‹ Histoire de DieppeChapitre 11 sur 99 · SIX · texte numérisé non relu

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Conspiration; — son succès. — La ville une seconde fois au pouvoir des protestants. — Comment Montgomery la gouverne.

Vers la mi -décembre. Desfort « l'ancien commandant , revint d'Angleterre sous un déguisement; il eut quelques entrevues avec un capitaine nommé Gascon , avec le sieur Catteville iMalderé et plusieurs autres gentilshommes du voisinage ; puis il passa au Havre-de- Grâce pour s'entendre avec le fameux comte de Montgomery et avec Brtquemaut, un des officiers de Tainiral , qui tenaient la ville au nom des huguenots. C'était à se rendre maîtres du château de Dieppe et de la personne de Ricarvilleque tendaient toutes ces machinations. Ricarviile en fut averti on ne sait comment; il lui en fut même donné avis de la cour et par la reine elle-même , mais il n'y prit pas garde. Le 21 décembre , comme il passait de bon matin sur la plate-forme qui est à rentrée du château, et où se trou\ aient plusieurs pièces de canon chargées et amorcées , il aperçut quatre soldats d'assez mauvaise mine qui rôdaient alentour. Leur ayant demandé ce qui les amenait , ils répondirent qu'ils atteudaient le sergent de garde. Ricarviile passa outre en disant à l'officier qui l'accompagnait : o Ces rustres-là ne » vous semblent-ils pas de ces gens qui tuent les capitaines? » Puis en se retournant il vit Tun d'eux qui saisissait la mèche d'un canon et se disposait à mettre le feu ; aloi s , plein de colère , il tire son épée et s'élance pour le fraj)per; mais les autres lui coupent le passage, et l'un

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d'eux , nommé Hoqueton , qui tenait une hallebarde à la main , lui en donne dans le ventre un coup qui Tétend par terre ; les deux autres l'achèvent à coups de dague, et, pendant ce temps , le quatrième met le feu au canon. Le coup part : r.'éiail le signal convenu avec Gascon et Catteville. Ils étaient aux écoutes a\ec leurs gens dans une maison voisine. Aussitôt ils accourent, et, à l'aide de la plupart des soldats de Ricarville , qui étaient d'intelligence , ils s'emparent du château. De là , descendant dans la ville , ils marchent par les rues en armes , criant : « Vive le nouvel Evangile! le prêche à Saint Jacques ! A bas les papistes! » A ce bruit , M. de Basqueville monte à cheval, et , suivi de quelques domestiques , accourt vers le château ; maiS) arrivé au Puits salé, il rencontre Gascon et sa troupe , que tous les bourgeois accueillaient par des vivat. Force lui fut de rentrer à son logis, où le bailli et les échevins vinrent bientôt le rejoindre pour délib<?rer sur ce qui était à faire; mais Gascon, bien accompagné ^ le pistolet au poing, monte brusquement dans la chambre où on délibérait , et s'adressant à Basqueville : o Monsieur le » gouverneur, vous plairait-il d'aller délibérer au château? » Vous êtes des nôtres, et il ne vous sera rien fait de mal ; » mais nous voulons vous donner meilleure compagnie. « Cela dit , M. de Basqueville fut conduit sous bonne garde au château. Il y demeura la nuit , et, le lendemain, sur sa demande, on le laissa se retirer dans son domaine de Basqueville.

Pendant ce temps on faisait le prêche à Saint-Jacques et il wSaint*Remy ; les autels , réparés , ornés tant bien que mal depuis quelques jours, furent de nouveau dépouillés; le ministre Saint Paul revint d'Angleterre; et, en un mot, tout fut rétabli dans la ville sur le même pied qu'avant la capitulation.

