‹ Histoire de DieppeChapitre 19 sur 99 · S XIX · texte numérisé non relu

S XIX

M. de Chastes gouverneur de Dieppe ; — son caractère; — sa conduite vis-à-vis des deux partis. — Assassinat do duc de Guise. — - Comment M. de Chastes parvient à empêcher Dieppe de se révolter avec le reste de la France. — Résistance à main armée contre la ligue.

On donna pour successeur à M. de Sigognes M. Aymar de Chastes » chevalier de Malte , homme d'honneur , d*e8* prit et de conduite , plein de mesure et de raison ». Il était catholique modéré et fort avant dans le parti potitique , parti naissant alors , mais qui devait up jour survivre à tous les autres. C'était le parti des gens de hi^n,

> M. de Chastes se nommait frère Aymar de Clermont, était cher valier et maréchal de Tordre de Saint- Jean, de la langue d-Anvecr gne , commandeur de Lormeteaux et de S^int-Paul. Il fut employé par Henri III pour remettre dom Antoine en ses états avec ui^e ar mée navale de laquelle il fut général, et depuis par Henri IV, qqj le fit général de Tarmée navale qu'il envoya en Bretagne.

Il fut un des principaiix fondateurs de la colonie du Canada. Ce fut sous ses auspices que Champlain se rendit sur les lieux , oii i\ a laissé son nom à Tun des grands lacs. Sa description du Canada et son histoire de Tentreprise est un monument d*Qn haut intérêt, qui ajoute à la juste renommée de Tancien gouverneur de Dieppe.

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des Trais amis du pays « de Tordre , des lois , de la royauté ; le parti qui voulait qu'il y eût eu Frauoe un gouvernement; \e juLste-mUieu de ces temps^ià, car chaque siècle a le sien. Placés entre deux factions qui toutes deux allumaient la gderre civile à grand renfort de lances étrangères : Tune pour obtenir, disait-elle, toutes les eonséqtwncts du catholicisme , Fautre pour imposer au pays des dogmes dont il ne voulait pas, les politiques avaient à soutenir le choc des uns et des autres ; il leur fallait braver les dédains, les mépris, ce qu'on appelle aujourd'hui l'impopularité , et tenir tête à l'anarchie : rôle pénible , laborieux < le plus ingrat et le plus méritoire dans les temps de troubles et de passions.

On ne sera pas sui^pris si nous disons qu'à Dieppe ce parti n'exisuit encore ni de nom ni de fait quand M. de Chastes en vint prendre le gotivertiement Partout oà deux foctions ennemies sont en présence et se sont persécutées tour à tour, leÈ passions seules ont des organes, et le parti du milieu , de la raison^ se fait long-temps attendre. Les catholiques de Dieppe ne pouvaient pas être modérés , ils avaient trop souffert et depuis trop peu de temps ; et quant aux protestants, ils avaient trop de sujets de rage et de regrets pour devenir raisonnables et conciliants. M. de Chastes^ en arrivant avec ses idées de justice, de modération, d'égalité, ne pouvait donc trouver grande fa* veur ni ches les uns ni ches les autres : toutefois il sut se faire respecter , parce qu'il étdit homme de fermeté et de commandement

Lorsque , après la mort du duc d'Anjou , Henri III , cédant aux menaces des Guise et des Ugueurs , déclara le Béarnais déchu de la succession au trône , et révoqua , le 19 juillet 1585, l'édit qu'il avait accordé sept ans auparavant , M. de Chastes usa de douceur vis-à-vis des protestants, lear laissant six mois pour prendre leurs mesures et renoncer à la demi-liberté dont ils jouissaient* Au bout des six mois, le prêche eattra-'fmiTos et tous les autres

privilèges forent supprimés et interdits. Dès lors un grand nombre de réformés , s' expatriant pour la quatrième ou cinquième fois , passèrent en Angleterre.

