Ô44 LES DEUX AU.MIRIÊI'.ES
criait pour redevenir libre, et Borgnet le laissait avec calme glisser de dessus ses genoux.
Une ou deux fois , se trouvant seule avec lui , Jeanne avait tenté de galvaniser ce malheureux. Il avait écouté Jeanne attentivement, en remuant de haut en bas la tête en signe d'approbation ; il avait dit quelques phrases où vaguement se manifestait une espèce de remords ; mais les exhortations de Jeanne n'avaient pas eu d'autres résultats visibles et Borgnet était retourné à sa misérable existence. s
Bientôt , il ne put plus trouver d'ouvrage ; partout il avait été mis au rebut comme une machine inutile : ce fut le coup de grâce. Dès ce moment, il vagabonda ; on le trouvait par la ville, flânant le long des trottoirs, ou arrêté au coin d'une rue , le dos appuyé à la muraille , ou bien encore examinant d'un air hébété les bateaux qu'on déchargeait sur les quais.
Cependant, il n'était pas fou, mais il était usé. Son cerveau n'était pas désorganisé, mais rien n'y fonctionnait que par routine. Pendant la dernière période de sa vie, un verre de liqueur suffisait pour troubler sa tête. Afin de payer ce verre de liqueur, il vola plusieurs fois de la menue monnaie dans le tiroir où Jeanne enfermait sa maigre recette. Surpris une première fois, il n'en parut nullement honteux. Jeanne le gronda comme elle eût fait à un enfant ; ce qui ne l'empêcha pas de recommencer. Elle prit alors le parti de lui donner tous les jours, le matin, le sou qu'il lui fallait pour satisfaire son désir.
On ne sut jamais s'il se noya volontairement ou si ce fut par accident qu'il tomba dans le canal de Charleroi. Mais il est probable que sa mort ne fut pas causée par le désespoir. Un matin, on le repêcha près d'une écluse ; depuis trois jours il avait disparu. Barbe le pleura beaucoup, et Jeanne le plaignit. Quant à François, il montra une sorte d'étonnement triste ; il pleura aussi un peu ,
parce que les larmes de Barbe l'impressionnèrent; mais il ne regretta pas Borgnet, qui pour lui, depuis longtemps, n'était plus rien, — ni homme, ni père, ni ami, — ni protecteur.
Bien que la mort de Borgnet ne changeât rien à la position où se trouvaient Jeanne, François, Barbe et les deux enfants, ce fut cependant à ce moment qu'on songea à diminuer encore les frais de la communauté.
Comme le trafic ne produisait rien , il fallut vendre les marchandises ou céder le fonds. Une affiche fut apposée à l'intérieur de la boutique ; on faisait savoir que le magasin était à reprendre, par cessation de commerce. Le public ne parut guère s'intéresser à cet appel : il avait été trop indifférent à la tentative.
Enfin, quelqu'un se présenta, qui examina les marchandises d'un air dédaigneux, et finit par proposer une somme de quinze cents francs, à condition d'entrer immédiatement en jouissance. Jeanne, après quelques débats, accepta cette offre.
Lorsque tout fut réglé , Barbe se mit en quête d'un appartement; le plus modeste, selon Jeanne, devait avoir la préférence. Dans une ruelle avoisinant la rue de Laeken, Barbe découvrit un appartement de trois pièces, au second étage, dont le prix était de quinze francs par mois. La' maison était sombre et noire comme toutes celles de cette petite rue , où grouillaient des familles de pauvres ouvriers et de mendiants. Jamais un air pur n'était descendu jusqu'au ruisseau de cette ruelle; le soleil en été n'éclairait que le haut des maisons qui y avaient leurs issues. Barbe fit transporter ses meubles et ceux de Jeanne dans la demeure qu'elle avait choisie. Mlue Lenoir, en pénétrant dans la ruelle , sentit un froid glacial lui tomber sur les membres ; lorsqu'elle fut arrivée dans la chambre qui lui était destinée , et que, avec l'aide de Barbe, elle y eut mis un peu d'ordre, elle se vit tout à coup malheureuse d'un malheur inexpri-
niable; mais Barbe lui ayant dit: « Madame Jeanne, n'est-ce pas que nous ne serons pas trop mal ici ? » elle s'empressa de répondre : « Nous y serons très-bien pour vivre en paix, Barbe, - et, quand le moment sera venu, pour y mourir en état de grâce.
— Ne parlez pas de mort , madame , reprit Barbe qui soupira tout en continuant à ranger dans l'appartement. Il vaudrait mieux oublier. Mais est-ce que ce sera possible ?
— Non, dit Jeanne.
— Ah ! madame , c'est vous surtout qui devez souffrir. . .
— Vous vous trompez, Barbe; attendez encore : vous verrez bien que toutes ces misères ne sauraient m'abattre.
— Mon Dieu! reprit Barbe timidement, si Mme Colette voulait...