Aussitôt que Montgomery, qui était au Havre, apprit le succ^8 de l'entreprise, il se mit en marche, et fit son entrée h Dieppe le 29 décembre avec un grand nombre de gen-

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tilshommes et quatre compagnies de gens de guerre. Pendant deux nfiois qu'il séjourna dans la ville, il n'est sorte de vexations qu'il ne fît endurer aux habitants. Non-seulement il pilla et démolit plusieurs églises tant d»* Id ville que des faubourgs , ce qui n'eût été que bagatelles et œuvres pies à aux yeux des Dieppoiîi ; rton-seulement il ft-appa de contributions tous les catholiques qui s'étaient hasardés h reparaître depuis la capitulation, mais il mit dans sa poche tout l'argent provenant de ces exactions , puis il taxa la ville par voie d'emprunt forcé à la somme de 15,000 livres, sans compter bien d'autres impôts et levées d'argent, toujours à son profil. Non content de saigner la bourse de ces pauvres bourgeois, il les faisait travailler nuit et jour, comme des serfs, aux fortificaiions ; et après les avoir ainsi vexés dans leur ville , il se mit à ruiner leur commerce par ses navires armés en guerre, se faisant pirate de compte à demi avec tous les forbans de la côte. Les gens de sa maison , encouragés par de si beaux exemples, pillaient , volaient à tort à travers. Un d'eux alla même jusqu'à tuer en plein jour un canonnicr de la ville, nommé Nicolas Selle, qui voulait l'empêcher d'enlever deux chevaux à un pauvre marchand. Peu s'en fallut que le peuple prît fait et cause et qu'il s'ensuivit bien des désordres. Enfin, les habitants, poussés à bout, adressèrent leurs plaintes à l'amiral , et lui firent sentir combien il était dur ^ après avoir goûté la douceur du repos sous le gouvernement de M. de Basqneville et môme d'un Ricarville , d'être traités si rigoureusement par un homme de leur religion , et que sa croyance obligeait à vivre d'une manière plus chrétienne. L'amiral , quoiqu'il fût grand ennemi des violences , n'osa rien dire au comte, à cause des grands services qu'il avait rendus et rendait encore au parti. Il pria les Dieppois de prendre patience , et quelque temps après , sous un autre prétexte, il rappela IVÎontgomery« Celui-ci partit le 58 février. Il fut conduit jusqu'à la porte delà ville par les habitants , qui porttiieut des torches à la main pour lui faire

honneur, et qui bénissaient tout bas le ciel de Ips délivrer de ce Belzébuth.

L^amiral leur envoya, pour commander la ville et le château, d'abord le sieur de Presle, ensuite M. de Gonseville; puis cnûu, comme il était en pourparlers avec la cour et à la veille de faire sa paix , il jugea à propos de choisir pour capitaine de Dieppe M. de la Curaye, bon huguenot, mais gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, et qui était dans la faveur du connétable de Montmorency.

SX.

Second édit de pacification (1563). — Voyage do Roi et de la Reine à Dieppe. — Leur réception. — Résultat de ce voyage. — M. de SIgogiies nommé gonveroeur de Dieppe. — Portrait de M. de Sigognes.

. L'édit de paix fut signé et publié le 19 mars 156â ; la guerre durait depuis un an environ. Quelques jours après, M. de la Curaye arriva à Dieppe. Ayant aussitôt convoqué l'assemblée de ville , il annonça « que M. le prince Tavait chargé de mettre sous les yeux de ses frères le nouvel édit ; que cet édit, quoique moins avantageux que celui de janvier, lui avait semblé devoir être accepté dans Tespérancc qu'il serait de plus de durée et mieux observé par les ennemis de la foi; qu'en tout cas, une paix avec liberté de conscience était toujours préférable à une guerre désastreuse et incertaine ; que , quant à eux , bourgeois de Dieppe, ils ne perdraient rien à cette paix, puisqu'elle leur laissait les mêmes avantages que le premier édit; partant, qu'ils devaient en rendre grâces à Dieu et s'y assujettir. » Ce message fut fort bien reçu, surtout lorsque M, de la Curaye ajouta que « iM. le prince avait obtenu que personne ne serait inquiété au sujet de la mort de Ricarvillc et des événements qui l'avaient suivie. » Mais quand il en vint cl dire que les églises devaient être rendues aux ca-

thoiiques et qu'un local particulier serait préparé pour la prédication de l'Évangile , il y eut grand désespoir dans l'assemblée, et l'on supplia M. de la Curaye de vouloir bien se rendre auprès de l\l. le prince pour le prier de leur faire accorder au n)oins l'église Saint-Jacques. Trois requêtes , l'une à M. de la Curaye pour lui donner ses instructions, l'autre à M. le prince, l'autre à la reinemère, furent aussitôt dressées et couvertes de signatures ^

^ Voici quelques fragments du texte de ces requêtes. Ils feront yoir, mieux que nous ne pourrions IVxpliquiT en beaucoup de pages, quel était alors à Dieiipe l*état des esprits et de la religion.

