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Approche du duc d*Auma1e. — Courage et préparatifs des Dieppois — Rouen pris d'assaut. — La nouvelle en arrive à Dieppe.
Mais un ennemi plus redoutable était à la veille de menacer les Dieppois. Pour répondre à la prise d'armes du prince de Condé et de l'amiral , la cour et les Guise avaient mis en campagne de fortes armées , et faisaient de grands préparatifs par tout le royaume contre les huguenots. Le duc d'Aumale , à la tête de troupes considérables et bien
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aguerries, avait été chargé de balayer U Picardie; et comme il avait à peu près achevé sa tâche, oq anoooçait qu'il allait déboucher par ÀhbevlUe, côtoyer la ina* jusqu'à Dieppe, et de là .se porter i»ur Rouen pour eu faire le siège.
Le courage des Dieppois ne fut pas abatiu par l'approche d'uu si graud danger. La ville éuit mal fortifiée ; on se mil aussitôt à creuser les fossés , à réparer les remparts. Jeunes et vieux, femmes et enfants, tous éuieat à l'ouvrage. Le sieur de Coudray, habile officier, que M. de Senerpont avait envoyé , présidait aux travaux. Il fit labourer les prairies qui entourent la ville, et par le moyen d'une écluse y fit couler les eaux de la mer, de manière à rendre l'abord des remparts impraticable. Puis il fallut mettre en état de défense la citadelle qui couronnait la falaise sur laquelle est bâti le château. Cette citadelle n'avait jamais été achevée, et telle était l'ardeur des travailleurs, qu'en moins de deux semaines ils eurent élevé toutes les terrasses , creusé les fossés et revêtu les murailles *.
A la vérité une foule de protestants de Picardie , fuyant devant l'armée du duc d'Aumale , étaient venus demander asile à Dieppe. On les avait assistés de la bourse commune , logés dans les maisons des catholiques qui avaient déserté la ville; et en échange de celte hospitalité, ils mettaient la main à la pioche et grossissaient le nombre des travailleurs.
Quand les soldats de d'Âumale parurent dans la vallée, la ville présentait déjà un aspect assez formidable pour qu'un coup de main fût impossible. L'intention du duc n'était pas d'en faire le siège; il se borna donc à loger quelques compagnies dans le château d'Arqués pour aider les catholiques des environs dans leur petite guerre contre les Dieppois, et pour affamer la ville en lâchant d'en garder les issues.
' Un moifi après enviroo, le fort du Polkt fut bâti sur l'empla* cernent de raucieone bastille de Talbut.
B4 HIStOIRE DE DIEPPE.
Ce plan aurait pu réussir si la mer n'eût été là pour offrir aux assiégés tous les moyens de s'approvisionner. En effet, peu de jours après le passage du duc d'Aumalc, la reine Elisabeth , instruite de la situation des Dieppois , leur envoya plusieurs navires chargés de vivres et montés par sept h huits cents fantassins bien armés. Après l'arrivée de ce secours on fit la revue de tout ce qu'il y avait de troupes dans la ville : il s'y trouva deux mille cinq cents hommes, sans comprendre les quatre compagnies anglaises qui venaient de débarquer.
Cependant les nouvelles de Rouen devenaient sombres. Le roi en personne , accompagné du duc de Guise , assis* tait au siège : la ville était vivement pressée , et la garnison aux abois. Les frères de Dieppe tentèrent de faire pénétrer dans la place un petit renfort ; il fut décidé , le 15 octobre , que deux compagnies de gens de pied partiraieut à petit bruit dès la tombée du jour. On espérait qu'en éviant les grands chemins elles parviendraient à s'introduire Ae bon matin dans la ville; mais , soit mauvaise fortune, soit maladresse du commandant, ces deux compagnies tombèrent dans un gros de l'armée du duc d*Aumale , et la moitié fut taillée en pièces , l'autre moitié fut prise.
Les assiégés étant à toute extrémité , la reine-mèrô envoya à Dieppe , le 22 octobre, le sieur d'Annebourg et urt autre gentilhomme de sa maison, sommer la ville de se rendre en acceptant les mêmes conditions que le roi avait accordées à ceux de Bourges. Ils firent réponse qu'ils priaient la reine de donner un sauf-conduit à deux d'entre eux pour aller conférer avec ceux de Rouen et connaître au vrai l'état des choses. La reine ne jugea pas à propos d'accéder à cette singulière demande. Mais durant ces pour- (larlers les murailles de Rouen étaient battues en brèche, et , malgré le courage désespéré des habitants , il n'y avait qu'un miracle qui pût les sauver. Les Dieppois, ne pouvant plus leur envoyer des renforts, ordonnèrent un jeûne public et firent des prières solennelles en faveur de cette mal-
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heareuse cité ; mais il élait trop tard : le 26 octobre elle fut emportée d'assaut et pillée Tespace de huit jours , quelques défenses qu'eussent pu faire le roi et le duc de Guise.
• Quand les Dieppoîs reçurent cette triste nouvelle ils priaient encore pour le salut de leur capitale : ce fut un deuil et un effroi sans exemple; mais la terreur redoubla étrangement quand on apprit que l'artillerie du roi marchait vers Dieppe, et lorsqu'on vit un trompette royal s'arrêter devant la porte de la Barre , le 30 octobre au matin, et sommer la ville. L'exemple de Rouen n^était pas encourageant; la ville, quoiqu'en bon état de défense, n'était pas de force à tenir long-temps: aussi les plus mutins gardaient-ils le silence, laissant aux plus sages le soin de décider. Le roi, malgré sa victoire , leur offrait encore les mêmes conditions qu'il avait accordées à la ville de Bourges; c'est-à-dire promesse de leur conserver leurs privilèges, de n'inquiéter personne pour prise d'armes ou rébellions passées , et de les protéger contre toutes hostilités et outrages pour fait de religion.
Ils demandèrent en outre, d'abord qu'on leur permit de ne livrer la ville qu'après le temps nécessaire pour en faire sortir les Anglais, leurs alliés; en second lieu, qu'on leur accordât la grâce d'ouïr librement la prédication de l'Évangile par leurs ministres, selon que l'édit de janvier, rendu par 6a Majesté, leur en avait reconnu le droit.
La première demande leur fut accordée; quant à la seconde, on ne daigna pas seulement en entendre parler. « Le roi, leur répondit-on, ne veut désormais d'autre religion dans son royaume que la romaine. »
86 lusKuiii^: uv. ubPPC.