— Silence, Barbe, dit Jeanne en regardant la pauvre femme; je sais ce que j'ai à faire. Ne parlez jamais devant moi de — de ma sœur - encore moins de son mari. Vous m'entendez, Barbe ?
— Oui, madame, oui; mais il est bien dur pour moi de vous voir ici, quand je sais que si vouliez dire un mot...
— Barbe!...
— Vous, non; mais moi, madame Jeanne... Voulezvous?
— Non, répondit Jeanne. N'y songez plus; rien de bon ne peut venir de ce côté. 11 y a entre ces gens-là et moi quelque chose que rien, non, jamais rien sur la terre, ne pourrait faire oublier. Barbe, il faut savoir vous taire sur ce sujet, — si vous désirez que je ne vous quitte pas...
— Eh bien, dit Barbe, je me tairai, puisque vous l'ordonnez; mais je ne saurai m'empêcher de penser. Je ne le saurais certainement pas, madame, paroe que j'ai le
cœur qui se gonfle quand je vous vois, vous, nettoyer des légumes, peler des pommes de terre, — occupée chez moi comme une servante. Je vous ai toujours vue manger dans de la belle porcelaine, avec de l'argenterie ; n'est-ce pas une indignité de vous voir maintenant vous servir de fourchettes de fer ? Je vivrais cent ans, mille ans, que je ne saurais m'habituer à cela. Je ne vous l'ai jamais dit, mais je suis sûre que Borgnet serait encore là si tout ne vous avait pas été contraire...
— Allons, Barbe, reprit Jeanne doucement, soyez plus forte; à nous deux, nous nous tirerons bien encore d'affaire. Borgnet était un brave homme; je n'ai jamais pu penser le moindre mal de lui. Songez à lui sans aigreur et reprenez courage : il vous en faut encore.
— J'en ai, madame, quand je vous regarde ; et pourtant je suis bien désolée.
— Je ne vous demande pas de rire, dit Jeanne, mais de vous garder forte : vous avez deux enfants.
— Oh ! ceux-là, reprit Barbe, il ne faut pas craindre que je les oublie. »
Lorsque le ménage fut bien installé, Jeanne profita d'un moment où Barbe était au logis pour aller faire une visite au notaire Hannecart. Elle lui portait les quinze cents francs, produit de la vente des épiceries, en le priant de trouver un placement sûr au plus haut taux possible. « Vous en aurez cinq du cent, dit le notaire, et ce revenu ajouté à la rente que je vous paye depuis un an, vous fera vingt francs à dépenser par mois. Ce n'est pas de quoi vivre, madame.
— C'est selon, dit Jeanne.
— Vivre avec ce revenu, reprit le notaire, non ; peutêtre avez-vous encore quelque autre rente...
11 me faut peu de chose, monsieur Hannecart.
— Peu de chose, oui, continua le notaire, mais ce que vous avez, c'est rien, ou à peu près. Laissez-moi écrire à M. Dietrick.
548 LUS DliUX ARMUKIÈRES.
— Je vous défends expressément de faire cette démarche, dit Jeanne durement, et en se levant.
— J'ai connu vos parents, madame, dit encore le notaire ; et il m'est pénible de voir que la zizanie se soit mise dans une famille qui était renommée pour sa belle union. C'est en ami que je vous parle — acceptez mon offre...
— Non, monsieur, répondit Jeanne; je vous remercie; votre bonne volonté ne saurait être plus mal employée ; je ne veux rien... »
Elle sortit, reconduite par le vieux notaire, qui insista, mais en vain. M. Iiannecart était sincère : la position de Jeanne le tourmentait. Ce notaire était un gros homme, large d'épaules, à qui la cravate blanche allait si admirablement qu'on ne pouvait se le figurer autrement qu'orné de ce carcan de batiste, bien empesé. Il était bon et trouvait abominable la conduite de M. Dietrick. Aussi, malgré la défense expresse de Jeanne, il écrivit à Malines une lettre polie, mais polie à la façon d'une lame d'acier, qui,- se disait le notaire, pénétrerait sans doute jusqu'au cœur de l'égoïste avocat. Il reçut le lendemain une réponse courte, très-catégorique.