Tel était l'état des choses lorsque, à la fin de décembre 1588, M. de Chastes, qui était parti quelque temps auparavant pour siéger aux états qui se tenaient à Blois, arriva précipitamment un soir, sans que son retour eût été annoncé. Le bruit se répandit bientôt dans la ville que M. de Guise avait été assassiné dans le cabinet du roi, et que les affaires du royaume étaient en danger. Pendant ce temps, M. de (Chastes, qui avait convoqué sur l'heure les échevins et les conseillers, délibérait avec eux, et donnait les ordres les plus sévères pour que la ville restât fidèle au roi. Les catholiques n'étaient peut-être pas encore assez nombreux pour tenter un coup de main; néanmoins, comme ils avaient des intelligences avec les ligueurs de Paris, M. de Chastes les fit surveiller de près. Il forma quatre nouvelles compagnies de garde bourgeoise , les composa de protestants et de catholiques indistinctement , et appela les uns et les autres à élire les quatre capitaines ; ensuite il établit auprès de sa personne un conseil de bourgeois où les protestants étaient en majorité , et avec lequel il délibérait chaque jour sur les affaires de la ville. £n un mot , il sut par ces concessions et ces égards se rendre favorables les plus notables protestants; et, comme d'un autre côté, il leur défendait le prêche public, leur permettant seulement quelques assemblées particulières qu'il faisait semblant d'ignorer , il ne donnait pas prise sur lui aux catholiques exaltés, et se conciliait ceux qui, moins ardents, ne demandaient que la paix et la tranqoil^ lité de la ville.

Tels furent son activité, son adresse et son ascendaut, qu'en peu de temps il forma dans cette population dieppoise un parti puissant de politiques comme lui, tandis qu'à son arrivée îi n'en existait pas un seul. Punissant avec une égale sévérité le huguenot qui insultait à la

Vierge et aut saints, et le ligueur qui parlait mal de Henri de Valois, il se fit assez craindre et assez respecter des deux partis pour rester le plus fort et conserver sa ville et son château à Henri III , tandis que dans toute la France il n'était plus une place forte qui appartint à ce malheureux monarque , la ligue s*étant rendue maîtresse de toutes celles que n'occupaient pas les protestants.

Les ligueurs firent mille tentatives pour surprendre sa vigilance : il les fil toutes échouer. Un père minime j envoyé de Paris, s'en vint pour prêcher le carême : M. de Chastes obtint de rassemblée de ville , où siégeaient cependant bon nombre de catholiques, que le père minime serait renvoyé.

Après les missionnaires vinrent les bataillons : la ligue donna ordre à M. de Villars, qui commandait au Havre en son nom, de s*en venir harceler les Dieppois, afin d*aider les catholiques de la ville à se soulever; mais, grâce à M. de Chastes , ces tentatives furent repoussées plus vile encore que les sermons du religieux. Deux cents chevaux et trois cents arquebusiers, commandés par le lieutenant du gouverneur, sortirent de la ville ^ et eurent promptement raison de ces bandes de ligueurs. Toutefois il fut impossible de les exterminer complètement, ei d'empêcher qu'à tout moment de nouvelles escarmouches vinssent jeter Tépouvante dans les campagnes d'alentour.

Ces petits combats par eux-mêmes n'offrent pas grand intérêt, mais il s'y rencontre parfois des traits de mœurs qu'il faut recueillir , parce qu'ils révèlent d'un seul mot l'état des esprits et la situation respective des partis. Ainsi, dans une de ces rencontres, une compagnie de Dieppois , surprise par une bande assez nombreuse de ligueurs, fut acculée dans le village d'Offranville, et réduite à se retrancher dans une grange. Les ligueurs mirent le feu à la grange, ce qui força les assiégés de sortir eu dés* espérés et de se faire jour à travers l'ennemi. Dans cette lutte acharnée , le capitaine dieppois tomba mort : c'était

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110 gentilhonmie protestant nooimé Rafosse, M, de Chastes proposa» eu considérailoQ de ce que le défunt était mort pour le service du roi et en bon et loyal serviteur , que l*on donnât la sépulture à son corps , et qu'on eût à voir , en conséquence , quel honneur on pourrait lui rendre < quoique huguenot. Mais à cela les curés des deux pa-^ roisses répondirent qu'ils ne souffriraient pas qu'il fût mis en terre *sainte« M. de Chastes soumit la question à rassemblée de ville, « Prenons garde , messieurs , dit un sieur Ravetot, que nos ennemis ne puissent estimer et persuader au petit peuple que nous sommes tous huguenots, selon qu'ils en ont opinion , quoiqu'à tort. Pour moi , je trouverais bon que le corps du défunt fût conduit avec honneur par ses soldats jusqu'à la porte de la ville , et que b il fût remis à ses parents pour Tenterrer oCi bon leur semblerait. » Cette proposition reçut l'assentiment de l'assemblée. En sortant de Thôtel-de-ville , M. de Chastes disait au sieur Ravetot : « Un si brave homme méritait pourtant qu'on fît quelque chose pour lui ! — J'en conviens, monsieur le gouverneur, répondit Ravetot; mais $i nous nous donnons couleur de huguenots , demain tous nos catholiques seront ligueurs, et vous ne serez plus maître de la ville. »

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