A M. de la Curaye.

« Monsieur,

V Les conseillers , mananfs rt habitants de la yille de Dieppe, après vous avoir ouï et entendu ce qu'il vous a plu leur dire sur le fait de Tédit du roi, touchant la pacification des troubles, yons font humblemenl répoDi^e quMIs n'eussent pu recevoir plus joyeuse nnnvelle ni chose plus désirée que la paix et tranquillité qu'il platt à

Dieu envoyer en ce royaume Lesdits manants et habitants vous

supplient. Monsieur, qu'il vous plaise faire entendre à Sa Majesté qu'il y a passé un an ou environ qu'ils sont en possession du tcmpie de Saint -Jacques, où ils ont, durant ce temps, paisiblement fait et continué l'exercice de la religion, et que la préilication de r£vangile a fait un tel fruit en ladite ville, que l'idolâtrie en est du tout chassée; tellement, que durant ledit temps ne s'est offert un seul prêtre pour y dire la messe , encore que l'on n'y ait donné aucun empêchement , et a été la plus grande partie du peuple de la ville convertie et gagnée à l'Évaugile, voire en si grande multitude qu'il ne se trouvera en ladite ville un lieu ou deux bâtis et couyerts suffisants pour les recevoir, horsmis ledit temple de Saint- Jacques, pour l'effet que dessus. Laissant le temple de Saint-Remy, qui reste en ladite ville, à ceux qui voaJroitt vivre en la religion de l'église romaine , qui sont tous gens de basse condition et en si petit nombre, que le temple de Saint-Remy est beaucoup plus grand qu'il ne leur faut... qu'il n'y a dans la ville aucun relii^ieiix, chanoine ni autre eccléMustique qui puisse réclamer ni donner contredit; que les curés des bénéfices de Saint-Jacques n'y peuvent pré-

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M. de la Curaye et deux autres gentilshommes, porteurs de ces requêtes, allèrent trouver le prince et la reine; mais ils ne purent rieu obtenir. Toutefois, de retour à Dieppe, le gouverneur se contenu de défendre sévèrement qu*on dégradât les églises, laissant du reste les protestants maîircs d*y continuer Texercice de leur culte jusqu'à ce qu'il fût statué sur le lieu qui leur serait accordé.

tendre grand intc^iét, attendu qu*il n'y a aucune dîme ni revenus lemporelâ audit béuéHce , mais seulement le baise-main et atitres oblations qui sont venues presqu'à néant et ne valent le desservir, tandis qu'à l'autre bénéfice de Saint-Remy il y a dîmes qui deineti* rent au curé, d'autant que la paroisse s'étend hors la ville et jusqu'aux champs et terres labourables , etc., etc. »

Letfre à la reine-mère, envoyée par Mathas Heude, escuyer, sieiir de Veuks, lieutenant au gouvernement de Dieppe^ etc.