« Monsieur le notaire, écrivait M. Dietrick, j'ai offert et j'offre encore à ma belle-sœur une honorable fortune, cinquante mille francs, par exemple, plus si elle l'exige, pour la remercier d'un service qu'elle peut me rendre aussi facilement que vous pourriez dire oui ; elle est inflexible. Elle est bien plus cruelle que ma femme et moi, puisque, en refusant ce que je lui demande, elle fait trois malheureux; elle est donc seule coupable... »
— Il y a là un mystère, se dit M. Iiannecart ; il faudra confesser Mme Lenoir et tâcher de « commettre » une bonne action. »
M. Hannecart alla le jour même sonner à la porte de la maison où Jeanne habitait. L'aspect extérieur de cette maison était repoussant, et le notaire, pour ainsi dire
malgré lui, marqua le dégoût qu'il éprouvait par une mine piteuse très-expressive. Néanmoins , il entra dans le vestibule, car la porte de la rue était ouverte ; un enfant très-sale sortit d'une pièce du rez-de-chaussée et regarda d'un air ahuri le visiteur, qui demanda si Mme Lenoir était chez elle. L'enfant ne répondit pas et resta collé contre la muraille; il paraissait à la fois insolent et effarouché. M. Hannecart répéta sa question en flamand; l'enfant dit alors : « Je ne sais pas, » et M. Hannecart se retournait pour sonner une seconde fois, lorsqu'une femme apparut sur le seuil de la porte intérieure par où l'enfant était sorti. « Mme Lenoir, reprit le notaire.
— Si c'est pour les nouveaux locataires, c'est au second étage, » répondit la femme.
M. Hannecart passa; au bout du vestibule était un escalier étroit, gras et noir. Une odeur fade semblait suinter des murailles comme si elles en avaient été imprégnées. M. Hannecart monta aussi vite que le lui permirent son grand âge et son obésité. Au second étage il vit une porte devant lui, et il y frappa du doigt. Une voix ferme cria : « Entrez ! »
•Jeanne était assise tout près d'un petit poêle en fonte; une marmite pleine d'eau bouillante était posée sur le poêle, et Jeanne y jetait les légumes qu'elle venait d'éplucher.
C'était au mois d'août ; il faisait, à l'air, une chaleur accablante. Aussi, en entrant dans cette petite pièce à plafond bas, dont les fenêtres étaient fermées, le notaire Hannecart se sentit suffoquer; il s'arrêta sur le seuil de la porte. Jeanne parut un instant étonnée. « Je voudrais, dit-il, causer un moment avec vous, madame ; mais, si vous n'y voyez pas d'inconvénient, j'ouvrirai une de ces croisées pour quelques minutes.
— Toutes les deux, si vous le désirez, monsieur, » répondit Jeanne.
Lorsqu'un peu d'air nouveau eût pénétré dans la pièce,
350 LES DEUX ARMCRIÊHES.
le notaire s'assit. Deux enfants se roulaient à demi nus sur le plancher; Jeanne les porta dans une chambre à côté, puis revint à sa marmite, où elle continua tranquillement de jeter ses légumes, en disant à M. Hannecart : « Eh bien , monsieur le notaire , avez-vous placé mon argent?
— Oui, madame; mais je ne viens pas précisément pour vous apprendre cette nouvelle; j'étais certain de trouver tout de suite le placement de cette petite somme. Je désirais vous parler de — d'autre chose...
— Eh bien, monsieur, je vous écoute. »
Elle s'assit près du poêle, mit le couvercle sur la marmite et regarda M. Hannecart, qui dit : « Il faut me pardonner, madame; mais j'ai écrit à M. Dietrick... Je vous en prie, écoutez-moi : il vous offre cinquante mille francs si vous voulez consentir à satisfaire un désir qu'il paraît vous avoir déjà exprimé. Dans votre position, il me semble que...
— Est-ce là tout ce que vous avez à me dire? interrompit Jeanne.
— Madame, dit le notaire d'un accent suppliant, vous n'êtes pas raisonnable. Il n'y a rien qui puisse vous forcer à vivre dans un pareil — taudis; votre place n'est pas ici tant que vous avez de la famille : ce n'est pas votre honneur, encore moins votre vie que vous demande M. Dietrick...
— Vous l'a-t-il dit, monsieur?...
— Non, mais d'après les termes de sa lettre, continua M. Hannecart en cherchant un papier dans sa poche et le dépliant, sa demande est des plus faciles à satisfaire, et je ne puis comprendre que vous refusiez une offre relativement brillante...
— Et cependant, je la refuse...
— Mais c'est insensé.
— Chacun est, avant qui que ce soit, son propre juge, monsieur le notaire.
CONSÉQUENCES LOGIQUES. 55i
— Je n'en sais rien, madame; dans certaines questions, ne point consulter quelque ami expérimenté, c'est une faute grave. On ne s'appartient pas entièrement; la société a des droits irrécusables...
— Je ne dois rien, ni à la société ni à personne, et ne veux rien de personne...
— Mais, madame, on ne se sacrifie pas sans raison.
— 11 n'y a pas sacrifice.
— Que pourrait-il y avoir? Rien n'exige que vous vous cloîtriez dans des lieux infects, vous, accoutumée à l'aisance et à la propreté.
— Monsieur le notaire, c'est mon secret.
— Vous refusez donc de vous fier à moi et de me dire ce qui vous impose une conduite aussi rigide, aussi incompréhensible ?
— Absolument, monsieur le notaire.
— Vous n'avez pas de confiance en moi?
