume en Italie. Nous savons

(1) opère mÎMori, de 9fonarchid, pag C.

que, dans le xiii* siècle, on éleva à Tenipire Frédéric II I de la maison de Souabe, pendant <|a''il étoil roi de Sicile, et qu^il séjoumoit tour à tour dans la Sicile et dans la Fouille.

Outre cela, le prince voulu par Dante devant choisir son siège en Italie , on pouvoit donc le considéi'er comme italien , quoiqu^il ne le fût ni de famille ni de naissance.

Il ^t assuré que les gibelins ne tenoient pas Tempeteur pour un étranger. Dans le cas cependant où Ton auroit pu dire ce prince tel, on ne devoit pas en dire autant du pape , sur lequel les guelfes s^appqyoient comme sur qn prince national.

La scicondc raison est plus forte que la première ; elle consiste à reconnoitre que le but des gibelins étoit de réduire en un corps les membres divisés de ritalie, et de les faire converger comme des rayons dans le seps d^une puissance suprême modératrice.

Dante voyoits^éyanouir Fespérance que chaque municipe italien pût se maintenir libre, sans s^accorder à regarder comme chef un prince que sputiendroient la force des armes et le consentement des lois. Il répétoit cette sentence des livres sacrés, que tout royaume divisé contre lui-même sera désolé ; et dans son amour pour les antiques gloires italiennes et pour la gi^andeur du nom romain, il considéroit qu^il xiy avoit d^autres moyens de résister aux invasions étrangères et de se garantir des discordes intestines, que de recouvrer Tancien empire sur toutes les nations. Par Pétat de choses présent, il vouloit prouver que, sans une puissance supérieure, la division de la Péninsule en petits états devenoit la cause d^une guerre continuelle de petits états à petits états, et que cette situation consumoit les forces de la grande patrie.

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Aînsî, PIlaKe, si elle refiisoit Fappui d^iine haute proledîon , lomberoit sous le joug d'^un étranger, seroit vaincue ,* elle qui avoit été la maltresse du monde. Donc, suivant Dante, Fltalie devoit reconnoitre Henri pour Tunique régulateur. Ici rendons justice à Dante, en restant dans nos opini<»is contre lui sur d^autres points; il conseille Fobéîssance, mais ^obéissance libre sous des lois municipales. Avec cela n^ a-t^il pas ici un non sens? après qu^on a rendu justice à ces sages paroles, ne tombe-Ion pas dans le danger d^me uiopie ? Dante dit très-bien ce qu^on a répété de nos jours : Non enim gens propter regem^ sed è conuerso rex propter gentem (pag. 4o) ; « car le peuple n'est pas <c créé pour le roi, mais le roi est créé pour le peuple. >» Un homme comme Dante, s^il n^étoit pas pressé d'^amasser des argumens pour un intérêt présent, auroit dû se proposer les. argumens contraires. Ce prince , qui habituellement peut ne pas résider en Italie, y nomme des vicaires. En un an, ces vicaires deviennent des tyrans , et tout à coup les lois municipales se taisent. Celui qui devoit être si juste, parce qu^il étoit envoyé par un puissant , n^est plus qu^un subalterne ambitieux, et le représentant du personnage créé pour le peuple notifie brutalement au peuple que lui peuple est créé pour le roi.

Quant au droit de gouverner le monde , attribué aux Romains seuls , il nous sera permis de dire que le gibelin a écrit pour sa cause. Que signifie, et même que signifioit alors un pareil défi jeté à toutes les nations? Le prétendu droit des Romains , comme le droit de tous les conquérans , ne consistoit que dans la violence et la fortune des armes. Est-ce que d^ailleurs toute force gow^ematii^e ne peut pas procurer le bien du peuple, si des hommes sages, à la tête des

affaires, sous un roi juste, légitime, présent et honoré, eipploient tous les moyens propres à assurer le bien de la chose publique?

Quelque chose de grand, de complet, de régulier, quelqu'énergie de raisonnement, quelque générosité de bonne foi manque enfin à cette argumentation de Dante. Quel a été le premier empereur d^Occident? n^est-ce pas Charlemagne ? Pourquoi Fempire a-t-il passé des mains de ses fils dans celles des princes allemands ? Une puissante épée ne pourroit-elle pas rendre Fempire à des mains françaises ? Si c^est un rêve, ce rêve nVt-il pas tourmenté une tête de nos jours ?