u Madame ,

» Ayant obéi très-promptement à la volonté du roi et de vous^ de faire cesser toute hostilité entre nous et poser les armes, nous sommes , grâces à Dieu , et par votre heureux gouvernement , en telle tranquillité et réunion pour le présent avec nos voisins , que nous n'avons («lus que désirer, sinon d'être maintenant en cet état longuement, ce que nous espérons par votre grâce et moyen. Ma<« pour ce que certaines compagnies de gens de guerre, à nous suspects pour les raisons que le porteur vous dira amplement, se sotlt approchées de cette ville et y demandent entrée , ce qui pnurroit changer notre repos en quelque grand troublej nous vous supplions très-humblement qu'à l'exemple de tous nos rois, vos prédécesseurs, lesquels s'étant fiés toujours à notre fidélité, dont aussi ne lelir advint aucune faute, nous ont jusqu'à votre règne exemptés de garnison, il vous plaise nous continuer ce privilège . et soyez assurée que vous y tenez des forces pour ce petit lieu assez suriisantès ; c'est ù savoir les bonnes et fidèles volontés de tout ce peuple envers vous , auquel vous croîtrez encore le courage de s'employer comme ils doivent à votre service, s'il vous plall leur octroyer pour l'exercice de la religion réformée l'un des temples de cette ville, comme ils en ont paisiblement joui jusqu'ici par plus d'un an, vous assurant que c'est un moyen de vous les encourager de plus

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Les choses allaient ainsi dcpuisi quatre mois , lorsqu'on apprit à Dieppe , vers le couimencement d'août , que le Uavre-de-Grâce venait d'être pris sur les AngUis par M. ie connétable de iMontinorency, et que le roi en personne, la reine sa mère, le maréchal de Brissac et autres seigneurs de la cour, revenant du siège, traversaient le pays de (aux et s'en venaient passer quelques jours dans la ville. Le prince de Condé était du voyage , un peu contrit d'avoir assisté à cette reddition du Havre, et prévoyant bien que la reine Elisabeth lui reprocherait cette faiblesse et ne lui donnerait plus de secours si par la suite il venait à en

en plus, avec le repos de tous, et sans fâcherie ni dommage de personne;

V Madame ,

» Nous nous recommandons très-humblement à votre bonne grâce, et nous prions Dieu qu'il vous donne prospérité.

n D« Dieppe, te 20* avril 1563. »

La lettre au prince de Condé, envoyée par Nicolas le Comte, gentilhomme de !a maison <te Draqueville, était conçue à peu près dans i( F mêmes termes ; seulement on parlait au prince avec plus de confiance, et comme à un Tière, de la prospérité de la cau^e. « L'Évangile a tellemeut profité par-deçà, qu'il ne semble pas qu'il » y ait aucun pa))i>te, ou, s'il y en a, c*esl en si petit nombre, et » de si \iles personnes, qu'ils ne paroissent pas ni ne se mettent » aucu ement en [leine de paroitre; de sorte que , grâces à Dieu, » nous vivons tous librement et pai>ibiement. »

On lui demandait aussi de faire éloigner les compagnies logées depuis quelque temps aux châteaux d'Arqués et de Longueville pour inquiéter la ville , et enfin on s'étendait sur te fait du temple de Saint-Jacques. « Ainsi, Monseigneur, pour ce qu'il nous seroit im- » possible de trouver autre lieu assez spacieux pour la raultiturie » de tant de fiiièles que nous sommes ici, nous vous supplions pa- » reillement que vous puis>iez nous faire donner un des temples de » cette ville, lesquels nous tenons depuis plus d'un an et jusqu'au* » JQurd'iiui si paisiblement, que personne ne s'en offense, avec ce » que ('autre pe^t plus que suffire aux papiMcs qu^nd iU v<Hidrout » recommencer leur religion. »

avoir besoin. r.a chute de ce boulevard des réformés avait aussi causé du deuil à Dieppe; car, même en pleine paix, on songeait toujours à la guerre. Néanmoins le 8 août, de bon malin, sur la nouvelle que le roi et sa cour approchaient , les bourgeois sortirent jusqu'à demi-lieue de la vilte pour lui faire honneur, en armes et vêtus de leurs pins l)eaux habits. Ils étaient rangés comme une armée, el cette fois ils ne chantèrent pas leurs psaumes.