— Une confidence est inutile et ne changerait en rien ma détermination.
— Mais, encore une fois, madame, c'est pour votre bien.
— Monsieur, dit Jeanne en se levant, si vous vous obstinez, vous me forcerez à vous être désagréable. Je vous respecte et vous estime ; l'intérêt que vous me portez me touche, venant d'un ami de ma famille. Mais le sujet qui vous amène ici est de ceux qui ne se discutent pas. Je n'ai de conseil à prendre que de ma propre conscience, — et — vous m'obligerez beaucoup en terminant — un entretien qui finirait par — me faire perdre patience, »
Le notaire se leva, prit congé sans insister davantage, et Jeanne le vit partir en ne manifestant aucun sentiment de reconnaissance ou d hostilité. Quand la porte de l'appartement fut fermée, elle s'installa de nouveau près du poêle et s'occupa de sa cuisine avec une grande attention. Bientôt, elle fit rentrer les enfants dans la salle commune, et, tandis qu'ils se distrayaient d'une ou
51)2 LES DEUX ARMURIÈRES.
d'autre façon, elle se mit à coudre, assise près de la fenêtre qu'elle avait refermée.
Mme Lenoir portait alors des vêtements sombres, de la coupe la plus simple ; une pèlerine en mérinos noir descendait jusqu'à sa taille, sans faire un pli ; sa poitrine toute plate et ses épaules anguleuses n'étaient nullement voilées par cette cuirasse flottante. Un bonnet blanc cachait la masse de ses cheveux gris. On aurait dit que son visage avait été à la fois bruni et séché par le soleil de l'équateur; partout les os marquaient durement leurs formes, ce qui donnait à son front et à ses joues une solidité pareille à celle du métal : il semblait qu'en frappant du marteau ce visage, il eût résonné comme de l'airain. Au fond des orbites, les yeux s'étaient retirés à l'ombre, comme les bêtes fauves qui craignent l'éclat de la lumière et dorment pendant le jour au plus épais de leurs refuges. Ses mains, aussi brunes que du chêne de cent ans, étaient couvertes de grosses veines verdâtres. Elle ne tremblait pas. Mais, lorsqu'elle se levait pour marcher, on s'apercevait que la raideur de la vieillesse paralysait ses muscles; déjà elle se tenait un peu courbée ; quiconque ne l'eût pas connue eût pu lui donner soixante quinze ans.
Elle parlait peu, même lorsque Barbe était à la maison ; mais elle ne cessait pas de travailler. Quand elle était seule avec les deux enfants, elle les surveillait du regard sans jamais les approcher ; s'ils tombaient et roulaient sur le plancher, elle les laissait faire tant qu'ils ne pleuraient pas ; mais, aussitôt que leurs cris l'importunaient, elle les rappelait à l'ordre par des hem ! hem ! fortement accentués. Ces interjections les calmaient comme par enchantement.
Sa chambre à coucher était située sur le derrière de la maison ; la fenêtre donnait sur une cour étroite et sombre, d'où l'humidité montait sans cesse en emportant lentement cette odeur fade qui circulait dans tout le quartier.
Elle se retirait là vers neuf heures, après souper, quand elle avait fait causer François, sans toutefois le questionner. Aussitôt qu'elle était dans sa chambre, tout le monde parlait bas ou se taisait ; les petits enfants avaient été habitués à ce respectueux silence, preuve qu'il y a peu de choses impossibles. François couchait dans la chambre de Jeanne, sur un petit lit de camp.
Après la visite du notaire Hannecart, Barbe et Jeanne vécurent tranquilles dans leur pauvreté. Barbe travaillait courageusement toute la semaine ; les ressources de la communauté ne dépassaient pas cinquante francs par mois, car François ne gagnait rien. « Ce n'est pas tout à fait la misère, > se disait Jeanne.
Barbe recevait de temps à autre, de sa tante de la Hulpe, qui cependant n'était pas riche, un cadeau « en nature, » des pommes de terre ou des légumes, du porc salé, des œufs, ou bien encore quelques kilogrammes de beurre dans un pot de grès. « Ce ne sont pas les parents riches, disait alors Barbe avec une intention amère, qui auraient ce cœur-là; chez les riches, il n'y a rien que pour les riches. 11 faut vraiment n'avoir pas d'âme pour laisser une sœur vivre si pauvrement...
— Barbe ! » disait Jeanne en interrompant ce commencement de réquisitoire.
Barbe se taisait, mais non sans grommeler.
Quelquefois, en regardant François qui, assis à sa table, mangeait avec un appétit terrible, elle se disait : « On l'oublie aussi, ce pauvre orphelin. Qui sait s'il n'a pas des parents riches ! »
La première fois que cette pensée lui vint à l'esprit, Barbe exprima à Jeanne son étonnement de ce que les parents de François ne parussent guère se soucier de lui. « Je ne connais ni père ni mère à François, dit-elle ; mon pauvre Borgnet ne m'en a jamais rien dit. Comment saurai-je à qui il faut rendre l'enfant si on vient le réclamer?
