‹ Histoire de DieppeChapitre 15 sur 99 · XV · texte numérisé non relu

XV

Troisième édit <ie pacification (1568); — sa durcie. — Ce que deviennent les protestants aprè» que Ja guerre a recommencé.

Est-il besoin de dire qu*à partir de ce moment l'exercice du culte réformé fui interdit? l\ y avait encore grand nombre de protestants dans la ville, mais 1rs pasteurs s'étaient enfuis avec l'élite du troupeau. Cependant, quelque temps après, ceux qui étaient restés, tout consternés et abattus qu'ils étaient , ranimèrent leur zèle et avisèrent aux moyens d'éluder les rigoureuses défenses du gouverneur. Ils appelèrent un ministre, qui prOcha en grand secret de maison en maison. Mais M. de Sigognes avait l'oeil pénétrant; l'assemblée fut découverte et le ministre conduit en prison. On travaillait à son procès, et sa condamnation allait être prononcée , lorsque la paix , faite à Longjumeau le 20 mars 1568, vint mettre fin aux poursuites et lui rendre la liberté.

Grâce à ce nouvel édit, l'exercice de la religion devait être rétabli à Dieppe sur le même pied que lors de la paix de 1563. Force fut donc à iVl. de Sigognes de laisser faire publiquement le prêche , et de voir peu à peu la plupart de ceux qui avaient fui rentrer dans leurs maisons.

les ans à pareil jour , fête de saint Simon et saint Jude, il serait rendu grâces à Dieu pour la délivrance de la ville par une process on générale des deux paroisses et du corps de ville; qu'à la fin de la procession on chanterait le Te Dèum et un Libéra me Oo' mine pour le repos de TAme de ceux qui avaient été tué6.

Mais il trouvait toujours moyen de mettre des entraves à Texécution de Tédit. Tantôt, sous prétexede crimes imaginaires, il faisait arrêter ceux dont il se défiait, ou ieur commandait de vider la ville ; tantôt c'étaient des soldats qui faisaient insulte à de pauvres femmes allant au prêche : les maris s*en mêlaient , une rixe s'ensuivait, et, comme les bourgeois seuls pouvaient avoir tort , le gouverneur donnait ordre qu'on fouillât leurs maisons , et que leurs armes de toute espèce fussent portées à la citadelle. De cette façon, à mesure qu1l rentrait un des exilés, il était, au bout de quelques jours , incarcéré , chassé de la ville, oîi tout au moins désarmé.

Comme il en était ainsi dans presque tout le royaume , la paix ne pouvait durer long-temps; et, en eiïet, cinq mois après avoir été signée , vers la fin d'août , elle fut rompue, et chaque partit courut aux armes avec plus d'acharnement.

Si les protestants de Dieppe avaient été maltraités pendant la paix, lorsqu'ils vivaient sous la protection de l'édit , on pense quel fut leur sort lorsque la guerre eut éclaté. M. de Sigogncs put se donner libre carrière ; et quoiqu'il fût plutôt dans son caractère de recourir aux moyens astucieux et aux voies obliques que de persécuter à visage découvert , il ne se fit pas faute d'assouvir ainsi plus à son aise sa haine de catholique, et de tirer prompte et sûre vengeance de l'alTront du 27 octobre. S'il fallait s'en rapporter au témoignage des protestants, il se serait conduit en cette circonstance comme un monstre et un scélérat ; mais à n'en croire que les catholiques ses amis, il est déjà irop évident qu'il ne fut ni humain ni généreux.

Il remit en usagtî tous les moyens violents dont on s'était servi depuis trente ans, soit à Paris, soit dans le reste de la France, pour tourmenler les consciences : ordre fut donné aux sages-femmes chaque fois qu'elles accoucheraient une femme de la religion d'en faire déclaration deux heures après , afin qu'on enlevât l'enfant à ses père et mère, qu'on

le fît baptiser à Téglise catholique et élever par les prêires.

Ordre à tous ceux qui n'étaient pas nés dans la ville d'en sortir dans les vingt-quatre heures ou d'aller à la messe. Or, il s'en trouvait dans le nombre qui étaient mariés, et avaient acquis leur maison depuis trente ans et plus ; n'importe , il fallait sortir.

Ordre aux avocats, procureurs et tous autres exerçant une charge quelconque , de renoncer à leurs charges ou d'aller à la messe.

Ordre à quiconque avait des domestiques de la religion réformée de les chasser sur l'heure ou de les faire aller à la messe.

Ordre enfin à tous ceux qui s'étaient réfugiés soit en pays étranger, soit dans les châteaux des environs appartenant à des seigneurs de leur secte , de rentrer sous le plus court délai et d'aller à la messe, sous peine ^e voir leurs biens de toute nature vendus devant leur porte. Comme personne ne rentra , ces ventes à l'encan furent bientôt ordonnées sans pitié.

Pour saigner aussi la bourse de ceux qui étaient restés, et qui pour la plupart n'avaient renoncé à l'exil que parce qu'ils avaient de grands biens et do grandes richesses , on inventa un impôt destiné à de prétendues levées d'hommos pour s'opposer aux descentes des Dieppois réfugiés en Angleterre. Un conseiller au parlement , nommé Violart , vint présider h ces mesures fiscales : sous ce prétexte et sous beaucoup d'autres , il n'y eut subtilités , cruautés et vexations qu'il ne mît en usage pour lever de l'argent; en peu de jours il avait ramassé plus de 30,000 écus. On emprisonnait ceux qui refusaient de payer ; il y en eut même qu'on fit payer deux fois , bien qu'ils montrassent leurs quittances à tout venant.

Ce qu'il y avait de plus odieux, c'est que M. de Sigognes ne laissait même pas à ses victimes la faculté de fuir, surtout quand il leur savait encore un peu d'or. Il apprit que trente à quarante riches protestants , soit de Dieppe ,

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soit de Luneray, Bacqueville, et autres lieux voisins, avaient Cait marché avec un marinier pour les passer en Angleterre, il t homme devait leur amener une grande harque au burd de la mer, près du petit port de Veules : ils s'étaient tous trouvés au rendeK-vous, à Theure dite ; mais au moment de monter dans ia harque , les voilà entourés par les cavaliers de M. de Sigognes , qui les ramènent à. Dieppe , la corde au cou. Les uns , après avoir long-temps langui dans les prisons du château , n'en sortirent qu'à force d*or; les autres moururent misérablement : le marinier fut pendu.

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