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Les Dieppois se résigneut à capituler. — Tout est rétabli à \iea près sur TaocieD pied. — Ce que deifiçaneot les prute^Uots.
Le sacrifice élait bieo dur ; mais failait-il s*exposer au pillage et à toutes les misères d'un siège dont iïssue élait certaine? Après bien des hésitations, force fut de s'accommoder au ttmps et d'en passer par le bon plaisir du roi. Les compagnies anglaises se retirèrent au Havre-de- Grâce, et avec elles ceux des habitants qui ne pouvaient se résigner à renoncer à l'exercice de leur religion, ou qui , s'étant trop compromis , trouvèrent plus prudent de ne pas attendi e l'exécution des promesses du roi , et de mettre leurs têtes à couvert. Quel(|ues-uns, au lieu de se réfugier au Havre , s'embarquèrent et gagnèrent les côtes d'Angleterre ou d'Étosse. Parmi ces derniers étaient M Desfort, le commandant de la ville, le capitaine Jean Ribaut, le minisire Saint-Paul, et beaucoup d'autres au nombre de plus d'un cent.
Quel changement pour celte ville, qui, depuis huit'mois , se gouvernait elle-même et n'en faisait qu'à sa tête! Obéir 9U lieu de commander, payer des impôts au lieu d'en lever, être chasbé de ces églises dont on s'était emparé avec tant d'orgueil et de joie, telle éliiit la perspective que cette capitulation offrait aux prolestants, c'est-à dire à presque tous les habitants de la ville. C'était le premier échec qu'eût essuyé la sainie cause depuis qu'elle avait germé sur le sol dieppois. Jusque-là elle n'avait fait que grandir; Pieppe passait parmi les fidèles pour la cité de Dieu , la Jérusalem nouvelle ; ce revers coupait court à bien des illusions , confondait bien des prophéties ; les chancelants allaient s'ébranler, les timides s'amoUir ; il y avait là pour les zélés bien des sujets de larmes et de tristes réflexions ! Quant à la ville elle-même, que de changements aussi n'y remarquait-
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on point ! pas une cgiise , pas un monnniciU do piéié qui ne portât les traces de (a dévastation ; partout des staïui»» mutilées , des croix brisées , des images réduites en cendres; et, au milieu de ces décombres , les puissants de la Teille , capitaines de la garde bourgeoise , ministres, prédicateurs , gouverneur de citadelle , errants , fugitifs sur le rivage , et réduits pour trouver un asile à se jeter dans quelques bateaux de pêcheurs.
Cependant le connétable de iMontmo'*ency fut envoyé par le roi pour prendre possession de la ville. Son premier soin fut de lui donner de nouveaux magistrats et d'appeler Al. de Ricarviile au gouvernement du château. Ce choix jeta la ville dans la consternation. On se souvient que M. de Ricarviile était fougueux catholique , qu'il avait de vieilles injures à venger, et que depuis huit mois , enfermé dans le château d'Arqués , il guerroyait contre les Dieppois. Les principaux bourgeois se rendirent auprès de M. de Montmorency, le suppliant de révoquer son choix. Il n'y voulut pas consentir; mais il leur accorda que M. de Ricarviile ne serait capitaine que du château seulement , et qu'il y aurait un second capitaine pour la villle. A la grande consolation des habitants , ce second capitaine fut IVl. de Basqueville, gentilhomme des environs, qui était de la religion , ayant même abjuré un drs premiers , coinnie on l'a vu plus haut^ ; homme dévoué au roi , mais plein de modération , et bien porté pour les habitants, ses frères en religion.
• Après avoir installé les deux gouverneurs , le connétable fit dire la messe à Saint-Jacques par son chapelain. Les portes étaient fermées , et il n'y avait dans l'église que lui, ses gens, et quelques cathiliques osant encore à peine se montrer, bien qu'il y eût dans la ville six compagnies de gens d'armes et de lansquenets sous les ordres de M. de Montmorency. Pendant les trois jours que celui-ci passa à
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Dieppe, il continua à faire dire ainsi une messe basse chaque malin, et, à son départ, il laissa son chapelain, afin que le culte ne chômât pas faute de prêtre, car pas un seul ecclésiastique n*avait eitcore osé reparaître dans la ville. Ce ne fut que le 15 décembre, c'est-à-dire un mois et demi après la capitulation , qu'un des anciens desservants de Saint-Jacques se hasarda enfm à chanter la messe; et pourtant M. de Basqueville n'avait cessé de publier bien haut qu'il donnerait main-furte au besoin pour protéger les prêtres catholiques.
M. de Montmorency, voyant par ses yeux à quel point la religion. réformée était dominante dans la ville, ne fit pas difficulté de se charger d'une très-humble supplique an roi signée des habitants , dans laquelle ils demandaient avec instance qu'on ne les privât pas plus long temps du pain spirituel , sans lequel ils ne pouvaient vivre que dans l'athéisme, et qu'on leur rendît la liberté de leur exercice. ]] leur fut répondu par leioi, c'est-à-dire par son consul et sa mère , que, quant au culte public, ils ne l'obtiendraient jamais , mais qu'on fermerait les yeux sur des assemblées de trente à quarante personnes dans des niaisons particulières , et de nuit seulement ; encore ne vou lut-on leur en donner qu'une permission verbale.
Mais c'en était assez pour satisfaire les vrais croyants. En place de M. de Saint Paul , qui n'osait revenir d'Angleterre, il leur arriva qaatre ministres : MM. du Perron, père du cardinal de ce nom , de Fengueray, Tardif et d'Outreleau. Peu après, il en vint encore quatre autres; ils* faisaient tous les jours huit prêches : de cette façon , tout le monde pouvait être édifié. On ne s'assemblait pas au delà du nombre presctit; chacun y allait à son tour; et , pour être reconnu , on montrait son Marot en entrant. Cela dura pendant six semaines très-paisiblement. Ceux qui ne faisaient de la religion qu'une affaire de conscience se résignaient à cette demi-liberté ; mais à côté d'eux s'en trouvaient qui se plaignaient encore plus f#rt que si rien
ne leur eût été accordé. Il leur fallait Texercice public ou rien ; et , comme pour en venir à ce but , ils ne cessaient d'ourdir des trames et de faire des projets de complot , il était probable que le repos de la ville serait prochainement troublé.