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pression d'orgueil à la fois et de modestie , — sorle de lumineuse auréole , — qui la rend plus jolie encore. Auprès [d'elle est assise une vieille dame , qui bien certainement lui est unie par les liens du sang ou de l'amitié , car celle-ci paraît toute fière de son triomphe , plus fière que la jeune fille elle-même. Si jamais contraste fut vivement tranché , c'est celui qui existe entre ces deux femmes : la vieille dame est grande , sèche et pâle ; ses yeux gris pétillent dans leurs orbites renfoncés ; ses lèvres minces , le haut de sa figure fortement comprimé et rétréci vers les tempes , dénotent , suivant la science de Lavater , le défaut d'intelligence et l'entêtement. On se sent toutefois disposé k lui pardonner cette dernière mauvaise qualité , en faveur de la tendresse qu'elle témoigne à sa jeune compagne ; elle la couve du regard comme une mère son enfant nouveau-né , elle s'identifie tellement avec le bonheur de celle qui est proclamée la reine du bal, qu'on croirait que son existence tient à ce bonheur.
— Que je voudrais que la sœur l'ouvrière fût ici , lui dit-elle dans l'intervalle de deux contredanses ; si elle te voyait , elle en mourrait de jalousie.
— Ah ! ma tante , ne dites pas cela de Fanny , lé-
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plique la jeune (ille avec vivacité ; elle m'aime tant !
— C'est ce que nous verrons , reprend la vieille d'un ton d'humeur ; c'est ce que nous verrons quand tu feras un beau et riche mariage.... Il ne faut pas rougir pour cela , mon enfant ; mais , vois-tu , cela ne peut pas te manquer, car tu tournes toutes les têtes ici , et il y a de bons partis.
— Vraiment , ma tante , ne parlez pas si haut : si l'on vous entendait....
— Eh bien ! on n'aurait qu'à te regarder pour convenir que j'ai raison. Tiens , qu'est-ce que je te disais ? Ecoute , écoute donc. . . .
Deux jeunes gens étaient venus se placer , à dessein peut-être , non loin de la tante et de la nièce , et l'un d'eux prononçait , avec une chaleur qui l'eût trahi, de ces mots que devine, rien qu'au mouvement des lèvres , la femme intéressée à les entendre.
— Oui , mon cher , disait-il , j'en suis amoureux fou ; je viens de danser avec elle , et j'étais si stupide d'admiration que je ne lui ai pas dit une seule parole. Elle a dû me prendre pour un sot , mais cela m'est égal. Son nom , toi qui la connais?
— Je le répète qu'il n'y a rien là qui convienne à un héritier comme toi.
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— N'importe, son nom?
— Eh bien ! puisque tule veux absolument , c'est mademoiselle Claire Granger , la fille ainée du négociant Granger
— Qui est mort, je crois....
— Ruiné , complètement ruiné , comprends-tu ?
— Ainsi donc , rien ?
— A peu près : sa tante , madame Féret , la seule parente qu'elle ait au monde , afin d'augmenter sa modeste aisance , et aussi sans doute afin de donner à la jeune personne quelques robes de plus, a placé son avoir en viager : dix-huit cents francs de rente , mon cher, dont la belle Claire n'aura pas un centime; ainsi le calcul est bien simple , mais tu ne calcules pas , toi.... Madame Féret , c'esC cette vieille dame qui est à côté d'elle... ne regarde-donc pas si vite : elle croirait que nous parlons de sa nièce... Cette vieille dame, vois-tu , te vouerait une estime et une amitié éternelles si tu allais te proposer pour mari , car il parait que c'est là le but de toutes ses pensées , de toutes ses démarches, l'unique vœu de sa vie enfin : un mai i pour la belle Claire , mais un mari avec une fortune toute venue , la plus grande serait la meilleure ; je crois pourtant que sous ce rapport
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comme sous tous les autres, tu lui conviendrais....
— Vraiment, répondit l'amoureux désappointé , un maître de maison ne devrait pas nous exposer , nous autres jeunes gens, à tomber dans un pareil piège; que diable ! c'est un guet-à-pens ; et dis-moi , son éducation ?
— Oh ! brillante , superbe , des connaissances , des lalens , du moins à ce qu'on dit , il faut bien qu'elle ait quelque chose , ce sera sa dot.
— Ah ! tant mieux !
— Comment ! tu te laisserais prendre?
— Je ne sais encore , mais écoute , je suis riche , maître de mes actions....
— Une belle trouvaille pour une jolie fille qui n'a îien !
— Et je pense qu'une femme qui aurait des taiens , de vrais talens, me ferait honneur... et puis , vois donc comme elle est jolie, mais c'est un ange , mon ami !
— Ma foi , si tu voulais faire ta déclaration , lu as réussi; l'ange t'a entendu....
— Tu crois ? eh bien ! je ne m'en dédis pas , c'est toujours un pas de fait, et nous verrons...
El les jeunes gens s'éloignent , l'un riant , l'autre
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heureux , quoiqu'un peu confus du brusque aveu qu'il vienl de faire.
En effet , Claire , non plus que madame Féret , n'a rien perdu de cette conversation. Si parfois les mots ne sont pas venus jusqu'à son oreille , du moins elle a saisi toutes les nuances du sentiment qui se sont reflétées tour-à-tour sur la figure expressive de son adorateur ; ni l'enthousiasme du jeune amant pour sa beauté, ni sa froideur et son air de dédain lorsqu'il a parlé de la fortune qui lui manque à elle, pauvre fille! ni l'espérance qui, un peu après, a brillé sur son front, rien de tout cela ne lui a échappé. Mais un mot surtout lui a doucement ému le cœur , ce mot ange qu'elle a bien entendu , comme le disait- le compagnon du jeune homme , et cette tendre appellation lui fait oublier tout le reste.
— Me croiras-tu à présent? ' A ces paroles prononcées parla tante d'un ton où l'on ne pourrait dire ce qui domine de la vanité satisfaite ou de la tendresse , Claire ne répond pas. Tout entière au trouble inconnu et si naturel qui s'empare d'elle pour la première fois, la belle jeune fille rougit, et n'ose lever les yeux de peur que chacun n'y lise le plaisir qu'elle éprouve , et la cause de ce plaisir; elle n'est plu;*
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là, au bal ; elle rôve. C'est en vain que madame Féret l'interroge de nouveau , elle se contente de lui prendre la main et delà serrer; à ce moment, elle aurait honte et regret de parler : elle est si tremblante , si heureuse !
Cependant , vers les trois heures du matin , les danses sont interrompues ; le plaisir se mourait de fatigue et un peu de repos lui était nécessaire ; ce temps d'arrêt de quelques minutes va lui donner de nouvelles forces pour le reste de la nuit , car il paraît que le commerçant veut suivre la mode et faire grandement les choses. Mais en maître de maison attentif, qui désire avant tout amuser son monde, il cherche un moyen de remplir cet intervalle de répit.
— Si quelqu'une de ces dames était assez bonne pour nous faire de la musique , s'écrie-t-il , — et ses yeux en quête d'une complaisante virtuose , s'arrêtent comme par hasard sur madame Féret qui a souri à cette proposition : — Ah ! justement, madame, continue-t-il , on dit que mademoiselle votre nièce possède un talent que nous serions heureux de pouvoir admirer.
Poussée par sa tante , invitée de toutes parts , rouge et timide , Claire hésite encore , lorsqu'un jciiao