— On vous laissera tranquille, Barbe, dit Mme Lenoir.
— Ce n'est pas sûr, madame. Et qu'est-ce que je ferai? Si j'allais chez un avocat !
— C'est inutile, Barbe ; ne vous occupez pas de François. Si quelqu'un vous tourmentait à son sujet, il serait temps alors de consulter un homme de loi. En tout cas, ceux qui viendront vous tourmenter devront fournir des preuves, — montrer des actes officiels, — produire des témoins.
— Si vous le dites, madame, c'est ainsi. Et pourtant, si sa mère vit encore, quel malheur pour elle !
— Aujourd'hui, Barbe, c'est vous qui êtes sa mère; François n'en connaît pas d'autre.
— Oh ! répondit Barbe , la vraie ne l'aimerait pas mieux que moi. »
j Ces raisons ne la rassurèrent qu'à demi, et souvent elle se surprenait à fixer sur François des regards déjà tristes et anxieux, lorsque la pensée lui revenait qu'on pourrait le lui réclamer.
Les petits enfants grandissaient; Barbe travaillait sans relâche ; Jeanne travaillait et vieillissait beaucoup ; François faisait son apprentissage d'ébéniste, non sans plaisir. Le présent n'attristait guère ce groupe de cinq personnes; le passé et l'avenir seuls continuaient à influer sur les sensations des deux femmes et les unissaient dans la douleur.
Tant que Jeanne put marcher et s'occuper des enfants et du ménage, tout alla bien ; du moins, l'existence matérielle ne sembla être une charge pour personne. Mais un matin Jeanne se trouve hors d'état de se lever ; Barbe dut rester à la maison : ce jour-là, les deux femmes entrevirent la misère, et des plaintes échappèrent à Barbe lorsqu'elle pensa : « Les enfants auront faimî » Jeanne, le lendemain, dit à François : « 3Ion garçon, il faut avertir ton maître que pour le moment tu ne retourneras pas à l'atelier.
— Pourquoi, madame? demanda François.
— Parce que me voilà au lit et que je ne peux plus soigner les deux petits et leur donner à manger. Ta mère doit travailler. C'est donc à toi de me remplacer.
— Il faudra faire la soupe ! dit François effrayé; je ne saurai pas.
— Je te dirai comment on s'y prend, répondit Jeanne ; à nous deux, nous arrangerons ça. »
François, qui n'avait pas même l'idée de résister, fit tout ce que Jeanne voulut ; il devint bonne d'enfants et cuisinier sans beaucoup de zèle , mais avec une bonne grâce dont peu de garçons de douze ans eussent été capables. Quelle joie pour Barbe quand elle eut la certitude qu'elle pourrait continuer à travailler dans les maisons bourgeoises'. Comme elle embrassa François et plus encore ses deux enfants, qui ne seraient point abandonnés!
Le travail ainsi distribué , cbacun remplit son devoir selon ses aptitudes. Lorsque Barbe rentrait, vers le soir, elle trouvait le ménage parfaitement en ordre ; François et les deux enfants étaient dans la chambre de Jeanne, où le cadet, posé tout babillé sur le lit de François, dormait, ses petits membres étalés en travers avec un abandon délicieux. Barbe s'asseyait et souriait d'aise à voir que tout allait à souhait, malgré la triste situation de Mme Lenoir. Mais elle ne s'attardait point à causer, à faire des commérages, à raconter les incidents qui avaient marqué sa journée. Après quelques questions inquiètes adressées à Jeanne, elle emmenait les enfants dans la pièce commune, et débarbouillait les petits pour le lendemain matin , afin que François n'eût pas trop de besogne. Bientôt François se couchait, et Barbe, restée seule, ravaudait fiévreusement les petites robes, les bas, les tabliers, dont elle faisait immédiatement la lessive. A onze heures, ou minuit, elle s'endormait, harassée, mais satisfaite, en formulant ce vœu, son seul rêve : « Si Mme Jeanne pouvait se rétablir !.... »
550 LES DEUX ARMURIÊRES.
MaisMme Jeanne ne se rétablissait pas; les semaines, les mois s'écoulaient, et elle restait couchée, perdant tous les jours un peu de force, se glaçant, se pétrifiant. François fut donc forcément cuisinier et bonne d'enfants ; puis il devint garde-malade ; c'était trop : une pareille existence l'eût épuisé en peu de temps. Il fallut aviser à une nouvelle organisation intérieure. Ce fut encore Jeanne qui prit une décision.
Elle fit prier le notaire Hannecart de vouloir bien la venir voir ; Barbe, chargée de ce message, apprit au notaire dans quel état Mme Lenoir se trouvait. J^e notaire accourut ; Jeanne s'enferma avec lui.
