‹ Histoire de DieppeChapitre 18 sur 99 · S XVIII · texte numérisé non relu

S XVIII

Mort de Charles TX( 1574). — Henri III. — Cinquième éclit de pacification ( 1576) ; — ses résultats. -* Mort de M. de Sigognes.

Deux années se passèrent ainsi dans le silence et Toppression , lorsque la mort du roi Charles IX. , survenue le 30 mai 1574 • vint ranimer quelques espérances. Une pauvre servante, bonne calviniste, en sentit tant de joie qu'elle ne put s'empêcher de la témoigner tout haut , en plein marché. On la conduisit en prison , et comme , chemin faisant, loin de s'amender, elle remerciait Dieu encore plus fort de la mort du tyran , elle fut traînée sur la claie et pendue.

Cependant les deux premières années du règne de Henri III n'amenèrent aucun changement notable dans les affaires des huguenots. M. de Sigognes, qui était le plus prudent des hommes, demanda que son château fût fortifié pour la bienvenue du nouveau roi. Henri lui donna permission de couper vingt-cinq arpents de bois dans la forêt d'Arqués , pour faire les palissades et revêtir les ouvrages. Les murs de la ville furent réparés, et la ceinture du côté des (|Uâis bâtie à neuf.

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Le châteao et la ville ainsi en bon état, avec garniaoi) forte et fidèle, M* de Sigognes fit dire an roi quil répondait de la ville , et qu'il allait travailler à y faire refleurir la religion. Le roi, quoiqu'il ^e souciât alors de la romalnii aussi peu que de la réforn^ée , lui enyoya un père minime « qui prêcba Tavent.et |e carême av^c quelque sticcès. Le9 églises commençaient à se repQupl^r, moitié par force • moitié parce que le vent avait tourné. Tou|^fpis, les pro-: testants de la bonne rocbe ne renonçaient pas encore à la partie. Les plaies de la Saint-B^rthéleipy se cicatrisaient peu à peu , et , dans le mystère de quelques chapelles des châteaux d'alentour, il se faisait encore, de loin en loin, quelques prédications. Le sieur Mathieu Gartault, qui déguisait son nom sous celui de Carval , était le ministre et le lien de ces débris épars d^ rancjenn^ église.

Enfin , vers le mois d-avril 1576 , le duc d*Alençoo , qui s'était fait le chef des calvinistes , ayant levé une puissante armée , le roi se vit contraint de venir à composition , et signa un cinquième édit de pacifipatîpp , le pins fayprable qu'eût encore obtenu le parti d0 |a r^forinP- Liberté 4^ conscience pleine et entière , sans exp^ption de temps ni de lieux ; exercice public ^& la religipn dans toutes les villes de France, Paris seul excepté; fapulté ^e célébrer les mariages et toutes les autres cérémonies dn culte ; de tenir des synodes, d'administrer les sacrements à leur mode; enuq mot, protection presque aussi complète que pelle dont jouissait le culte catholique : telles étaient les clauses et conditions de Tédit. Ces ^vantagps ^t beaucoup d'autres , tels que celui He pouvoir (être admis à tputes les charges, engagèrent la plupart des fugitifs à s'en revenir h Dieppe. Ils rentrèrent en dépit de H- 4fi Sigognes, et bientôt le prêche devint publip : on prit à cet effet deux maisons , une dans la rue du Haut-Pas, appelée le Moutier-filanc; l'autre dans la rue d'Ecosse , vis-à-vis la maison des Charités. On y faisait le service comme en deux paroisses : les sieurs Cartault et Paris étaient les deux pasteurs.

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Pendant ce temps , les çathollqnes de toqt le roy^mms poussaient des cris de rage. Les Guise , furiepi^ de cettq . pai^ faite à leur détriment, ne ^^endormaient pa9, ef pquai^nt de puissantes intrigue» pour rétablissement de Ipqr prppr^ grandeur et pour la domination de la foi catholiqiie. Ce t\ii alors qq*i)$ cpmmencèrent à faire sigqer \^ $airi te tig%^. Henri III, qqj assistai^ à la t^nue des é^s à ^IpiSi crut faire un chef-4*œuvre de politique eq signant au^si 1^ (igue, et ei> s*eQ proclamant le chef. Or, ia première ppnséqueqpe de cette indigne faiblesse fi|t de se voir forcé d|e révoqqf^ son édj( !. A la vérité, le» protestant», qqelques n^qis apF^i^^ le contraignirent de lepr eq s|ccprder un aqtrp ipqins av^q: Ugeu^f peut-être , mais qq'jls pquvaieqf $e yanipr 4'flvojr arraché à l^i ppjqte de leqf ép^e K pe §pr^e qqe |p paqyrp roi, PflWr prix 4e spn J^abileté, n'epf d'^qfrp «lyantage qjjp d*avqir révélé aux deux partis , catholiqii^ e( llfigueqqt , leur fprpe et sa propre fpisèfe.

Pendant !^ ppurt ititervaÛe qui s^^çpHl^ er)trp |§ Ru!)lh catioq dp ce noqve} édit pt la féyopatjop 4h pi*^P^4^f)h l'église 4e Dieppe, ^ peiqe renaissaq(e et epppre t^ieq spqffrante et biep faible , fut de nouveau dispersée , p( vit lf( plupajTt 4e ses membres se réfugier encore qne fois eq ^q: glelerre, leur asile accoutumé. Le secoqd édit, moiu^ tqlérant que le premier, conamenous Tavon» dit, q'autpris^if pas le culte public daqs la ville, inais feulement dans le^ châteaux et fiefs des seigneurs calvinistes des environs. Les pèlerinages à Saint- Aubin-sur- Arques recommencèrent donc, et les affaires du parti se retrouvèrent à peq près en l'état oq nous les avons vues pendant Tannée qui précéda la S^int-Barthélemy : seulement le npmbre dps fidèles avait encore diminué , tandis que le catholicisme

^ Le 12 février 1577, sur la demande des États , c|es lettres de cachet portèrent dans tout le royaume Tordre de suspendre etd*|nteidire les préclies et tout exercice public.