Ecoutons un moment Brunetto, le maître de Dante. Dans le commencement de cet ouvrage, il a parlé sur ce sujet ; nous devons être familiarisés avec son rude langage. Ce n^est pas d^ailleurs à nous Français à reculer devant ces paroles simples et vives , devant ces formes bizarres qui ont caractérisé les premiers essais de la langue dtoil. Brunetto s^exprime ainsi : «c Charlemagne alla a Rome a grans loenges , et la fu « coronées empeour des Romains , et tint la digni- « teit de Fempire tote sa uie.... Mais puisque la hau* te tête de la signorie de Fempire de Rome crut et en* n saucha su toutes les digniteits des Chrestiens, et a que Fenuie croissoit et nul nestoit qui soi mesu loit de maintenir la chose comune si li prince « d^Allemagne que non , et par ce fîit estaubli ausi (c com par necessiteit de droit que la naissence et (( élection de Fempire fuist faite por eaus qui en lor « estoient defendeour et garde, et ausi vint la hau- « teté d^enlire Fempepur à VU princes d^Allemagne , « dont Othes fu li premiers qui fu enleu e coronées (I empereor des Romains. »

Brunetto Latini avoit remis son Trésor à Dante ; celui-ci connoissoit tous les faits de Thistoire. Il semble cependant , selon lui , que de Fempire ro* main aux maisons allemandes , il y avoit eu une succession de princes comme non interrompue. Je le répète ici , la politique des rois de France a sagement répudié Fempire , et cette sagesse a été imitée de nos jours par un prince allemand ( voy. V Histoire de Pie VH^ 3' éd., tom. III, pag. 291 ) pour le plus grand bonheur de son auguste maison .

L^empereur d^ Autriche est plus solidement placé sur son trône depuis qu^il a échappé à ces chances d^élection, quelqu^assurées qu^elles pussent être, à ces périls de guerre , à ces incertitudes , à ces rivalités que le premier ambitieux pouvoit susciter. La haute et puissante maison de Lorraine ne s^est pas moins distinguée par le courage de ses guerriers, par rhabileté de ses conquêtes , que par la netteté de yt& prévisions , la sûreté de sa politique immuable et la portée immense de ses lois salutaires qui n^abhorrent pas le progrès, quoi qu'on en puisse dire. Le pays où le souverain est, une fois par semaine , accessible au plus pauvre de ses sujets , au plus humble de ses mendians , est sans contredit un pays bien gouverné : et là tout se fait sans vanterie.

Ainsi, en s^écartant des récits de son maître, Dante est sorti de la vérité : c'^est manquer absolument de judiciaire que d^attribuer exclusivement Tautorité impériale à une maison germanique. Notre François P' n^a-t-il pas été rival de Charles-Quint? Il falloit donc dire : k Reconnoissez un empereur aujourd'hui ; celui c{ue je vous propose est grand , noble , hardi , un modèle de bravoure, un ami de la justice ; la maison de Luxembourg ofiVe toutes les garanties d'ordre , de

force , de boulé , d^afiection , de magnanimilé <)ue peut désirer la nation italienne , dioisissez-le pour protecteur. » Mais spécifier les élections futures, puisqu'il y a lieu à élection, c'est opposer les désordres aux désordres, c^est introduire Finconsistance pour amener la stabilité. Il n^ a qu'une raison à alléguer : la cause gibeline étoit aux abois; il falloit la reoommander ; il falloit, tout en se servant de raisons lumineuses que , depuis, Bossuet a fait valoir en partie, sans blesser la logique , il falloit dénaturer le reste des faits et en tirer des conséquences bonnes au plus à servir un moment des vues politiques que tant d'esprit, tant d'érudition, tant d'élans poétiques ne pour voient plus sauver d'une catastrophe prochaine ; il falloit faire triompher celui qui, dans la poursuite de l'empire, avoit été le rival heureux de Charles de Valois. Le gibelin devoit ruiner le guelfe.