On avait décoré richement la fontaine du Marché : une quantité de coquillages joliment travaillés en tapissairnt tous les côtés» et sur le haut on avait placé un dauphin portant sur son dos un Arion qui tenait une harpe entre ses mains*. Après avoir bien admiré ces merveilles, on

1 En 1650, le 1er octobre, on avait Tait à Henri U une réception plus brillante encore. Voici la description qu'en donne une clironiquc manuscrite : « Pour recevoir le roi avec l'honneur qui loi était dû, les bourgeois, vêtus de soie et en armes, altèrent au-devant de Sa Majesté. La porte de la Barre, par où le prince devait passer, était ornée de plusieurs cbiffres , au-dessus desquels étaient un H« renie et une Pallas véfus à Vantique, avec cette <levi.se : Donec totum impleat orbem. Au Puits-Salé, il y avait un grand théâtre orné de tableaux, et sur lequel voltigedit un Pégase; les Muses, à Tentour, chantaient les louanges du roi. Dans la place du Marché, il y avait une grande mer où nageaient un Neptune, des syrènes et un grand nombre de tritons, dauphins et autres gros poissons chamarrés des armes du roi et de h ville*. li > avait encore quantité d'autres théâtres plus petits ornés de chiffres, devises et nymphes dansantes. A l'arrivée du roi, on salua Sa Majesté d'une décharge de tout le canon : jusqu'aux navires qui étaient dans le port en firent plusieurs décharges »

Je cite ces détails, d'abaid parce qu'ils me semblent caractériser le goAt du siècle, ce goût vêtu à Vantique, cet amour de mythologie qui commençait alors à s'emparer des imaginations ; puis quel luxe, quelle dé|>ense 1 combien ne fallait-il pas que cette ville eût de riclïesses ! quel devait être son commerce, sa population 1 11 noe

* Les armes de Dieppe sout nn navire daus un éca parti d'azur ci de gueules , surmonté d'une léte d'ange , ayant |>our supports deux sfrèncs.

s'occupa le lendemain de choses plus sérieuses. La reinemère envoya les chapelains du roi à Saint-Jacques pour disposer Téglise et y dire la messe. Au moment où le roi entrait sous la grande porte , une poignée de caiholitiups, tout ce qui restait dans la ville, se jeta à ses pieds, le suppliant de rétablir dans ses honneurs et prérogatives leur sainte religion.

Les protestants , de leur côté , supplièrent le prince de Coudé d'intercéder pour eux auprès du roi. La cour fut intraitable , et donna Tordre que Saint-Jacques et Saint- Remy fussent rendus au catholicisme , quel que fût d'ailleurs le nombre des catholiques. Quant aux prolestants, comme il fallait exécuter l'édit à leur égard , on leur accorda la permission de transformer en temple une maison sise rue d'Ecosse, et connue sous le nom de maison des Charités. Les propriétaires faisant difficulté de la livrer et suscitant mille chicanes, il fallut en venir à un arbitrage, et enfui il fut ordonné que ceux de la religion entreraient en jouissance de cette maison, pourraient la réédifier et la reconstruire à leur guise, moyennant qu'ils paieraient annuellement , à titre de louage , une somme de 55 livres tournois. Comme ce ne fut que le 22 novembre qu'ils en furent mis en possession , ce ne fut pareillement que ce même jour qu'ils remirent les églises aux catholiques.

La cour, pendant son séjour à Dieppe , fut plus que froide pour les protestants. La reine-mère était dans une de ses veines de catholicisme , et ne prenait langue que de M. de Brissac. La veille de son dé^)art , elle demanda au sieur de la Curaye d'où venait qu'on ne l'avait pas vu à la messe : « C'est , madame , dit le gouverneur, que je suis de la religion de l'Évangile , en laquelle je veux vivre et mourir sous l'obéissance du roi. — Le roi , reprit la régente , ne veut point avoir de capitaines en ses bonnes

semble que ce programme de la réception de Henri M donne làdessus plus d'idées que tout ce qu'on pourrait en dire.

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villes d'autre religion que de la romaine; vous pouvez vous retirer. » M. de la Curaye sortit inconiinent, et (juiita la ville au grand déplaisir des habitants, qui, depuis quatre mois qu'il les gouvernait, l'avaient pris en grande affection.

