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qui avez prèché et qui prêchez encore l'instruction égale pour tous, l'instruction universelle.
L’instruction, nous y voici.
Qu’on ne s'y méprenne pas cependant. Si je crie haro, c'est contre l'abus, et y a-t-il un abus plus condamnable que celui qui gâte et vicie la société nouvelle dans son germe, que celui qui détourne les enfans de la route qu'ils devraient suivre pour devenir des hommes ?
L’instruction mal appliquée, mal digérée par conséquent, la demi-instruction en un mot, voilà, croyez-moi, ce qui allume dans tant de jeunes têtes cette ambition désordonnée, laquelle ne trouvant nulle part sa place toute faite, veut se la faire de force. Voilà ce qui lance sur le pavé des grandes cités, les jours d'émeutes, ces courages, coupables faute du bon emploi qui leur manque. Cette seif de bouleversemens et de désordres, cette ardeur révolutionnaire qui nous effraie, sont suggérées aux jeunes gens instruits mal à propos ou à demi instruits par le besoin de se créer une position dans une société régénérée à leur maniére, puisque dans l’ordre actuel ils ne peuvent
atteindre leur but. Une première épreuve est 1 1.
* pour eux sans succès, ils récommenceront, ils vivront de guerre civile, de renversemens, et cela doit ètre : incapables d'exercer un métier, ayant acquis des. idées élevées, ces malheureux rougissent de la profession, de l'obscurité de leurs pères, sans pour cela avoir assez de capacité et de talent pour sortir de la sphère où ils étaient nés. Ils ont intérêt à faire des révolutions, puisque d’une révolution seule peut venir pour eux une fortune. | |
Et les femmes! Parmi celles qui vivent de prostitution, combien sont tombées à ce degré d'avilissement par suite d’une éducation stupide ?
O Philanthropie, que nous veux-tu ?
Eh bien ! philanthropes , bienfaiteurs des hommes, c’est une de vos victimes qui veut ouvrir les yeux des insensés que vous conduiriez comme lui à un état pire que le néant, à une existence vide et sans but.
Ainsi que tant d’autres , j'ai passé huit ans dans les colléges à apprendre le grec et le latin, à me nourrir, moi destiné à vivre dans une monarchie,
d'idées républicaines, à méconnaître le monde au milieu duquel je devais chercher une place. Ainsi
que tant d’autres, à vingt ans je ne savais rien de ce qu’il m'aurait fallu savoir. A vingt ans ! Malheureux, songez-y donc, mes plus belles années perdues, un avenir à me faire, et sans moyens, sans ressources intellectuelles, ou pour mieux dire, avec une intelligence torturée, détournée de son droit et véritable chemin. Je vous le dis dans l’amertume demon cœur, avec désespoir, votre instruction universelle n’est qu’un piége, qu’une indigne fausseté! vos belles paroles d'amour pour le genre humain, qu'un véhicule pour vous porter au faite d’une popularité usurpée ! Le beau système, en vérité, que celui qui n’a pour résultat le moins fâcheux que de produire des hommes inutiles ! à | À
J ‘ignore s'il y a prudence à aller ainsi contre les idées. de son temps ; mais ce que je sais, c'est qu’
a plus : j'en appelle ici à ceux même qui propa-
il y. a courage du moins, et cela me suflit. Il y
gent vos utopies, et je suis certain que pas un ne se trouvera qui ne dise, la main:sur la conscience : Il a raison.
Et penser que ces voix éloquentes, qui ont du pouvoir sur les masses, gardent un silence obstiné
= Al
€n regard de tant de désastres dérivant d'une seule cause ! Penser qu'il suffirait peut-être d’une seule parole d’un de ces hemmes haut placés dans l'opinion pour remédier à ce mal, et que cette parole ne se prononce pas! Et pourquoi ?.. Je me tais : il y a de la honte dans ce mutisme calculé.
Un sentiment bien pénible me saisit au moment de la publication de ce livre, celui de mon impuissance; mais je ne fais qu’un essai, je ne fais que jeter une pierre d'attente ; d’autres la ramasseront pour s’en servir à la construction d’un solide édifice. Grâce au ciel, depuis deux ans l’œuvre est commencée, elle s’achèvera.
Moi ausei, J'ai foi dans l'avenir ; par égoisme peut-être : je suis jeune. Qu’iniporte ? Espérons que le jour n'est pas loin où tous ces faux semblans «de patriotisme , de liberté et d'égalité mal entendues disparaîtront sous le fouet vengeur de la raison publique outragée. Vous avez fait de la génération actuelle une génération folle, généreuse sans doute par ses sentimens naturels , mais incapable de rien fonder, de rien établir. Ek bien ! de nos rangs , j'en ai la conviction, surgiroat bientôt
des vainqueurs de vos fourberies. Inconnu, je ne
réclame que le mérite d’avoir montré à d’autres le but auquel je ne puis parvenir.
Maintenant parlerar.je de l’action et de la forme du livre qu’on va lire. Ce sont choses extrêmement simples , et, l'avouerai-je, c'est cette simplicité même qui me donne quelqu’espoir de succès, H m'a semblé qu’en obéissant à la réaction littéraire indiquée et presqu’opérée par de bons esprits, je n'ai pu que suivre la voie la meilleure.
La critique qui me fut si indulgente pour un premier ouvrage , et que je remercie de cette indulgence, m’a imposé par là de nouveaux devoirs : je me suis cru obligé, sinon à plus de talent, ce dont je ne suis pas le maître, du moins à autant de conscience dans mon iravail ; sur ce dernier point j'ai la conviction de n'être pas resté en arrière de la promesse que je m'étais faite. À mon avis, la même probité est imposée à l'écrivain et à l’homme privé ; l’un est une partie de l’autre, ils ne se séparent point. Je puis donc, comme Montaigne, dire : Ceci est un livre de bonne foi. En un mot, autant qu'il m'a été possible, je me suis efforcé de profiter des conseils pour mieux faire, des encouragemens pour en mériter de nouveaux.
En retour de mes efforts , j'attends la même bienveillance.
Me sera-t-elle accordée ?
Juin 1855.