‹ Histoire de Dante AlighieriChapitre 31 sur 52 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

DANTE BÉPANI» QUBLQOZS OOMBS DE SON TRAITÉ DE MONJUCHU, AVEC l'appui D*DGDGCI0ME. HENRI s'aPPROCHE DE ROME, 1>É« FENDUE PAR UNE ARMÉE DU ROI ROBERT^ PAR UN CORPS DE TROUPES FLORENTINES ET LA FACTION DES ORSINI. HENRI CAMPE SUR LE MONTE'MJtaO. IL ATTAQUE PONTE-MOLLE, NE PEUT OCCUPER

LES ENVIRONS DE L EGLISE DE SAINT-PIERRE y ET SE FAIT COU- RONNER EMPEREUR PAR LE LEGAT DU PAPE DANS l'ÉGLISE DE SAINT-JEAN-DE-LATRAN. LE SIEGE DE ROME EST LEVÉ. l'eMPE- REUR VIENT ATTAQUER FLORENCE. IL EST REPOUSSÉ. IL SE REND A PISE. IL LANCE CONTRE LES FLORENTINS UNE SORTE D*EXCOM- MUNICATION POLITIQUE. IL MEURT A POGGIBONSI. GÉNÉALOGIE ET SITUATION ACTUELLE DE LA MAISON DE LUXEMBOURG.

Dante répandoit quelques copies de son traité de Monarchid. Uguccione délia Faggiola prêioit Tautorite de son nom militaire et de sa renommée gibeline à ceux qui louoient Dante , et conseilloient de lire ses exhortations. £n même temps les événemens politiques augmentoient Tagitation. Henri s^approchoit de Rome sous la protection du manifeste d^Alighieri ; mais Henri avoit perdu du temps a faire écrire , quand il falloit coml)attre et fondre sur les opposans avec Timpétuosité de Faigle, dont les Pisansavoient en quelque sorte adoré Fimage. De toutes parts, il s^étoit élevé des ennemis; et des émeutes récentes 9 fondées sur Tignorance des faits et sur Tespérance de ressources imaginaires , nVtoient pas les plus aisées à étouffer. On avoit perdu tant de

leinp$ à Milan , à Brescia , k Gènes , que des résistancea formidables veqoient de s^organiser , et que ces alliances puissantes , quoique peut-^tre inconsidérées , permettoient de réunir à Rome assez de forces pour empêcher Henri de s^emparer promptement de la ville entière. Cependant la route étoit libre. Henri pénètre jusqu^à Viterbe. Il régnoit là librement j parce que ces terres appartenoient alors au;i Colonnes, anciens partisans de la France, et depuis devenus les plus ardens amis du roi des Homains. I^es Orsini , rivaux des Colonnes , gardoient h Rome le Ponte-MoUe et la porte qui conduit directement à Saint-Pierre.

Alors, de même que tous les conquérans qui s^étoient présentés devant Rome en venant de TOocident , comme avoient fait les rois Lombards et Chai^ lemagne lui-^mème , comme fit depuis cet autre Charles, quiavoit trahi son roi et son parent (car il étoit appelé au trône après les Valois , avant la branche de Henri IV , mais il croyoit pouvoir commander Tarméede Charles-Quint, et il pensoitsans doute qu'ail n'en seroit rien autre dans Phistoire ) ; enfin , comme fit de nos jours Berthier , qui alloit porter à Rome vne liberté qu^on auroit pu appeler sa ruine et une honte , Henri campa sur le Monte^ Malo , aujourd'hui appelé Monte^Marîo. C'est une position militaire , d'où il est aisé de repousser une sortie de Rome,

Rejoint par ses amis les Colonnes , Henri attaqua le Ponl^^MoUe^ passa le Tibre, et parvint à sVm-parer d'une partie de la ville, en désespérant de s'emparer de l'auli^e partie. Ce fait pouvoit indirectement apprendre à Henri qu'en Italie , si la moitié des habitans acceptoit les vicaires impériaux , Taotre

moitié les rejetoit. Alors , par suite de cette préférence judicieuse , qui porte les hommes de guerre habiles à occuper les hauteurs, il alla se loger à Sainte-Sabine, sur TAventin.