Actuellement je viens attaquer sans crainte ce qui paroit un des argumens* favoris de Dante, la donation faite par Constantin. Cette imputation mensongère animoit dans le temps les esprits des ennemis de la papauté ; aujourd'hui encore elle est le prétexte de plaintes et de récriminations. Un conquérant, malgré le grand nombre d'hommes instruits qui dévoient mieux le guider dans ses citations , ne craignoit pas de renouveler ce reproche. 11 y a eu des acatholiques qui, à ce sujet, ont employé le ton du sarcasme et de la malédiction; tous se sont trompés. Qu'on lise l'ouvrage de l'abbé Féa , publié à Rome en i83o (i).

M. Féa traite directement de la question incidente qui nous occupe ici. Nous allons examiner son excel-

(i) Nvuvù osserrasioni di Carlo Fea sopra la divina Commedia di Danie AlighiêrifSpeciahnenie su cià che deaso ha scritio ivie alirove riguardo altim' pero romano, Roma, Poggiali , iti-8*, i83o.

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lent ouvrage. L^écrivain aborde avec courage les plus graves objections que Ton ait faites, et il les abat en s^appuyant, le croira-t-on? sur des témoignages de Dante lui-même, témoignages que le florentin n^a pas cru que Ton rétorqueroit contre lui.

Les Italiens et les étrangers, suivant M. Féa, cherchent à placer, dans la plus brillante lumière, les talens et le génie ineffable, toujours plus loué de jour en jour, du grand poète toscan. Rome doit remplir un devoir particulier de gratitude, et elle en saisit Toccasion à propos d^une circonstance que personne n^a encore prise en considération , et qui a échappé aux admirateurs de Rome et d^Alighieri. Une partie de ce que Dante a dit sur Tempire romain , dans la pensée philosophique de Fauteur, est d^une grande importance pour cette ville et pour la littérature de tous les pays.

Dante passe pour le plus grand ennemi de la ricca dotef la riche dot, qu^il suppose donnée par Constantin à saint Sylvestre. Pourquoi au con traitée le poète ne seroit-il pas proclamé le premier apologiste de Rome , directement de son ancien gouvernement et indirectement du gouvernement actuel, du gouvernement des papes d^aujourd^hui ?

Dante est le seul, continue M. Féa, qui, parmi les modernes,aitexaminéenphilosophechrétienrhistoirc romaine depuis Romulus jusqu^à Auguste, en y observant la main de Dieu qui élevoit cet empii'e et le dirigeoit pour préparer la voie à la civilisation universelle, et ensuite à la révélation céleste du Verbe divin. Je citerai les propres termes de Fauteur sur ce point :

Il Dante , dans la Monarchia et dans le Com^ito , a médité et écrit plus c^iW/ieme/t/ que dans la Divine Comédie. Cependant il n*a

31i HISTOIRE DE LA VIE [1312]

pas assez expliqué les mérites et les gloires apparentes et également extraordinaires de cet empire. II n'a pas vu Prudence, il n^apas vu saint Augustin avec les autres Pères grecs et latins, qui tous d'une commune voix ont prouvé que ces mérites dévoient être d*abord considérés comme préparant le genre humain à recevoir la révélation , et que la ville illustre en seroit ensuite dépositaire con pçtpale anaunarUo} qu'enfiq , la ville par excellence seroit le siège irrévocable de l'apôtre Pierre , de ses héritiers et successeurs par des vicaires pei-pétuels de Jésus-Christ, auteur et propagateur de la manifestation céleste. Rome ayant donc obtenu ce premier but pour hâter la civilisation, il n'étoit plus nécessaire qu'elle conservât un gouvernement militaire. « Ils rêvent donc les philosophes politiques qui disent, avec quelques passages de Dante, que l'empire romain étpit ii^commutable et éternel, comme sa ville et dans sa ville même. Appuyé sur un ouvrage dont j'extrais ceci , je m'efforce de détromper les hommes à courte vue , en examinant l'hîstpire des vingt-six siècles romains si bien enchaînés , sans aucun élément intrinsèque qui fasse craindre désormais une interruption et encore moins un terme.

