‹ Histoire de deux soeursChapitre 5 sur 27 · I.i: rUEMIKR TAS · texte numérisé non relu

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sont emparés d'une table d'écarté , et sacrifienl gravement à ce dieu des soirées , une vive conversation s'est établie entre quelques jeunes gens sur le grand événement des jours passés. Chez un homme dont l'opinion est connue , il est rare que l'on manifeste bien haut une opinion contraire ; aussi les discoureurs parlent-ils tous dans le même sens , avec la seule différence du plus ou du moins dans la chaleur de leurs expressions. Ce qui domine pourtant dans le petit conciliabule, c'est la haine, une haine implacable pour les hommes du pouvoir; au nom de chacun d'eux sont accolées les plus outrageuses épithètes ; leurs actes sont passés en revue , et nul ne trouve grâce devant la réprobation générale ; puis , quand on arrive à la dernière page de leur histoire , il y a de lu rage dans les malédictions dont on les accable , dans l'appel sur leurs têtes d'une terrible et prochaine vengeance. Certes, si ce qu'on dit est vrai, ce soir-là les ministres d'alors durent entendre un singulier concert de sifflemens aigus dans leurs oreilles.

— Oui , Messieurs , s'écrie celui qui se fait le plus remarquer par sa véhémence ; oui , c'est infâme de répondre , comme ils l'ont fait , par des coups de sabre aux élans d'une joie généreuse; c'est infâme de se

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venger en bourreaux de leur défaite du scrutin ; mais patience ! les dragonnades de la rue Saint-Denis ont eu de l'écho dans les départemens ; ce qui , suivant eux , devait effrayer les électeurs , n'a servi qu'à leur inspirer un nouveau courage. Patience ! ce pouvoir, qui repousse la nation pour s'appuyer sur les nobles et les jésuites , ne tardera pas à porter la peine de sa trahison. Que le peuple serre ses rangs, et bientôt, ou je me trompe , le règne des novembriseurs sera fini , bientôt tout cet échafaudage de mensonge et de perfidie s'écroulera à la voix de la France.

Ces dernières paroles, qui semblaient renfermer une espérance que personne dans ce temps n'eût osé exprimer avec autant d'énergie, effrayèrent sans doute môme les plus intrépides , car , tout en y applaudissant, le cercle se rompit.

— Bravo ! dit alors quelqu'un derrière l'orateur, qui , se retournant , vit le maître de la maison lui tendre la main ; bravo ! mais , entre nous , — et il l'attira dans un coin du salon, — mon cher monsieur Baudin, vous poussez trop loin les choses.

— C'est possible, répliqua celui-ci , mais, voyez- Y-ous , je ne suis pas maître de mon indignation , quand

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