Tous les avantages que la nature des lieux pouvoit encore promettre n'étoient pas obtenus. Il falloit entrer dans le quartier de Saint-Pierre, pour de là se rendre maître du temple où avoit été couronné Charlemagne, ce roi français. LWmée de Robert et un corps de Toscans , ses alliés , en gardoient les approches. Henri , plus heureux que Brennus , avoit pris le Capitole. Des tours Saint-Marc , il s\nvançoit pied à pied vers le Borgo. Il alloit atteindre le pont Saint- Ange , d^où un chemin assez court conduisoit, à travers des rues étroites, vers Saint-Pierre, lorsqu'^une partie des troupes des noirs Florentins et des archers du roi Robert sortit d^ne embuscade , coupa les assaillans , et les repoussa dans Fintérieur de la ville. Henri voyant, dit Villani, que la bataille ne lui étoit pas favorable, que chaque fois qu^il attaquoit il perdoit ses soldats et son honneur, et ayant d^avance obtenu du pape la permission de se faire sacrer dans telle église qu^ii lui plairoit , se détermina à recevoir la couronne dans Téglise de Saint- Jean-de-Latran, et là il fut déclaré empereur et couronné le i" août i3i2. On lui plaça sur la tète le diadème orné des pierreries fournies par les Vénitiens. Après son couronnement , il crut pouvoir aller passer quelque temps à Tivoli , tandis que Rome étoit scindée en deux factions différentes qui continuoient une guerre obstinée.

Plus tard, le duc de Bavière, jusqu^alors fidèlecompagnon de Henri , ayant repris le chemin de FAllemagne , Tarmée impériale se trouva affoiblie , et il

partit pour Lodi. Ce prince parcourut successivement Cortone , Arezzo , où il fut reçu avec de grands honneurs par les amis du fidèle Uguccione , et là il conçut le projet de marcher subitement contre Flo* rence. Il soumit rapidement Montevarchi et Figghine, et s^approcha des murailles du formidable comune. Florence appelant à son secours ses alliés, ils accoururent, tant elleavoit su inspirer de confiance. Bientôt Tai'mée des assiégés se trouva presque aussi forte que celle des assiégeans. Dans de telles circonstances , les règles de la guerre , les probabilités qui sont la suite d'une telle situation de choses , auroient dû conseiller à Henri de lever le siège ; mais il résista aux représentations de ses meilleurs généraux, espérant que la ville , dépourvue de sa cavalerie , qui n^avoit pu y rester, se rendroit à merci. Me pouvant occuper la ville par un accord, et n^étant pas en état de donner un assaut général , Henri leva le siège le jour de la Toussaint. Cétoit un grand malheur, que le prince qui étoit destiné de Dieu à gouverner RomCj t Italie et P Univers ^ reçût de semblables affronts. Mais il dut aller, pour sa sûreté , camper à trois milles de Florence. Les alliés étoient arrivés en grand nombre pendant le siège. Pise et Arezzo n'avoient pu envoyer aucun renfort au brave Henri ; il avoît à combattre des Français à la solde de Robert , et des Toscans , ce* peuple aussi guerrier que passionné pour son indépendance. Le siège levé , les alliés se présentèrent en plus grand nombre , et il n^étoit plus temps de rappeler les Bavarois, déjà parvenus à la frontière du duché. L^ Allemagne portoit peu d^intérêt aux conquêtes de Henri dans cette partie de la Péninsule où il n^ avoit pas un seigneur, ou il n^y avoit

pas un pajsan qui ne voulût secourir Florence quand elle ne couroit plus de danger.

LVmpereur , malgré sa bravoure , perdant la confiance à mesure qu^elle renaissoit chez les Florentins, se retira à Poggibonsi , le 9 mars i3i2. (i3i3).

Mais il falloit faire apparoitre des amis , des partisans, des adorateurs de Taigle devant les Allemands découragés. Pise ne venoit pas trouver Henri, Henri alla trouver Pise. On remarqua en ce moment que son courage personnel n^étoit pas abattu , et que seulement le prince s^affligeoit d^une mortalité qui avoit attaqué ses troupes. Une épidémie cruelle , qui avoit respecté les gibelins italiens , s^étoit manifestée parmi les Allemands , la nation qui souffre le plus cruellement du climat de la Péninsule. Alors un genre de guerre misérable, puéril, qui laisse espérer et qui ramène quelqu^assurance sMl y a un succès, mais qui ne devient que ridicule pendant une retraite , succéda à ces mêlées où le courage florentin avoit souvent arrêté la valeur germanique. Une commission impériale instruisit un procès contre Florence ; on prétendit enlever à la ville sa juridiction et ses honneurs. On annula les pouvoirs des juges, des notaires ; on condamna le coniune à une amende de cent mille marcs d^argent. Cétoit perdi*e une bataille sans combattre, que de recourir à de pareils moyens. Les plus grands citoyens et les popolani qui prenoient part au gouvernement étoient déclarés proscrits. Cétoient des repi*ésaiUes sans force contre les arrêts qui avoient banni Dante et les prieurs de i3oo, des sentences vaines contre celles de Florence, qui avoient prononcé une amnistie dérisoire. D'un côté , on commettoit

des fautes barbares ; de Tautre , on lançoit le telum imbelle ^ le trait impuissant.