M Qu'ils reconnoissent, les novfliteurs,dans cette chaîne, l'origine et la continuation de la civilisation et de celle de Tuni* vers, je veux dire delà civilisation politique, économique, luHitaire, littéraire et religieuse , et nous dirons plus que jamais antiquaire et archéologique, par laquelle Rome anUque^ se recompose dans ses institutions, dans ses actes, dans ses fabriques. Oui, Rome «n/iiyiM? devient, en vertu de la naturelle impulsion d'une civilisation identique, un modèle qu'on recherche dans toute l'Europe, en Asie, dans l'Afrique, en Amérique, et que l'on espère éts^b)ir dans rOcéanie(l). »

Dans sa dissertation , Féa reproche à Dante (s^) d^avoir oublié en écrivant le livre de Monarchid^ qu^il a parlé différemnient dans YEnfir^ chan( ii, vers treize, quand il dit à Virgile, a propos de la descente d^Enée aux enfers : « Le fis ^Anchise ai^où été

(t) DTvorê Osiei-vaaionidi Carlo Fea, fiag. vi. :i) iLid., piig 3«>

« désigné j par le soui^erain des hautes sphèr^Sj pour V être le fondateur de lafèconde Rome et de son em- M pire que le ciel protégeoit^ ai^ec P intention d^ y placer « ens^àe le successeur du premier Pierre , et dans ce « voyage que tu as si dignement chanté j Enée entendit « des choses qui lui présagèrent sa victoire et le man-^ « teau pontifical. »

Dante écrivoit aîusi avant Télection de Henri VII, et il a tiré des conséquences différentes de la descente d^Enée aux enfers après Pélection de cet empereur. Quand ce prince marcha sur Rome, ou ne résidoit plus le pape, Dante avoit besoin des conséquences nouvelles quUl s^oppose à lui-même dans la Monarchia.

M. Féa remarque que, dans Thistoire de Tempire , aux ii* et m* livres , Dante paroit cohnoitre mieux Aristote que Cicéron, Tite-<-Live, Denys d^Halicarnasse , son Virgile , Lucius Florus , et tous les autres écrivains de Thistoire romaine , ainsi que les Pères grecs et latins ; il exalte le droit impérial , de manière qu^il n^est pas possible de Texercer ; il adule la vanité de Tltalie. La théorie du publiciste Florentin répugne à Tétat de l'Europe dans ce temps , et à la nature invariable des choses , et elle ne pouvoit paroitre qu'une de ces spéculations innocentes , si fréquentes de nos jours , qui promettent pompeusement d'apporter à Tltalie une félicité incomparable dont les générations futures retireront d'immenses avantages.

M. Féa continue de soutenir que la gloire de l'empire romain prédisoit plutôt l'autorité du manteau pontifical que la continuité d'un pouvoir gouvernant par des vice-empereurs nationaux, destinés à usurper pour eux un pouvoir despotique plutôt qu'à maintenir les |)euples dans le respect par une auto-

314 mSTOIRBDELAVIE [ISlt]

rite impériale éloignée et occupée d^autres intérêts plus directs et plus avantageux.

L^aqteur cite à Tappui de sot) raisonnement ce passage de saint Augustin (i) , dans la CM de Dieu:

« Dieu montra, dans ce très-brillant et très-opulent empire des Romains, combien valoient les vertus civiles, même sans la vraie religion, afin que l'on comprit que quand cette vraie religion y seroit ajoutée, les hommes deviendroient citoyens d'une autre ville dont le roi est vérité , dont le monde est éternité. »

Saint Léon4e-Grand reconnoissoit que Dieu avoit conduit de sa propre main Fhistoire romaine séculière et celle de la religion.

« Pour que l'effet de cette ineffable grâce se répandit sur tout l'univers, Dieu prépara dans sa divine providence les accroissemens de cet empire. Ils furent portés à de telles limites, qu'il devint voisin de toutes les nations, et que l'universalité du inonde se trouva contiguë ; car la disposition secondoit divinement l'œuvre, pour qu'une multitude d'empires se confédérassent dans un seul, et que l'on vit bientôt les peu* pies rangés devant cette prédication générale qui émaneroit de la direction d'une seule ville (a). »

Quoi qu^il en soit des inadvertances de Dante , qui , dans sa politique , n^a pas toujours conservé les mêmes sentimens , M. Féa lui rend une éclatante justice. Cest Dante qui , le premier, a jeté les solides fondemens d^une vraie histoire romaine , ou , comme on dit vulgairement , les fondemens de IVjprit de Phistoire, Cest lui qui a commencé à obser—

(i) Lib. V, cap. ta, ep. t38, num. 17.

niais uous cciui aoDi 11 b agii ici, il a c le exaci. la roeiiieuro eaïuoa vsl ceue deCacciari, savant professeur à la Propagande; 3 vol. in-f«. Rome, 1751 -53.