La reine, à la sollicitation de M. de Brissac, fit aussitôt nommer gouverneur M. René de Beauxoncle , sieur de Sigognes. C'était un gentilhomme de la suite du maréchal de Brissac, d'un esprit délié, plein d'adresse, de poliîique et même de ruse; un homme tel que Caiheiiue l'eût fait elle-même, et qui devait merveilleusement serr vir ses desseins. Il s'est rendu célèbre dans l'histoire par sa conduite à la Saint-Barthélémy; mais il n'en est pas moins très-difficile de le bien juger , et même de savoir quelle était sa naissance et sa situation sociale. Au dire des catholiques , il était de bonne noblesse , gentilhomme de marque, avait eu de beaux emplois en Piémont, et possédait de très- belles terres en Beauce. A entendre les huguenots, au contraire , il sortait de bas lieu, avait ^té valet, puis domestique de M, de Brissac; façonné de sa main, et propre à exécuter ses moindres ordres. Selon les premiers, il était un modèle de douceur, de modération et de sagesse; tandis que les autres le peignent comme la perversité incarnée, et digne par sou esprit et par sa conduilç de son obscure extraction et de sa première profession servile. Ce qu'il y a de certain, c'est que ce fut sous sou long gouvernement que le protestantisme commença à déchoir à Dieppe'; et, comme il était assez fervent catholique, ou doit présumer qu'il ne manqua pas d'user contre l'hérésie des armes cachées que sou esprit habile savait si bien manier, et que ce n'est pas à tort que les réformés ont voué à sa mémoire une si belle haine.

Son premier soin fut de ne laisser paraître aucune prédilection pour le catholicisme; il n'ignorait pas que l'amiral de Châtillon , en vertu de sa charge, avait la hautemain sur le gouvernement du port de Dieppe , et que si

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jamais il rentrait m faveur il ne voudrait laisser le corti* mandement d*ane ville et d*un château aussi considérables qu'à un des siens ou à un homme qui serait affectionné des habitanis, presque tous huguenots. Or, comme il tenait à se conserver dans un si bon gouvernement, et qu'il savait, d'après l'Iiumeur bien connue de la reine-mcre, que plus l'amiral éiait en ce moment loin de ses bonnes grâces, plus il était près de les reconquérir, il prit dès l'abord toutes ses précautions , et le premier conseil que lui suggéra sa prudence fut de faire mille prévenances aux protestants, et de gagner à tout prix leur conflance et leur affection. Il commeriça par se fiuniliariscr avec le ministre Saint Paul, le traitant souvent à sa table , et lui faisant entendre , ainsi qu'aux plus notables du parti , qu'il avait les plus grandes inclinations à se faire de leur religion, et qu'il n'attendait que le moment propice. Il poussait la dissimulation jusqu'à aller de temps en temps au prêche pour entendre Saint-Paul , ou pour voir célébrer la sainte Cène ; et , sous prétexte d'aider à sa conversion , il se fit pratiquer dans la maison voisine de celle des Charités une petite chambre , d'où il pouvait , sans être vu , entendre tout ce qui se passait dans l'assemblée. On ne pouvait plus habilement se procurer une tribime aux écoutes.

Ce qu'il avait prévu et redouté ne tarda pas à se réaliser : l'amiral rentra en grâce, et bientôt il fit connaître aux Dieppois son dessein de leur donner un gouverneur de meilleur aloi et dont il fût plus assuré. A cette nouvelle, M. de Sigognes ne perd pas un moment ; il va trouver les |)lus notables de la ville, et avant tout les échevins^ qui étaient tous prolestants : il les avait si bien pratiqués qu'il obtint d'eux aivSément une requête à M. l'amiral pour le prier de ne point leur envoyer d'autre gouverneur. Coligny fut bien surpris, et dit en hochant la tête : « Mes- » sieurs les Dieppois me font l'effet de ne savoir ce qu'ils » demandent; je crains qu'il ne leur^lidvienne comme aux » grenouilles , et que leur ci'jogne ne leur fasse mauvais

» parti. » Néanmoins il fit droit à la requête , pensant que si ce gouverneur lui donnait de l'ombrage il le remplacerait bien quand il voudrait ; mais quand il le voulut c'était trop tard.

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