Par ordre de Fempereur, Florence ne devoit plus battre monnoie. Dès gibelins, étrangers à la ville, recevoient un privilège pour frapper de faux florins de Toscane. N'^est-il pas vaincu le pouvoir qui est réduit à de telles extrémités ? La grande sagesse , la sagesse habituelle de Dante , qui ne pouvoit le tromper, quand il ne permettoit pas à la passion , à la fureur de Fégarer, devoit lui apprendre déjà que sa cause ctoit perdue. Dans cet oubli de tout bon sens, on ordonna au moins quelqu'acte plus digne d^un noble empereur. On s^attaqua au roi Robert , bien plus à craindrç que Florence. On essaya de le déshériter de son royaume de Fouille , de son comté de Provence. Quelque homme d^état plus prudent s^empara sans doute alors des délibérations dans le conseil de Heari , que la maladie ne cessoit d'accabler, et qui ne dirigeoit presque plus ses affaires ; car la foiblesse du corps avoit détruit la force de cette ame généreuse. On résolut de ne plus sévir mal à propos contre les Florentins, que la puissance impériale avoit aigris , et qu^elle ne pouvoit gagner. On peusa qu^il falloit marcher sur les états de Robert et détruire son armée. On agit de concert avec Frédéric d'Aragon , qui devoit recevoir en récompense les états de Robert. Henri , arrivé à Buonconvento , au-delà de Sienne , tomba plus gravement malade. Les secours de la médecine furent inutiles ; il mourut le 24 août i3i3. Le lendemain, les alliés se séparèrent pour aller défendre chacun leur ville. Ainsi mourut Henri , empereur, grand prince , le monarque le plus propre à pacifier Fltalie* Il vouloit y défendre des droits antiques , mais il n^étoit

persoDnellement tourmenté d^aucun désir de tyrannie. Les malheurs de Dante alloient devenir plus cruels (i).

( I ) On trouvera peut-être ici avec plaisir quelques détails sur U maison de Luxembourg. Henri Vil eut un fils , Jean Vaveugle, roi de Bohême, qui épousa en secondes noces Béairis , fille de Louis I**-, duc de Bourbon , et conséquemment petite-fille de Robert de France, comte de Clerroont, sixième fils de saint Louis et de Beatrix de Bourgogne, dame do Bourbon. Jean avoit eu d'un précédent mariage avec Elisabeth, fille de l'empereur Venceslas 11, Charles I V, né en i3t6, élu empereur en i346, qui a publié la £imense bulle d'or, 'fixant k vu le nombre des électeurs. Charles mourut en iS^S; il eut pour successeur son fils Venceslas VI, né en i359, empereur en 1378, mort en i4tg. A Venceslas succéda Sigismond son frère, né en i366 , empereur en 1419 et mort en 14^7* Ce fut ce dernier qui érigea le comté de Savoie en duché pour Amé Vllf . 11 y a donc eu quatre empereurs de la maison de Luxembourg, Henri VII, Charles IV, Venceslas VI et Sigismond. La branche atnée se fondit dans la maison d'Autriche par le mariage d'Elisabeth fille de l'empereur Sigismond , morte en 14^7 » avec Albert V,duc d'Autriche et empereur, sous le titre d'Albert II. La branche cadette a produit un grand nombre d'hommes célèbres : Valeran de St-Pol , connétable en 1413 } Louis de Luxembourg, autre connétable. Le trobièmefilsdece dernier connétable fut Antoine de Luxembourg , comte de Brienne , tige des branches de Brienne et de Pinei , dont la première s'éteignit en t6o8, et la deuxième passa , en iGso, dans la maison de Loynes. Léon d'Albert obtint en mariage , au mois de juillet i6ao , Chariot te- Marie de Luxembourg , fille unique de Henri , duc de Pinei-Luxembourg et de Marguerite de Montmorencjr, à conditicm qu'il prendroit les nom et armes de Luxembourg. François-Henri , fils du comte de Montmorençv-Bouteville , épousa riiéritière de la maison de Luxembourg, petite- fille elle-même d'un Montmorency. Alors Franiçois-Henri ajouta à son nom et à ses armes de Montmorency les armes et le nom de Luxembourg, dont il étoittrès^fieravecraison. On lit dans Tallemant, Paris, 1840, in-12, tom. X, pag. i63 : a Saint-Luc, a père du maréchal , se trouva à la porte du cabinet avec M. de Luxema bourg ( 166a) , qui, croyant que l'autre lui vouloit mettre le pied dea vaut , lui dit : a itfi^ /le disptûereB-vou» â moi; qui ai eu quatre êmpeu reun dans ma maison? n II reste encore plusieurs membres de cette famille , le duc Charle^^Sigismond de Montmorency-Luxembourg , capitaine des gardes de Louis XVI II et de Charles X ; le prince .do Luxera-» l)Ourg, duc de Beaumont, et le prince de Tingry, son frère. On pleurera long-lemps la duchesse de Laval-Montmorency, sœur du duc Charles- Sigismond, morte récemment à Paris, princesse que son esprit généreux, sa bonté et ses nombreuses vertus recommandent au souvenir des personnes qui ont eu le bonheur de la connoKre.

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