« Je crois, dit-elle, que je ne vivrai plus longtemps.
— N'est-ce pas un peu votre faute si un malheur arrive trop tôt? demanda M. Hannecart. Vous n'avez qu'un mot à dire...
— Je ne le dirai pas , monsieur. Mais comme Barbe pourrait plus tard se reprocher de ne m'avoir pas soignée jusqu'à ma dernière heure, et cela parce qu'elle devait avant tout se dévouer à sa famille , — vous voudrez bien lui donner , sur le capital qui m'appartient et que j'aurais voulu lui laisser intact, une somme de cinquante francs par mois, — tant que je vivrai. Ainsi, elle ne sera plus obligée de quitter la maison - et pourra en même temps me servir — puisqu'il le faut — et veiller sur sa famille.
— Votre volonté sera exécutée, madame
— C'est tout ce que je désire, monsieur, interrompit Jeanne, supposant que M. Hannecart allait recommencer à l'exhorter. Excusez-moi de vous avoir dérangé pour si peu. Mais je n'ai que vous...
— Vous avez une sœur..., madame...
— Non, reprit Jeanne avec sa dureté habituelle, — je n'ai plus rien — * plus personne — que Barbe et vous...
— Madame, votre ténacité me fait peine ; écoutezmoi.,. »
Elle fit de la main un geste énergique de refus, tourna son visage vers la muraille et laissa parler M. Hannecart sans plus prononcer une parole. Fatigué , il se leva et sortit en exprimant son mécontentement par un murmure et un vif mouvement de la tête. « Cette obstination est effrayante, » pensait le vieillard.
Il fit venir Barbe chez lui et lui remit les cinquante francs du subside , plus les vingt francs de rente mensuelle que rapportait à Jeanne son capital. « Ne sortez plus, ajouta-t-il ; soignez bien cette malheureuse Mme Lenoir ; vous en serez récompensée.
— Je ne pense pas à la récompense, dit la naïve Barbe ; mais croyez-vous qu'elle en reviendra, monsieur ?
— Les Hendricks sont durs, répondit le notaire; cependant elle change rapidement. »
Jeanne continua lentement de se dessécher; trois semaines avant de mourir, elle avait déjà la raideur de la mort. Un matin , comme Barbe la questionnait sur ce qu'elle éprouvait , elle répondit en bégayant quelques phrases presque incompréhensibles ; sa langue s'alourdissait. Le même jour, vers midi, elle dit à Barbe : t Faites venir le notaire. »
M. Hannecart revint avec un véritable empressement. Il espérait toujours que Jeanne se déciderait à faire la paix avec sa sœur, t C'est pour mon testament, » lui ditelle.
Mme Lenoir légua le reste de sa fortune à Barbe, à condition qu'elle garderait François chez elle. « C'est donc plutôt à l'enfant qu'à Mme Borgnet que vous laissez votre avoir ? » demanda le notaire.
— Sous condition, c'est à l'enfant, répondit Jeanne.
— Je vous fais cette observation, madame, continua M. Hannecart, parce qu'il se pourrait que l'enfant fût réclamé, — et alors Mme Borgnet devrait restituer votre avoir à vos héritiers naturels. »
* Un sourire mystérieux erra sur les lèvres de Jeanne.
558 LES DEUX ARMUR1ËKES.
« On ne réclamera pas l'enfant, dit-elle... Je le M&... C'est un secret... Borgnet est mort!... 11 est mort sans parler... Barbe peut être tranquille — tout sera pour elle.
— Yous vous intéressez beaucoup à ce petit François, madame. »
Jeanne sourit encore, sans répondre.
« Ne serait-il pas mieux pour lui, reprit le notaire, de le confier aux soins de Mme Dietrick et de son mari'' Ils n'ont pas d'enfant, et ils accueilleraient sans doute un orphelin avec affection, surtout venant de vous... »
Le notaire se tut ; Jeanne le regardait fixement, durement; elle paraissait oppressée. « L'enfant aime Barbe! dit-elle.
— Mais Barbe est pauvre, madame; et si vous avez pour l'orphelin quelque amitié, vous réfléchirez encore avant que j'aie formulé vos dernières volontés. C'est dans l'intérêt de l'enfant que je vous parle. En le recommandant à M. Dietrick, vous pourriez léguer à Mme Borgnet ce que vous possédez, sans inquiétude et sans condition...
— Non, dit Jeanne.
— Quelle haine pour M. Dietrick, se dit le notaire en se levant. D'où vient ce mystérieux enfant?... »
Quelques instants après, le testament, qui ne contenait que deux lignes, fut dicté avec effort par Jeanne, en présence des témoins exigés par la loi.