Ter, dans le principe j et dans son entier développement jusqu^à Augustin , la main supérieure de la divine Providence , dirigeant ces événemens vers le bien de la future religion révélée. Il en traite maffistralement dans quelques parties de la Monarchia^ et surtout dans le Com^ito.

M. Féa termine son travail en rappelant ces vers de Sidoine Apollinaire , qui semble expliquer incidemment pourquoi il y a tant ^aigles aujourd'hui :

Multos cinxenuit aquila, subitiunque per orbem LusU venUtras faumdatrix penna coroneu (1).

Enfin , ces vers de saint Prosper ne semblent pas ici déplacés (2) :

Sedcs Borna Peiri, qua pasioralù honoris Facla caput mundo, quidquid non possidei armis Relligîone tenet.

Quant à la nature des possessions temporelles qui 5ont nécessaires au pape , le grand saint Léon désire qu'elles s'étendent de la mer Méditerranée à la mer Adriatique , ce qui convient à sa liberté et a ses fa« ciles communications avec l'univers catholique, pour le diriger spirituellement tout entier, a afin que la <f lumière de la vérité qui étoit révélée pour le salut «f de toutes les nations , se propageât plus efficacece ment de la tête dans tout le corps du monde (3). »

Suivons M. Féa :

« La stabilité incontestée de cet empire ecclésiastique fixé en base par saint Pierre , sans l'emploi des moyens familiers

(ij Second pan^rique à Anthéiniiu Auguste.

(a) Féft, pag. 60.

(3) Saint Léon, ihid,, 1676, pag. 337.

aux conquérans , préparé de Dieu par Romulus et son autorité en huit siècles à peu près, qui, unis à ceux qui ont suivi, en forment yingt-six , dira-tron , s'écrie M. Féa , que c'est là on ouvrage humain ! Qu'on examine cette stabilité à travers tant de catastrophes personnelles des pontifes rapportées par le P. Bosio et le P. Segneri dans le panégyrique de la chaire de Saint-Pierre, à travers des guerres de tout genre, près de Rome et dans le reste de l'Italie, guerres désastreuses dont les ravages sont décrits par Denina, Sismondi etBossi, et plus récemment par Botta et Troya ; est-ce là un ouvrage humain, après ce que nous avons vu, subi et touché avec la main depuis quarante ans (1)? »

«retendrai la pensée de Féa. Dans le commencement de ce siècle , il y a eu un combat terrible entre le pontife et un soldat; c^est le pontife qui a obtenu la victoire. Le procès entre le Saint Siège et les empires est jugé. Cest un vieillard magnanime qui a gagué le procès. Nous n^avons plus qu^un mot à dire; il faut peut-être avec cela désormais que la cour Romaine, à qui Dieu tient toutes ses promesses , prenne quelquefois un peu plus de confiance en elle-même.

Cet ouvrage de M. Féa, qui, s^appuyant surTautorité du pape Pie II (2) , regarde comme controuvée la donation de Constantin , et place ailleurs avec plus de vérité , de franchise et de gloire les di*oits du Saint Siège, a été approuvé à Rome par le censeur philologue Gyattani , par le député théologique Raphaël Fornari, par frère Dominique Buttaoni, maître du sacré palais, et par le vice -gèrent Joseph délia Porta.

Je le répète , encore aujourd'hui on attaque Rome sur ses prétentions , et Ton appuie ces attaques sur

(1) Oêiervasùmi di Fca, pag. 6t.

(a) Pims llpomt, mas. a calumniù vindicaius, etc., ternis reiractmtùmihus çjus, RmMfi il$ti3, ia-8'. C'est un autre ouvrage Je M. Féa.

[13)2] bi DES <KUVRES DE DANTE. 317

celles de Dante. Le poète a cru véritable une prélentioD qui D^a pas été soutenue à Rome. Il faut combattre Rome , si on en a le désir , en alléguant des griefs rentables ; il ne faut pas la chercher sur un terrain où elle n'a pas dû et n'a pas voulu se présenter. Il faut Tattaquer en fhce ; c^est un genre de f^ODtestatiOD que sa haute sagesse, sa constance, son immutabilité, sa surveillance infatigable, sa polémique noble n'ont jamais refusé.

31g HISTOIRE DE LA YIE [I31S]

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