2 Sopteml^re, ^pôme année. Çei édjt de pîjix fut signé à Poif^ef».

n'avait pas cessé de reprendre une certaine faveur, surtout auprès du petit peuple.

Pendant les sept années qui suivirent, c'est-à-dire jusqu'en 1585, époque où la ligue devint triomphante et contraignit le roi de révoquer Tédit, les calvinistes continuèrent à jouir assez tranquillement de cette demi-tolérance. Peu d*événements dignes de mémoire se passèrent pendant ce temps à Dieppe. M. de Sigognes fut , comme de coutume , défiant , sévère et malveillant pour les huguenots. Des pères minimes et autres religieux vinrent faire chaque année des sermons, et chaque année ils obtinrent quelques abjurations. Il y en eut une entre autres qui fit éclat. On se souvient de ce ministre, nommé Toussaint Tiboult, qui, dans le temps de la grande prospérité de l'église , avait été pour les fidèles une cause de tant de scandales , de querelles et de troubles; suspendu de sa charge par arrêt du colloque des ministres de Caux , il ne savait que devenir , lorsqu'un père minime, un de ceux qui prêchaient à Saint- Jacques , entreprit sa conversion. Tiboult ne se fit pas long-temps prier : il se rendit à Rouen , où il abjura publiquement entre les mains du cardinal de Bourbon ; puis, d'après le commandement de celui ci, s'en revint à Dieppe, où ïl prêcha dans la chaire catholique, réfutant ses anciens discours, et tonnant contre l'hérésie de toute la force de son éloquence ^ Il ne survécut pas long- temps à sa conversion,

* « L'an 1581, le 3» jour de mars, dit la chronique catholique, M. le cardinal de Bourbon , archevêque de Rouen, en son église de Notre-Dame , en présence de son clergé , du Parlement et de phisieurs gentilshommes, reçut Tabjuration dMiérésie que fit publiquement M. Toussaint Tiboult, docteur en tliéologie de la Faculté de Paris. On assure qu'il donna de suffisants témoignages d*une p.ii-faite conversion. Monseigneur l'archevêque lui commanda de faire pareille abjuration publique en la ville de Dieppe, et aux prédications qu'il fercit cy-après aux paroisses voisines de ladite ville, réfuter les erreurs de sadite hérésie et déduire les raisons par les. quelles il avoit éU nieu de s'en retirer, sans toutefois qu'il pût dire

et mourut assez misérablement, s'il faut en croire les chroniques protestantes, car il ne voulut ni s'approcher des sacrements catholiques , ni se réconcilier avec le calvi* nisme.

Sa mort fut regardée par les fidèles comme une justice de Dieu. Us en dirent autant de celle de M. de Sigognes , qui arriva quelque temps après. Il était allé visiter certains do* maines confisqués par lui sur des huguenots, près du village de Pourville; au retour, marchant en compagnie de quelques gentilshommes , son cheval s'abattit dans la rivière , et , en se débattant , lui donna du pied dans la poitrine si rudement qu'il en mourut. Le cheval avait appartenu à M. de Linebœuf , un des gentilshommes que M. de Sigc^nes avait fait décapiter pour le complot de Catteville : les biens du condamné ayant été confisqués , le gouver*

la messe ni exercer autre fonction sacerdotale jusqu'à ce quMI en eût autrement été ordonné.

» £n Tan 1645, ajoute le chroniqueur, soixante-quatre ans après cette abjuration, vivoit encore à Dieppe Anne Gauchie, vieille fille aagée de cent cinq ans , qui avoit le jugement fort bon et entier, laquelle m'a assuré avoir veu ledict Tiboult, tout blanc , monter à la chaise de Saint-Jacques avec des sabots de bois à ses pieds , et tout nud, couvert seulement d'une grande haire ou cilice de crins, faire publiquement abjuration de son hérésie à tirer les larmes de ses auditeurs. »

Il parait que depuis plusieurs années Tiboult était fort ébranlé dans sa foi , et regrettait d'avoir quitté la religion catholique. Notre chroniqueur raconte à ce sujet une anecdote assez singulière. S'il faut l'en croire, la comtesse d'£u, Catherine de Clèves, mariée alors au prince Porcien , et qui depuis devint duchesse de Guise, éprouvant quelques doutes de conscience, fit appeler Tiboult, alors pasteur calviniste à Dieppe, pour prendre ses avis, et savoir de lui si elle devait changer de religion. « Vous qui connoissez les deux, monsieur Tiboult, lui dit-elle, dites-moi quelle est la meilleure. — Pour vous parler vrai, madame, répondit le ministre, elles se valent et pèsent l'une comme l'autre. Il y a de l'orgueil et des cabales au fond de toutes deux. Ne changez pas : vous aurez même chance de faire votre salut, et de moins la peine du changement. >»

ISO HlftTOIBB BB BIBBPB.

neur s'était adjugé sa montore : or« il était poni par oà il avait péché ; et de là les réformés de crier au miracle et de rendre grâce à la justice de Dieu.

Au reste , ils avaient quelque raison de ne pas pleurer M. de Sigognes ; car, malgré sa conduite à la Saint-Qarihôlemy, il était à coup sûr leur ennemi le plus dangereux, et le principal auteur de la décadence de leur parti. Penr dant les dix-huit ou dix-neuf ans que dura son gouverne • ment , il ne passa pas un jour sans travailler à leur ruiqp, et rarement ses efforts furent impuissants.

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