MmcLenoir était arrivée à cet état où plus rien en elle ne semblait vivant; chacun de ses organes, lentement atteint par une vieillesse et une décrépitude anticipées, cessa de fonctionner; depuis longtemps elle ne pouvait plus remuer les jambes; les bras étaient devenus de plomb; la langue épaissie refusait d'obéir à la volonté; dans le cerveau , les idées se troublaient. Le cœur seul conservait sa chaleur dans son enveloppe glaciale; il battait encore doucement la mesure de cette existence qui
allait s'eteiguant ; les sources tièdes de la vie n'avaient pas encore tari; et les yeux, au fond de leur cavité osseuse, comme ces lumières lointaines qu'on perçoit vaguement dans l'ombre de la nuit, prouvaient que quelque chose veillait encore dans ce corps immobile, qui paraissait sortir du tombeau et non devoir y entrer bientôt. Elle ne parlait plus; mais ses prunelles noires fixaient avec une telle obstination ce qu'elle désirait qu'on lui donnât, qu'un enfant pouvait facilement la servir. Aussi, François la quittait peu ; il restait assis près de son lit, pendant des heures, lisant ou écrivant quelque devoir de fantaisie. De temps à autre, il levait la tête et rencontrait les regards de Jeanne dardés vers lui. Il y avait dans ces regards austères une expression fascinatrice qui intimidait François sans l'effrayer. Ces regards lui disaient quelquefois : « Viens ici ! » Il s'approchait et se tenait debout près du lit de Jeanne, et elle continuait à l'examiner avec une ténacité à laquelle se mêlait alors une sorte d'attendrissement. Un jour, ayant fait un grand effort, elle parvint à poser une de ses mains sur la tête de l'enfant; il se pencha, sentant qu'elle l'attirait à elle , et elle l'embrassa longuement. Puis, se détournant, elle ferma les yeux, — et deux larmes, glissant entre les cils, vinrent rouler sur ses joues.
Le lendemain, à l'aube, son agonie commença; Barbe faillit en perdre la tête. Où courir? Chez un prêtre, — puis chez le notaire Hannecart. Le prêtre vint, mais il ne put confesser Mme Lenoir; cependant, comme c'était une pénitente pleine de ferveur, il promit de lui donner l'extrême-onction. M. Hannecart écrivit à M. Dietrick, qui partit le même jour de Malines avec sa femme. Dans sa lettre, M. Hannecart le priait de passer par chez lui en se rendant chez Mnie Lenoir. « Que peut-il avoir à me dire ? » se demandait M. Dietrick, tandis que Colette, toute pâle, et les yeux rougis par les larmes, se tenait immobile dans un coin de la voiture.
Ils arrivèrent chez M. Hannecart. Colette pensait à son enfant, et l'avocat, sans rien espérer, se disait qu'à l'heure de la mort les caractères les plus durs s'amollissent assez logiquement. Peut-être Jeanne se croiraitelle suffisamment vengée pour ne plus persister dans son inflexible résistance. « Un bâtard pour héritier, se disait M. Dietrick, n'est pas ce que j'avais rêvé. Mais je puis l'adopter sans apprendre au public d'où il provient. Straetman se taira : il est riche!... Un enfant ferait bien entre ma femme et moi... Ma vie aurait un but et un intérêt... Mais Jeanne Hendricks me hait! »
Pas plus que son mari, Colette n'espérait une véritable transformation dans les sentiments de Jeanne. Elle était donc prête à tout. Cependant, à la sincère douleur qu'elle éprouvait en pensant à sa sœur moribonde, se mêlaient des angoisses plus intimes, qui ne se formulaient pas et dont la cause était toujours la même.
Le notaire attendait M. Dietrick. « Je ne vous retiendrai pas longtemps, lui dit-il ; si madame voulait rester dix minutes dans ce salon, en la société de ma sœur, que je vais lui envoyer...
— Ne vous occupez pas de moi, monsieur, dit Colette, et ne dérangez pas madame votre sœur. La solitude ne m'effraye pas. »
La voyant triste , le notaire n'insista pas , et amena M. Dietrick dans son cabinet. « Je ne veux point, lui dit-
il, vous presser de me dire le secret qui vous sépare de Mme Lenoir. Bien que , par état, un notaire soit tenu à une absolue discrétion, je croirais commettre une faute en cherchant à vous rendre un service qui pourrait vous paraître avoir pour motif un manque de tact.
— Le secret auquel vous faites allusion n'est pas à moi seul, monsieur le notaire.
— Bien, monsieur, je ne désire rien savoir. Je vous dirai les observations que j'ai faites et il est possible que vous en tiriez bon parti. Mme Lenoir m'a chargé de rédiger ses dernières volontés; son testament peut être connu de vous sans inconvénient : vous êtes riche, et lors même que vous seriez avide , les cinq mille francs qui lui appartiennent ne seraient guère dignes de votre attention. Le testament de Mme Lenoir n'a aucune importance pour personne, si ce n'est pour la pauvre femme qu'elle fait sa légataire universelle.
— Barbe Borgnet, sans doute, dit M. Dietrick.
