‹ Histoire de DieppeChapitre 16 sur 99 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

r\<^sullats des persécutions. — Découverte d'un conn)lot vrai ou supposé. — Supplices et vengeances.

Il est impossible de tracer le tableau de tant de misères, de tant de cruautés. Quelques années auparavant , quand la population dieppoise n'avait pas encore été décimée par la guerre, par l'exil et par tant de catastrophes, quand elle avaitencore ses armes et son ( ourage, ces n^esures barbares auraient causé dans la ville quelque grave soulèvement; mais au moment où nous sommes arrivés , on pouvait persécuter sans crainte : il n'y avait plus que des femmes, des enfants, des vieillards ou des hommes désarmés. Quelques uns voulurent faire acte de résistance ; ils ne pouvaient travailler qu'à leur supplice. Nous ne donnerons pas ici la liste trop longue de ceux qui , presque chaque jour, s*en allaient recevoir l'estrapade en plein marché de la main du bourreau , ou faire promenade par la ville, nus en chemise, la torche ardente à la main, pour être ensuite flagellés , tenaillés, et souvent penduF. ^ous pourrions compter bon nombre de ces inébranlables confesseurs de leur foi; mais nous en verrions beaucoup d'autres plus souples dans leurs cro\ances, qui , par argent ou par prières, obtenaient de prêtres qu'ils connais-

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saieot les attestalioos de coofession et de communion exigées par le gouverneur. .

D'autres enfin « gens de plus de cœur que de cervelle , tentèreni de nouer une trame pour reconquérir à main armée la liberté de conscience. L'entreprise était folks puisqu'il n'y avait aucune chance d'être ni appuyés ni secourus; aussi les protestants affirmeal-ils que cette conspiration ne fut qu'une fable forgée par M. de Sigognes, qui, après avoir ruiné les bourgeois et mis tous les protestants de la ville aui abois» voulut se défaire des gentilshommes du voisinage les plus remuants et les plus dangereux.

Ils piétendrnt que mn instrument dans cette affaire fut un soldat nommé Revers , qui, sous préiente d'avoir été maltraité par le gouverneur et de vouloir à tout prix en tirer vengeance, s'en viut trouver, dans son château, à trois lieues de Dieppe, le sieur de Catievilte Malden's jeune capitaine très-brave, mais téméraire et étourdi, et qui, comme nous l'avons vu plus haut, avait joué un des principaux rôles dans la prise d» château lors de l'assassinat de Ricarviile. Ce Revers lui aurait proposé les moyens de renouer pareille entreprise et de lui livrer le château. Catteville donnant dans le panneau aurait lait des promesses et communiqué h quelques amis ses plans et ses espérances.

Instruit de tout par Revers, M. de Sigo^nea, de grand matin, fait défense d'ouvrir les portes de la ville ; il descend du château, bien accompagné, place des gardes à tous les coins des rues, fait assembler le corps de ville ; pois, d'un air sombre et inquiet, annonce aux échevins qu'il vient de découvrir une conspiration , qu'il en a des preuves certaines , et prie qu'on ne soit pas surpris s'il se saisit des coupables. Au même mornpnt on arrêtait quarante des principaux bourgeois, tout ce qui restait encore de considérable dans la ville; le même jour, sur le soir, on amena prisonniers les sieurs de Calteville , de Veules , de Linebœuf et beaucoup d'autres , tous gentilshommes des environs. Les accusés sont à Tinstant conduits à Rouen

SOUS bouue escorle. Leur procès fut instruit assez lentement d'abord , parce qu'on trouvait trop peu de preuves convaincantes : puis tout à coup on précipita la procédure, et il s'ensuivit arrêt de la Cour du parlement et exécution à mort contre les uns, en octobre 1569; contre les autres, en mars 1570. Les quartiers des sieurs de Caitevilie et de Linebœuf, leurs têtes et celles des sieurs de Yeules, de Rambures , de François du fiogerin , receveur de l'amiral, de Jacques Canu, lieutenant-général au bailliage de Dieppe, et de dix- neuf bourgeois, furent plantés et exposés sur des poteaux au pied du château ^

Quelques mois après, ces pauvres gens eussent évité la mort ! La paix était à la veille d'être conclue ; il est vrai que le conseil, sur la demande de l'amiral, donna un arrêt qui proclamait leur innocence et la faisait luire aux yeux de tous ; que , par cet arrêt , l'honneur de leur mémoire fut rétal.li , que leurs biens qui avaient été confisqués furent rendus à leurs parents , de même que leurs quartiers et leurs têtes ; que l'arrêt du parlement qui hs avait condanmés fut cassé , annulé et rayé des registres ; mais tout cela ne leur rendait pas la vie !

Profitant de la découverte de cette conspiration , et sous prétexte des dangers qu'il prétendait encore courir, M. de cigognes se fit envoyer deux compagnies d'infanterie pour renforcer sa garnison. Ce fut alors que la persécution parvint à sou comble. Il n'y eut pas de tourments, de cruautés, d'avanies, qui ne fussent invcniés pour mettre en poussière les misérables débris de cette église de Dieppe, naguère la plus florissante du royaume.

' Le chroniqueur protestant prétend que la plupart de ces mallieurenx étaieut au nombre de ceux qui avaient dunité à M. de Si- {;.o^nes leur appui aupi es de Tarn irai pour être maintenu dans sa charge. Je ne sais pas jusqu'à quel point cette accusation est fondée. Ce qui paraît plus certdin et plus piobable, c'est que. sous un prétexte ou sous un autre, M. de Sigognes parvint à se défaire de tous ceux qui a\ aient pris part à la résistance du 27 octobre.

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