— Précisément, monsieur.
— Ma belle-sœur ne pouvait agir mieux, monsieur le notaire.
— Je savais bien que ce serait votre avis, reprit M. Hannecart. Aussi, là n'est pas l'intérêt du testament que j'ai été appelé à recevoir. Cet intérêt est dans l'unique condition imposée par la testatrice à sa légataire. Pour jouir de la succession de Mme Lenoir, Mme Borgnet doit garder chez elle un petit {garçon , orphelin , dont l'existence m'a paru être entourée de mystère.
— François!... dit M. Dietrick.
— Oui, monsieur. Mine Lenoir, à qui j'ai fait quelques observations sur la condition imposée à MIIle Borgnet, et à qui j'ai conseillé de vous confier l'orphelin, a rejeté bien loin d'elle l'idée d'abandonner François à M™ Dietrick. J'ai réfléchi à la cause de cette obstination et je me suis décidé à appeler votre attention sur cette cause. Je serais charmé de pouvoir vous être utile sans faire de
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tort à la pauvre femme que Mmc Lenoir a choisie pour son héritière... »
M. Dietrick ne répondit pas tout de suite; enfin il dit : « Monsieur le notaire, dans les renseignements que vous avez bien voulu me donner, je vois surtout un détail précieux : il y a là un orphelin à qui peut-être nous nous intéresserons, ma femme et moi. Nous aurons pour cela un bon motif, que vous, qui êtes un homme de cœur, comprendrez facilement : notre belle-sœur voulait du bien à cet enfant.
— C'est là une pensée d'humanité, dit le notaire; et certes je ne regretterai pas d'avoir été indiscret.
— Et moi, reprit M. Dietrick, je n'oublierai pas, monsieur, que vous avez voulu me rendre un service.
M. et Mme Dietrick partirent immédiatement de chez M. Hannecart, qui leur donna un domestique pour les accompagner jusque chez Mme Lenoir. En chemin, l'avocat, ruminait; il paraissait affairé et soucieux. « Si c'est vraiment l'enfant que nous cherchions, se dit-il au moment où il allait arriver, l'audace de Jeanne Hendricks, autant que notre naïveté, ont été extraordinaires, et ma pauvre femme a été bien cruellement mystifiée par sa sœur. Eh bien, j'en aurai le cœur net; si le petit est le nourrisson de Mme Straetman, il n'a pas pu oublier encore le nom de ceux qui l'ont tenu chez eux pendant sept ans... Ah! si ma femme savait ce que je sais, elle ne marcherait pas ainsi, la tête baissée, sans doute pleurant sous son voile, comme une martyre... »
Vers cinq heures, ils entraient chez Barbe, qui dit en les voyant : « Il n'y a donc plus d'espoir? »
C'était le 25 décembre ; il faisait au dehors froid et humide. Déjà l'ombre avait envahi la ville entière depuis une heure. Dans la ruelle où habitait Barbe , la triste clarté que donne la lampe du pauvre rougissait çà et là les croisées sans rideaux et en faisait autant de regards malades qui rendaient plus sombres encore les maisons
et la rue môme. M. Dietrick et Colette avaient été frappés de cette nudité misérable, et l'appartement occupé par Barbe, tenu dans un état de propreté relative, leur parut presque convenable , après les sensations qu'ils venaient d'éprouver.
Cependant, les premières paroles de Barbe avaient si fortement impressionné Colette à l'instant où elle était entrée, qu'elle s'était assise sur la première chaise libre, près de la porte de l'appartement, tandis que M. Dietrick répondait à Barbe : « M. le notaire Hannecart nous a écrit ce matin que Mme Lenoir était trèsmal. »
Barbe essuya ses yeux du revers de sa main et reprit : « Je n'aurais pas pensé, monsieur, que vous attendriez si longtemps...
— Ah ! Barbe, dit Colette, si Jeanne avait voulu!...
— C'est son entêtement, reprit M. Dietrick, qui l'a mise où elle est. Elle a tout refusé.
— Il est trop tard pour le lui reprocher, monsieur l'avocat, dit Barbe.
— Je n'ai pas l'idée de lui rien reprocher , répondit M. Dietrick ; c'est vous, Barbe, qui me forcez à me défendre : votre accusation est injuste.
— Je vous en prie, dit Colette qui restait assise dans
l'ombre, ne parlez pas ainsi Barbe, ma sœur est donc
bien malade ?
— Elle ne sait plus ni remuer, ni parler, madame Colette ; je crois qu'elle me reconnaît encore; mais je n'en suis pas bien sûre.
— Y a-t-il quelqu'un près d'elle /
— François, madame...
— L'enfant! se dit M. Dietrick.
— Je veux la voir encore une fois, reprit Colette en se levant. Dietrick, venez; par où est-ce, Barbe?
— Par ici, madame.»
Barbe passa la première ; M. Dietrick la suivit et Co-